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Union nationale ou coalition nationale ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 17 mai 2017 à 17:12 - Mis à jour le 18 mai 2017 à 08:26

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Emmanuel Macron a composé avec son Premier ministre un gouvernement à l'équilibre subtil : parité, politique,société civile, experts. Avec un but gagner les élections législatives.

La nomination du premier gouvernement Macron porte tous les symboles de la volonté de recomposition politique voulue par le nouveau président : apparition de nouveaux visages, au milieu d'autres plus connus ; 54 ans de moyenne d'âge, tirée vers le haut par la présence de quelques barons de la politique comme Gérard Collomb, maire de Lyon, jamais ministre, François Bayrou, absent du gouvernement depuis 20 ans, Jean-Yves Le Drian, qui rempile, mais aux Affaires étrangères ; parité parfaite avec onze hommes et onze femmes ; présence inédite de la « société civile » qui représente la moitié des 22 ministres et secrétaires d'Etat ; prises de guerre avec l'arrivée à des postes clefs de ténors de la droite ayant quitté avec armes et bagages Les Républicains, comme Bruno Le Maire à Bercy ; et surtout, comme une cerise sur le gâteau, Nicolas Hulot, le hérault de l'urgence écologique, comme un pied de nez à l'écolo Mélenchon... C'est un subtil alliage que le président de la République a cuisiné avec son Premier ministre transfuge de la droite, Edouard Philippe.

De vrais experts

La photographie a de l'allure, avec de vrais experts de leur matière, comme promis pendant la campagne : une médecin à la Santé, une éditrice à la Culture, un ancien recteur patron d'une grande école de commerce à l'Education, priorité numéro 1 du président, une scientifique présidente de l'université de Sophia Antipolis à la Recherche, une épéïste quintuple médaillée olympique aux Sports, la patronne de la RATP aux Transports... et un écologiste à l'écologie !

Ce gouvernement de combat, construit pour mener la bataille de la conquête d'une majorité présidentielle aux législatives des 11 et 18 juin, propose une offre politique nouvelle, qui n'est pas que du marketing. On reproche souvent, parfois non sans raisons, à Emmanuel Macron de surtout faire de la com' et de savoir jouer de l'image. Mais force est de reconnaître que celui qui se présente comme le « maître des horloges » a présenté son gouvernement à l'heure, et en tenant la feuille de route qu'il s'était fixé : les visages sont nouveaux, les compétences sont valorisées et de nouveaux équilibres politiques sont forgés. La parité est respectée, avec un seul accroc : le ministère des Droits des femmes n'est plus qu'un simple secrétariat d'Etat à l'égalité hommes-femmes.

Panique chez Les Républicains

Le fait que LR ait exclu les ministres issus de ses rangs, Edouard Philippe, Bruno Lemaire et Gerald Darmani, soit le maire du Havre, le député de l'Eure et le maire de Tourcoing, en dit long sur la panique qui agite l'état-major de l'ex parti sarkozyste. A entendre les cris d'orfraie de Laurent Wauquiez, qui conduit la bataille des législatives pour ce qui reste de LR, on se dit qu'Emmanuel Macron a assez bien réussi son coup politique : le « vieux » monde des « vieux » partis qui ne veulent pas mourir présente un bien triste visage face au tout nouveau tout beau gouvernement moderne que même le Medef qualifie de « bonne nouvelle » dans un communiqué plein d'espoir où il souligne l'arrivée de personnalités « pragmatiques, dont certaines connaissent le monde de l'entreprise ».

Emmanuel Macron l'avait dit dans son entretien à Mediapart la veille du second tour du 7 mai : « dans ces périodes de recomposition politique", il faut réussir « un alliage entre le neuf et l'ancien ». C'est bien cela qu'il propose avec ce gouvernement composé de fortes personnalités, même s'il sera compliqué de réussir l'alliage entre un Collomb, un Le Drian et un Bayrou, un Lemaire et un Hulot, dont le poids politique est certain. Tout dépendra de la situation politique qui découlera des législatives. Pour l'heure, le gouvernement penche plutôt vers le centre droit, avec un Premier ministre qui se revendique « de droite » là où le président se veut « et droite et gauche ». Mais tout sera très différent selon que La République en marche obtient une majorité absolue de plus de 289 députés ; ou bien si Macron devra composer une coalition de projets, dont la balance politique sera fonction des réformes, comme ce fut le cas entre 1988 et 1993 : par exemple la loi d'habilitation à légiférer par ordonnances avec LR ; et des réformes plus « sociales » avec le parti socialiste.

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En quelque sorte, le macronisme pourrait bien se transformer en une sorte de centre radical, aux prétentions hégémoniques, une concrétisation politique du fameux « deux Français sur trois » dont rêvait Valéry Giscard d'Estaing. Le tout au nom de l'intérêt supérieur du pays, qui prend le dessus sur les querelles d'appareil et la bataille des egos qui mine les partis traditionnels de l'intérieur et les a conduit à être sanctionnés par les Français.

En finir avec le "vieux régime des partis"

Ce que tente Emmanuel Macron est inédit dans notre histoire politique récente. Dans notre imaginaire, cela ressemble à ce qu'avait réussi à imposer de Gaulle en 1958 aux débuts de la Cinquième République pour en finir avec le « vieux régime des partis ». Mais à y regarder de plus près, cela ne présente pas beaucoup de différences avec ce que vivent les régimes parlementaires en Allemagne ou en Europe du Nord, où les gouvernements de coalition sont fréquents. L'innovation française, c'est qu'avec Emmanuel Macron, on fait la coalition avant l'élection ! Ou plus exactement, dans les circonstances particulières que décrivent les résultats du premier tour de la présidentielle le 23 avril dernier, une « union nationale » imposée par la nécessité des temps nouveaux et l'état du pays, qui exige de l'efficacité dans l'action.

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N'en doutons pas : c'est bien pour appliquer et la lettre et l'esprit du projet présidentiel d'Emmanuel Macron que ce gouvernement a été construit. Et ce sera de l'Elysée et de nulle part ailleurs que viendront les instructions et les textes importants qui seront portés par les ministres. Sauf à ce que le pays, dans un nouveau soubresaut imprévu, n'envoie à l'assemblée une majorité autre que celle que tente de recomposer le président de la République, scénario improbable que le nouveau gouvernement sera chargé d'empêcher, en accélérant la décomposition et de la vieille droite, et de la vieille gauche. Convaincre les Français de confirmer cette recomposition pour lui permettre de tenter ce qui n'a jamais été fait, voilà désormais la prochaine étape à franchir par le chamboule-tout de l'Elysée.


Philippe Mabille

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