Sylvie Goulard, une Européenne pressée

Florence Autret

Florence Autret
L'eurodéputée de 51 ans, qui siège depuis 2009 dans le groupe libéral, a fait de l'Europe son destin. Énarque à la carrière atypique, elle est « entrée » à Bruxelles en 2001 comme conseillère de Romano Prodi, après une décennie au Quai d'Orsay, qu'on devine interminable. C'est une femme à la fois pressée et patiente, qui choisit ses combats, comme lorsque, en 2006, elle se fait élire présidente du Mouvement européen-France, face à... Pierre Moscovici. Le ténor socialiste deviendra ministre des finances puis commissaire européen. Elle restera députée sur une liste Modem.
On soupçonne qu'elle le déplore.
Sa bibliographie ressemble à une série de coups de colère où la raison le dispute à la passion. « C'est un livre de mère de famille », dit-elle de son dernier opus. En 2013, dans L'Europe : amour ou chambre à part ?, elle brodait déjà la métaphore familiale. Familiale ou amoureuse. Six ans plus tôt, dans Le Coq et la Perle, elle expliquait comment les dirigeants étaient en train de dilapider l'héritage des pères fondateurs. "L'Europe n'est plus faite", écrivait-elle. L'année suivante, elle les invitait à Cultiver notre jardin européen. Depuis Le Grand Turc et la République de Venise, en 2004, où elle expliquait à quel point l'adhésion de la Turquie serait une folie, cinq autres livres sont nés, sans compter la somme, plusieurs fois rééditée, de L'Europe pour les Nuls.
Les enfants (trois) ont grandi. Son ambition aussi. Faire chambre à part, c'est exactement ce en quoi consiste le deal scellé en février avec David Cameron. Il n'en fallait pas plus pour ranimer le désir d'écrire. Avant le fond - elle considère certaines demandes britanniques justifiées -, c'est la manière qui l'insupporte.
Il fallait « aborder la négociation avec un agenda différent ». Un agenda et surtout une ambition qui aurait été de réformer l'Europe, mais pour tout le monde. « La défense et la sécurité, la monnaie et l'immigration » sont les « trois champs » à explorer de toute urgence, en plus du marché unique. À quoi s'ajoutera sous peu « la laïcité ».
Des livres comme des SMS. Capable de passer du « tu » au « vous » , comme dans les chansons de Jane Birkin, de paraphraser Alain Souchon : « C'était mieux quand c'était toi. »
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Les siennes sont des ballerines noires plates, façon Audrey Hepburn ou Inès de la Fressange, sur jupe droite noire, trop large, et veste à la coupe impeccable. Depuis mars, elles l'ont emmené de Berlin à New York, de Francfort à Londres et Amsterdam. Et en Italie, bien sûr.
Ses meilleurs ennemis au Parlement la disent « trop » proche des banques, hautaine, insuffisamment patriote. Son réseau laisse sans voix. Romano Prodi est resté un ami. Mario Draghi, le président de la BCE, l'est devenu.
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Avec Mario Monti, elle a commis l'immodeste De la Démocratie en Europe. Robert Badinter a préfacé un de ses livres. Elle est de tous les think-tanks. Quand elle n'est ni à Bruxelles ni ailleurs, elle retrouve son mari, conseiller d'État, dans le VIIe arrondissement de Paris ou à Aix-en-Provence, dans leur maison de campagne, d'où elle s'échappe pour une réunion publique à Cavaillon.
« Il est temps, temps, temps que l'Europe se fasse », fredonnait Souchon. Elle aussi, certainement.
Florence Autret