Le président chinois aura attendu - ce qui en dit long sur ses priorités - la fin du sommet international des routes de la soie qu'il présidait à Pékin pour prendre enfin position sur la guerre qui opposait Israël et le Hamas depuis une dizaine de jours. Ni lui ni son gouvernement, au lendemain des pogroms perpétrés par les commandos islamistes, n'ont jugé bon de les condamner ou de les qualifier de terroristes. Depuis ces massacres du 7 octobre, Pékin se positionne en revanche dans une posture de soutien à la solution dite des deux États et appelle à un cessez-le-feu pour éviter que cette guerre s'étende aux pays voisins. Si mercredi, au Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a mis son veto à un projet de résolution demandant une « pause humanitaire » pour soulager les souffrances des Palestiniens de Gaza, c'est parce que le texte était d'origine américaine et qu'il faisait mention du droit d'Israël à se défendre.
Cet exercice diplomatique des plus acrobatiques qui consiste à condamner la « punition collective » qu'infligerait Israël aux Gazaouis tout en souhaitant voir le Moyen-Orient résister à la tentation de s'embraser obéit à un réflexe premier d'opposition aux États-Unis. Comme l'explique le chercheur Ahmed Aboudouh, chef du département d'études chinoises à l'Emirates Policy Center d'Abou Dhabi, la « neutralité anti-occidentale » de Pékin doit beaucoup à ses intérêts économiques. Avec une croissance à la peine et un nouveau plan de relance de 137 milliards de dollars, les autorités chinoises ont besoin de stabilité géopolitique dans leurs zones d'approvisionnement et de relais. Dans une note publiée cette semaine par le think tank Chatham House, Ahmed Aboudouh rappelle que la Chine est le premier partenaire commercial de la plupart des pays de la zone Afrique du Nord - Moyen-Orient pour un montant d'échanges de 430 milliards de dollars, et que la moitié de ses importations de pétrole provient du Golfe. Ce n'est pas par hasard que les trois navires de guerre chinois qui devaient quitter cette semaine la région, où ils escortent nombre de tankers et de porte-conteneurs, ont été maintenus en mission sur place. Trois autres bâtiments de la marine de l'Armée populaire de libération, qui devaient les relever dans le cadre d'une rotation habituelle, les ont rejoints comme en renfort.