A New-York, tout le monde sera bientôt bilingue

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A la rentrée 2015, New-York va étendre ou créer des programmes bilingues d'immersion dans plus de 40 écoles. Cet élan correspond au nombre grandissant d'enfants ayant une autre langue maternelle que l'anglais dans les écoles publiques.
A la rentrée 2015, New-York va étendre ou créer des programmes bilingues d'immersion dans plus de 40 écoles. Cet élan correspond au nombre grandissant d'enfants ayant une autre langue maternelle que l'anglais dans les écoles publiques. (Crédits : Reuters)
Aux Etats-Unis, et notamment à New-York, les programmes éducatifs bilingues ont la cote. Et le français est particulièrement plébiscité...

Dans l'économie mondiale d'aujourd'hui, la capacité à communiquer est essentielle. Plus particulièrement, la capacité à communiquer dans une autre langue est devenue un avantage significatif dans un monde de plus en plus concurrentiel.

Pour la ville de New-York, créer des programmes bilingues s'inscrit dans cette perspective : être capable de former des élèves qui pourront s'assurer un avenir dans une ville globale tandis que la grosse pomme est devenue un hub multiculturel. Dans ce cadre, disposer de résidents multilingues est de la plus haute importance. Mais avec une forte immigration en provenance du monde entier, le nombre d'élèves non anglophones inscrits dans le district scolaire new-yorkais est également élevé et les autorités éducatives de la ville et les parents se tournent de plus en plus vers l'éducation bilingue afin d'améliorer la maitrise de l'anglais de tous les élèves.

Ces programmes de double immersion (en deux langues) publics s'adressent  donc autant à des parents anglophones qu'à des parents étrangers ne maitrisant pas cette langue. Chacun à New-York trouve des avantages au fait de former des élèves bilingues.


Les programmes bilingues ont la cote outre-Atlantique

La ville de New York a annoncé peu avant l'été qu'elle comptait étendre ses programmes bilingues publics afin d'améliorer les résultats de ses apprenants en anglais langue étrangère. A la rentrée 2015, la ville va étendre ou créer des programmes bilingues d'immersion dans plus de 40 écoles. Cet élan correspond au nombre grandissant d'enfants ayant une autre langue maternelle que l'anglais dans les écoles publiques.

Non limité à New-York, ce genre de programmes est en plein essor aux Etats-Unis, comme le soulignait la revue France-Amérique en février dernier. Depuis 2002, ils ont connu une augmentation de plus de 700%. Ils sont particulièrement présents dans onze Etats, concentrés principalement dans le Nord-Est, le Sud et le Midwest. Ainsi, après des années de résistance au bilinguisme, que ce soit en Californie ou à New-York, des Etats se mettent à implémenter des programmes bilingues.

C'est le cas de l'Utah qui regroupe le deuxième plus grand nombre d'étudiants apprenant le français aux Etats-Unis après la Louisiane. Dans cet Etat 3 000 élèves âgés de cinq à douze ans font du français chaque jour (alors que moins de 10% d'entre eux sont d'origine française). Cette situation est le résultat du vote en 2008 par le sénat de l'État de la loi 80, le « critical languages program », qui permet d'allouer des fonds afin d'établir des programmes bilingues en chinois, en espagnol et en français. L'Utah disposait en 2014 de 30 000 élèves inscrits dans ses 118 programmes bilingues, dont 14 en français.

A New-York cet effort de développement du bilinguisme dans l'enseignement public est soutenu par l'ambassade de France et ses services culturels, que l'attaché éducatif Fabrice Jaumont qualifie de « révolution bilingue » dans la mégapole. Des programmes existent en effet sur place en espagnol, mandarin, français, créole haïtien, hébreux ou japonais.

Le Français en bonne place

La langue française connait ainsi un essor certain aux Etats-Unis, que ce soit à l'initiative de parents comme en Californie dans les villes de Glendale, Oakland ou de Santa-Rosa, ou à l'initiative d'autorités éducatives désireuses de former des citoyens multilingues comme en Floride ou en Utah.  A New York, le mouvement date de 2007, avec la première classe bilingue à Brooklyn. En 2014, sept écoles publiques de la ville offrait un programme en double immersion français et anglais au primaire. Et le mouvement se poursuit puisque l'École d'études internationales (the school for international studies, dite K497) compte préparer au baccalauréat international après avoir formé des élèves bilingues.

Dans la ville de New-York le français ne fut pas la première langue étudiée et dès l'essor des programmes bilingues de la ville, avec notamment l'école primaire PS16 dans le Queens, l'espagnol occupa une place de choix. PS16 accueille en 2015 1 700 élèves dont 75% de non anglophones. Le programme bilingue espagnol-anglais de cette école, commencé en 2003, reste étudié dans toute la ville en raison de ses succès. Ainsi, alors que 335 élèves sont dans les sections bilingues de l'établissement, ces derniers performent régulièrement mieux aux examens que les élèves qui sont dans des sections dites pour « élèves hautement performants ».

Avoir des élèves performants dans deux langues offre donc des avantages autres que purement linguistique et ce qui a commencé comme un moyen de relever le niveau d'anglais des 160 000 élèves non anglophones du district scolaire de la ville séduit dorénavant beaucoup d'autres parents.

Les avantages du bilinguisme

Finalement, l'essor de l'enseignement bilingue s'explique facilement : étudier en deux ou plusieurs langues a de nombreux avantages. Les élèves éduqués dans un contexte multilingue sont plus aptes à apprendre de nouvelles langues plus tard et sont cognitivement plus agiles et plus adaptables. Ils ont en moyenne de meilleurs résultats aux examens et sont plus à même de résoudre des problèmes dans des situations variées tandis qu'ils disposent d'une plus grande autonomie. Leur capacité à planifier, impulser, se concentrer et rejeter des informations non pertinentes est renforcée. C'est d'ailleurs pour cela que les programmes bilingues aident à l'acquisition d'une langue seconde : les acquis en langue maternelle aident à assimiler la seconde langue (l'anglais dans le cas de New-York) et les apprentissages réalisés dans l'autre langue enrichissent la connaissance et la maîtrise de la première langue.

Du point de vue socio-culturel, le multilinguisme aide les enfants à saisir la pleine mesure de la diversité culturelle qui existe dans notre monde. Les élèves ont plus d'empathie pour les autres cultures et comprennent mieux que le monde peut être vu et décrit de manières différentes. C'est d'ailleurs ce qui permet aux individus multilingues de développer une plus grande intelligence culturelle (la capacité à naviguer à travers les différentes cultures). Par conséquent, très souvent les individus qui parlent au moins une langue étrangère ont un revenu annuel moyen plus élevé que les individus monolingues.

Pour toutes ces raisons, après des années aux Etats-Unis et à New-York à considérer que l'apprentissage d'une seconde langue se faisait forcément au détriment de la première langue, tous les avantages de l'enseignement bilingue font maintenant consensus. C'est ainsi que cet effort, principalement mis en place afin d'améliorer les scores des élèves non anglophones scolarisés dans le système public, séduit beaucoup d'autres parents, chacun y trouvant des avantages. Il reste à parier que « la révolution bilingue » n'est pas terminée.

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