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OpinionsHomo Numericus

Une hirondelle ne fait pas le printemps

Philippe Boyer

Publié le 11 mars 2024 à 09:12 - Mis à jour le 11 mars 2024 à 11:31

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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CHRONIQUE. Le bitcoin atteint des sommets. Cet engouement pour ce cryptoactif et d'autres du même type ne doit pas masquer le fait qu'ils sont, par nature, très volatils, spéculatifs et... déconnectés de la vie économique. Par Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio.

La sagesse populaire le rappelle. Il ne suffit pas qu'une hirondelle soit vue pour être certain que le printemps s'installe. Il en va des hirondelles comme des cryptoactifs. Rien ne dit que le retour en force du bitcoin, à son plus haut depuis sa création - 1 bitcoin valait 71250 dollars au 11 mars, plus de trois fois plus qu'il y a un an - soit forcément le signe annonciateur d'un printemps radieux pour ces actifs numériques que l'on compare souvent à des monnaies.

L'ombre de Natoshi Nakamoto

Le bitcoin émerge en 2008 sous la signature du pseudonyme « Natoshi Nakamoto » qui, via une note, encore disponible en ligne, décrit les principes d'un nouvel outil de transactions d'individu à individu (« pair à pair ») qui, dans l'esprit de son concepteur, permettrait de s'affranchir de tout pouvoir monétaire central, donc de la souveraineté des États. En résumé, une sorte de rêve libertarien éveillé construit sur les ruines de la crise financière de 2008.

Depuis cette date et jusqu'à ce jour, le nombre de supports disponibles pour accueillir de tels actifs virtuels n'a cessé de se développer : Ether, Solana, Ripple, Cardano, Dogecoin Shiba, Pepe Coin... tous permettent à une communauté d'utilisateurs d'utiliser ces cryptoactifs pour réaliser des transactions sans avoir à recourir à la monnaie légale. Bref, tous ou presque se présentent comme des « quasi-monnaies » bien qu'en réalité ils en sont l'exact opposé et cela en l'absence d'émetteurs identifiables qui, en cas de problème, puissent en garantir la valeur contre vents et marées.

Scandale FTX

Ce fut ce risque de « problème » qui, en 2018, fit dire au milliardaire américain Warren Buffet, au sujet du bitcoin, que « tour cela finira mal ». De cette potentielle fin catastrophique il en fut question lorsqu'en 2022, le pot-aux-roses fut découvert : « SBF », Sam Bankman-Fried, jeune entrepreneur alors surnommé « roi des cryptoactifs », réussit à faire s'évaporer pour près de 9 milliards de dollars en bitcoins et autres actifs numériques.

Si l'escroquerie de ce roi déchu n'eut presque pas de répercussion systémique sur le système financier américain, il n'empêche que cet épisode « à la Madoff » laissa un marché crypto fragilisé, en proie à une crise de confiance et à un resserrement réglementaire à l'instar du règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets) adopté par l'Union européenne au mois de juin dernier, notamment pour tenter de calmer ce « Far West numérique financier », ponctuellement en proie à des soubresauts.

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Le bitcoin montera-t-il jusqu'au ciel ?

Bien que le nature hyper-spéculative et volatile de ces cryptoactifs ait été maintes fois, et à juste titre, rappelée, la valeur actuelle du bitcoin intègre-t-elle déjà ces « accidents de l'histoire » ? On peut le supposer ou bien s'en inquiéter si tel n'est pas le cas... Sauf évidemment si un nouveau crash « à la FTX » devait survenir, plusieurs indices font penser que le bitcoin pourrait poursuivre sa course du fait que les autorités boursières américaines viennent d'ouvrir les portes de sa démocratisation auprès du grand public en approuvant qu'il puisse faire partie de quelques produits financiers spécifiques.

Ensuite, et dans les toutes prochaines semaines, il ne sera plus autant rémunérateur de « miner ». Conséquence de ce phénomène indispensable à la création de bitcoins, le nombre d'acteurs capables d'effectuer de telles opérations diminuera, et partant raréfiera l'offre disponible de bitcoins, tout cela dans un contexte où le nombre de ce cryptoactif a été volontairement limité à vingt-et-un millions, sans recours possible à la « planche à billets ».

Déconnecté de la vraie vie économique

Dans son ouvrage de vulgarisation « Économie du bien commun », Jean Tirole, prix Nobel d'économie 2014, consacre un chapitre à la fonction de la finance. À la question « À quoi sert la finance ? », la réponse est limpide : elle est indispensable à l'économie du fait « qu'elle permet de financer ou d'aider à financer entreprises, États, ménages... ; et leur fournir des solutions leur permettant de se couvrir contre des risques susceptibles de les déstabiliser ».

À l'aune de ce sage rappel, que penser de ces cryptoactifs dès lors qu'ils sont et restent encore très éloignés de la vraie vie économique ? Davantage instrument de spéculation que d'épargne, tant qu'ils ne draineront pas l'épargne à des fins productives, tant que leurs sous-jacents ne seront pas construits sur un minimum de bases tangibles à partir desquelles les agents économiques fonctionnent, l'adage financier anglo-saxon « cryptos are for gogos » sera de mise.

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Bien plus qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, on pourrait aussi ajouter sans trop se tromper que l'appât du gain facile peut faire prendre des risques malheureux et inutiles. En d'autres termes, aussi beau soit-il, l'habit ne fait pas le moine.

Philippe Boyer

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