CHRONIQUE LE MONDE À L’ENDROIT - Quand Abraham se fait discret
François Clemenceau
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La diplomatie des Émirats arabes unis, qui accueillent jusqu'à ce soir la 16e édition de la World Policy Conference organisée par l'Institut français de relations internationales (Ifri), est des plus nuancées. Tout de noir vêtue, sous un voile discret, la ministre d'État aux Affaires étrangères ne pouvait faire autrement, vendredi matin, que d'inaugurer ce rendez-vous prestigieux de la géopolitique mondiale en évoquant Gaza. Non pour revenir sur les pogroms atroces du 7 octobre perpétrés par le Hamas et qui ont « horrifié » son ambassadrice aux Nations unies. Mais plutôt pour évoquer l'urgence de mettre fin aux violences dont souffrent « les civils », sous-entendu dans les deux camps. Alors que le bilan des victimes palestiniennes ne cesse d'augmenter, Noura Al-Kaabi exige de « faire baisser la température dans la région alors qu'elle est sur le point de bouillir », avec « le risque que des groupes extrémistes en tirent avantage pour promouvoir leurs idéologies ».
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Aucun pays, aucune faction n'est nommée dans ce discours lu d'un ton égal mais ferme. « Les Émirats ne peuvent se désolidariser de Gaza », glisse-t-on dans l'entourage du conseiller diplomatique du président Mohammed Ben Zayed. « Je comprends leur discrétion, c'est très sensible », reconnaît un ancien ministre égyptien qui souhaite rester anonyme. Pourtant, le 24 octobre, la ministre émiratie de la Coopération internationale n'avait pas hésité, à la tribune de l'ONU, à qualifier les attaques du Hamas de « barbares et haineuses ». Le 2 novembre, c'était au tour du président de la commission de la défense, de l'intérieur et des affaires étrangères du Conseil fédéral émirati, Ali Rashid Al-Nuaimi, de réutiliser les termes devant l'American Israel Public Affairs Committee (Aipac), le principal lobby juif américain. Pour souligner également que la normalisation opérée par son pays en 2020 avec Israël sous le nom d'accords d'Abraham était là « pour durer ».
François Clemenceau