Lithium  : la première victime de la révolution verte est chinoise

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Vue du site de San Pedro De Atacama, au Chili, où opère la compagnie SQM pour extraire le lithium utilisé notamment dans les batteries.
Vue du site de San Pedro De Atacama, au Chili, où opère la compagnie SQM pour extraire le lithium utilisé notamment dans les batteries. (Crédits : Reuters)
ANALYSE. L'exemple du rachat d'une partie du capital du premier producteur mondial de lithium, le chilien SQM, par le chinois Tianqi qui en raison de la baisse des cours essuie d'importantes pertes, illustre combien la thèse complotiste d'une "guerre des métaux rares" relève de la désinformation. Par Didier Julienne, spécialiste des marchés des matières premières (*).

Alors que la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis s'intensifiait fin 2018, le premier producteur mondial de lithium, le chilien SQM, voyait 24 % de ses actions détenues par le canadien Potash Corp être rachetés par le chinois Tianqi pour plus de 4 milliards de dollars.

S'il y avait eu à cette époque une « guerre des métaux » entre la Chine et le reste du monde, nous aurions dû lire des tweets ravageurs de Maison-Blanche encourageant une société étatsunienne à contrer Tianqi, et saisir les 24 % du leader mondial SQM. Mieux que cela, s'il y avait eu une « guerre du lithium », pourquoi Washington ou l'Europe ne seraient-ils pas intervenus auprès des autorités chiliennes pour tourner cette vente  à leur avantage? Rien de tout cela. Tianqi a acheté le quart de SQM et grâce à ses participations dans d'autres producteurs en Chine et en Australie il devenait premier producteur mondial de lithium.

Crise de légitimité

Cette affaire illustre à quel point la géopolitique des métaux subit une sévère crise de légitimité. Il y a quelques années, des amateurs de sensationnalisme embarquaient dans le train de la supercherie géopolitique à propos des terres rares. Ils arrangeaient ensuite des théories du même type à propos des matières utiles au «smartphone à 4 roues », c'est-à-dire dans notre langage normal la voiture électrique, mais aussi des métaux utiles aux énergies renouvelables, à l'électronique et la 5G, à l'intelligence artificielle, etc. Autant de manipulations de théâtre destinées à produire des surinterprétations bizarres qui ont pu avoir pour simple but d'encourager l'investissement spéculatif dans ces matières.

Mais revenons au lithium. Comme annoncé ici, les prix sont descendus aux enfers, en conséquence les comptes des producteurs révélaient leurs faiblesses. Au troisième trimestre 2019, Tianqi admettait une première perte depuis 4 ans, un résultat annuel en probable baisse de 95 % par rapport à 2018 et des difficultés pour rembourser l'emprunt qui fut contracté pour acheter SQM. Sa note obligataire s'est dégradée et une première augmentation de capital était opérée fin 2019. Le prix de l'action qui avait culminé à proximité de 60 CNY (yuan) fin 2017 sombrait à moins de 20 CNY en juin 2019 et s'échangeait à 30 CNY récemment.

Toutefois, Tianqi est propriétaire de superbes actifs et est un pion intéressant de la chaîne logistique des batteries. Pékin la relèvera d'une manière ou d'une autre, peut-être en organisant des fusions dans les secteurs des matériaux, des batteries ou des automobiles dont l'efficience réclame une consolidation industrielle. Entre-temps, sa situation est d'autant plus tendue que malgré des coupes de production chez les producteurs de lithium et l'annonce d'un maintien des subventions à l'achat de voitures électriques par le Politburo chinois en début d'année - avant l'éruption du coronavirus -, les prix du lithium ne sont pas repartis à la hausse.

La pitrerie des "métaux rares"

Évidemment, les récentes configurations des courbes de prix de ces matières liées à la transition énergétique confirment encore une fois que la pitrerie des « métaux rares » était une fake-news. Mais la plus grande surprise est réservée aux convertis du canular d'une « guerre des métaux »  menée par la Chine. La première proie minière de la révolution économique verte n'était en effet pas un mineur de cobalt africain, un producteur de lithium sud-américain ou australien, ni un producteur de nickel ou un producteur de métaux de l'Ancien Monde tels le rhodium ou le palladium, encore moins un consommateur occidental, mais l'inverse : une entreprise chinoise, Tianqi. Un fait qui contredit magistralement toutes ces infox métalliques stigmatisant sans nuances les entreprises chinoises.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.

