Emilie Creuzieux, le design conquérant

Perrine Créquy

Perrine Créquy
L'art du bento est l'apanage des femmes. Les Japonaises remplissent la célèbre boîte à repas traditionnelle du déjeuner de leur mari, accompagné d'un message - doux ou acide selon le niveau de (més) entente dans le couple.
À Clermont-Ferrand, Émilie Creuzieux, la présidente cofondatrice de Monbento, les fabrique. Depuis la création de la société il y a six ans, ses boîtes personnalisables, au design contemporain et coloré, munies d'élastiques, ont conquis 60 pays dans le monde, dont celui du Soleil Levant.
À 32 ans, la jeune femme menue dirige une équipe qui a doublé de taille pour atteindre 20 salariés lors de l'exercice 2014, qu'elle a clôturé avec un chiffre d'affaires de 3,6 millions d'euros, dont près des deux tiers réalisés à l'exportation.
Après avoir ouvert trois filiales commerciales, à Hong Kong en 2013, puis aux États-Unis et à Shanghai, l'entrepreneuse va s'implanter en Chine.
« Ce sera une filiale détenue à 100%, comme les autres », annonce posément l'entrepreneure, consciente de la difficulté de pénétrer ce marché quand on s'y lance sans un partenaire local. On se dit qu'elle n'a pas peur.
Son associé Fabien Marret nuance :
De l'audace, il lui en fallut pour lancer son activité. Ou « un peu d'inconscience », selon d'elle. Diplômée d'État en kinésithérapie au Ceerrf en 2005, elle qui a « toujours voulu aider les autres » n'a jamais été formée au niveau commercial, « ni même à la gestion d'un cabinet libéral ». Elle a pratiqué à Vincennes pendant quatre ans, auprès d'enfants, de sportifs, de malades cardiaques.
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Après un voyage de près de six mois en Australie, elle pose ses valises dans son Auvergne natale, et reprend massages et rééducations.
Son idée : mobiliser la compétence de designer de son compagnon, Fabien Marret, pour imaginer des boîtes esthétiques, non jetables, tout en distribuant des bentos importés d'Asie.
À l'automne 2009, elle range sa blouse blanche, et convainc sa banque de lui allouer 30.000 euros pour se déployer.
Au bout d'un an, elle entame des discussions pour lever des fonds, et séduit Newfund, qui investit 500.000 euros en février 2011.
En effet, Émilie Creuzieux a su convaincre son actionnaire de la nécessité d'opérer dès 2011 un recentrage clair de l'activité de l'entreprise sur la distribution de sa propre gamme. Une prise de risque qui a payé.
Soucieuse de renforcer sa notoriété dans le monde du design, elle se réjouit que son Monbento Original soit référencé à la boutique du MoMa, à New York, depuis le mois dernier. Sans vantardise. À peine fait-elle allusion à l'un des nombreux prix de design remportés par Monbento. Le dernier en date a salué la toute nouvelle gamme pour enfants.
Émilie Creuzieux s'intéresse aux usages pour développer sa gamme d'arts de la table nomade, déjà étoffée d'une gamme isotherme. D'ici à la fin de l'année, elle prévoit de lancer une gamme « plein air » pour les sportifs et les piqueniques, et elle travaille sur une ligne de bagagerie.
En revanche, elle a sorti de ses priorités la diversification dans l'alimentaire, expérimentée en 2014 à bord du premier food truck clermontois, embarquant le chef Cyril Crousol pour créer la carte. « Émilie est très organisée, et ne perd pas de temps. Elle sait s'adapter et fait preuve d'une grande intelligence émotionnelle », confie Fabien Marret. Le tandem professionnel fonctionne à merveille, même si le couple s'est séparé.
Pour « penser plus large », elle a accepté de participer au G20 Entrepreneurs à Sydney en juillet dernier, sur le thème de la lutte contre le chômage des jeunes. Farid Lahlou, cofondateur de Des Bras En Plus, l'a rencontrée au sein de la délégation française :
Depuis un an et demi, Bpifrance l'a invitée à rejoindre son comité d'orientation régional Auvergne :
Ce souci du collectif, Émilie Creuzieux l'applique aussi dans son entreprise. Estelle Faure, responsable commerciale de Monbento, et l'une des premières salariées, salue cet esprit familial :
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Émilie Creuzieux ne cherche pas les applaudissements, mais il est une marque de reconnaissance qu'elle espère, quand elle aura hissé son entreprise au plus haut : que Monbento - à l'instar de la marque Thermos - entre dans le vocabulaire courant.
Perrine Créquy