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Commentaires
a écrit le 01/02/2020 à 23:46 :
D'accord pour ne pas stigmatiser sans nuances les entreprises chinoises. Mais il y a bien une guerre commerciale de domination du marché par les sociétés transnationales, qui concerne l'exploitation des ressources. Avec des accords dits de "libre-échange ", ces sociétés bénéficient de plus, de lois extraterritoriales supérieures à celles des états .Elles n'ont donc même pas besoin de l'intervention de leurs états : Pour avoir exproprié des sociétés minières transnationales, il en a couté 1,9 milliard à la Bolivie de Moralès qui avait commis de plus l'affront de vouloir s'allier avec une société chinoise. Moralès a été renversé par un coup d'état le 10 novembre dernier .
a écrit le 01/02/2020 à 14:10 :
Factuellement une entreprise chinoise tenue de main ferme par l'état chinois (donc le bilan économique importe moins que le volet stratégique) rachète un des principaux producteur d'un matériau considéré comme indispensable au développement des véhicule électrique en plein boom (imposé).
Ou est la chute ??
La dictature chinoise à la capacité de se projeter à long terme sans avoir à rendre compte à des actionnaires dont le principal objectif est la rentabilité immédiate avec toute la logique de terre brûlée que cela impose.
C'est donc plutôt une très jolie prise dans un timing financier idéal, et qui conforte un peu plus la position dominante de la chine dans la chaine complète de la fabrication des batteries.
a écrit le 31/01/2020 à 14:21 :
Je comprend le sens de l'article mais en l'absence de données chiffrées je me demande si la chute de Tianqi n'est pas juste conjoncturelle ? N'aurait-elle pas trop investi trop tôt alors que le marché de l'e-auto est balbutiant ?
Quelles sont les réserves de lithium ? Que se passera t il quand l'e-auto représentera 50% du marché ?
a écrit le 31/01/2020 à 14:05 :
Attention, une de part de marché fois 60 à un horizon de 20 ans, ça peut faire grimper les cours...

https://www.wedemain.fr/La-voiture-electrique-a-plus-de-50-de-part-de-marche-des-2040_a3366.html


Je reste persuadé que le volant d'inertie est la meilleure solution pour les transports publics et les véhicules professionnels légers!
a écrit le 31/01/2020 à 12:17 :
L'obscurantisme a toujours besoin de désigner un coupable lorsque les circonstances réelles ne l'avantagent pas.

Regardez quand nos médias européens insultaient les anglais soit disant devenus racistes et xénophobes du fait de leur votre pour la sortie de l'UE, alors que le ukip a disparu aux élections d'après mais là dans le silence général.
Réponse de le 31/01/2020 à 16:32 :
"soit disant devenus racistes et xénophobes"
pas le moins du monde, juste les français installés la bas qui se sont fait dire "Go back home !", genre "maintenant qu'on n'y est plus obligés par l'UE on ne veut plus vous voir, vous venez profiter de notre modèle social super avantageux et de notre NHS gratuit"... Personne ne dit que c'est généralisé, y a toujours des grincheux dans la population. :-)
Réponse de le 01/02/2020 à 10:41 :
@ contradicteur officiel (?):Si je regarde la télé c'est pour mesurer l'ampleur de la manipulation généralisée orchestrée sur la population, alors stp nier que les médias français ont insulté les anglais juste après le vote du brexit n'est que pur obscurantisme ce que j'exècre par-dessus tout je te signale donc immeditammenet et te surveille la...

C'est moche ce que tu fais.
a écrit le 31/01/2020 à 11:17 :
Oui le lithium est une ressource stratégique pour l'avenir pour les baterries longue durée des voitures electriques ou pour les smartphones. Idem pour les terres rares. La demonstration en Alsace que l'on pouvait récupérer le carbonate de lithium a partir d'un procédé nouveau est une excellente chose pour nos industrie et notre economie moderne. Oui il faut préserver ses ressources de terre rares et de lithium en particulier. J'ai travaillé dansl'industrie electronique pour la GE Lucent technologies et je peux vous dire par expérience professionnelle que "gerer des composants electroniques" ce n'est pas si simple, ce n'est pas un simple fichier excel car la pénurie de composants peut arriver et il faut l'éviter absolument. Je me souviens aussi qu 'acheter des puces electroniques pouvait s'avèrer complexe car le marché est très tendu . Toutes les negociations se font en anglais et que la majorité des composants venant des USA partent pour l'Asie du sud est ( CHine,Vietnam,Corée, etc...). La Chine est l'atelier, l'usine electronique du monde. On aurait dû garder une industrie electronique très forte en Europe mais celà n 'a pas été le cas avec la mondialisation. J'espère qu 'avec le developpement de l'ordinateur quantique et de la 5G on sera plus protectionniste et plus réactif. Il n'y a pas que les USA et la CHine dans la mondialisation. Donc oui à la protection des "terres rares" en Europe et en France et vive à un avenir pour l'industrie electronique en France. Vive ATOS VIve bull !!!!
Réponse de le 31/01/2020 à 16:39 :
"oui à la protection des "terres rares" en Europe et en France" protection comment ? A quel niveau ? Protéger nos mines où exploiter ces lanthanides et actinides ? J'ai une vieille doc de Rhone-Poulenc quand j'étais jeune sur les terres rares et leur extraction. C'est polluant et a comme résidus des déchets radioactifs, dans les endroits peu regardant ça réduit les coûts de ne pas gérer tous ces désagréments "futiles" (au pire faut tout remettre dans la mine, c'est pareil qu'avant mais en ayant juste récupéré ce qui est intéressant).
J'avais lu qu'un site au Japon avait été découvert, à voir à quels prix ça sera proposé, le facteur d'échelle permet de "casser" les velléités de traitement de concurrents éventuels. Y a une "terre rare" au sud du Groenland.
A quand les batteries au sodium ? Espérons que la recherche prometteuse (France) débouche et s'industrialise. ...

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