L'élection présidentielle aura montré qu'une majorité de Français n'entend pas quitter l'Union européenne ni revenir au franc. Mais le mécontentement à l'égard du fonctionnement de l'UE demeure à travers le continent. Et seule une initiative franco-allemande est à même de proposer des projets pour une meilleure intégration.
L'un des enseignements de la présidentielle française est qu'une majorité de Françaises et des Français ne sont aucunement tentés par un départ de l'Union européenne ni une remise en cause de la zone euro et de sa monnaie.
La campagne qu'a menée le nouveau président Emmanuel Macron sur une ligne clairement affirmée de rester dans le cadre actuel européen ne l'a non seulement pas désavantagé mais lui vaut aujourd'hui une large reconnaissance internationale, son élection à la présidence éloignant le spectre d'une désintégration de l'Union européenne. Cela s'était notamment traduit par un plus haut de 6 mois pour la monnaie commune face au billet vert (1 euro pour 1,0984 dollar) entre les deux tours de la campagne.
Fracture au Front national
Mais ce qui illustre encore plus clairement ce sentiment est l'échec (relatif puisque qu'il a encore progressé en voix) du Front national dont la cohésion interne ces derniers jours est mise à mal précisément sur ce sujet.
Ceux qui considèrent depuis longtemps que le message du parti d'extrême droite sur l'Union européenne et l'euro éloignent des électeurs ont été confortés par le débat du deuxième tour. Face à Emmanuel Macron, le message confus de Marine Le Pen et son manque d'arguments sur un sujet qui était pourtant un pierre angulaire de son programme ont démontré que la mesure relevait davantage du slogan électoral à destination des souverainistes. Et l'alliance avec Nicolas Dupont-Aignan avait ajouté à la confusion.
Un slogan qui d'ailleurs n'avait rien de commun avec le propos de Jean-Luc Mélenchon, qui consistait à « sortir des traités » sans sortir de l'euro, ou celui, plus tranché, de François Asselineau, seul candidat qui militait en faveur d'une sortie de l'UE, un « Frexit », en faisant jouer le fameux article 50 du traité, que Theresa May a invoqué pour lancer le Brexit. Mais le résultat de l'UPR, qui n'a attiré que quelque 330.000 électeurs (0,92%), a montré que l'immense majorité des électeurs n'était pas intéressée par cette option.
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Pour autant, les critiques à l'égard de l'UE et de la zone euro ne vont pas cesser tant elles représentent des bouc-émissaires commodes pour nombre de partis populistes à travers le continent.
Emmanuel Macron le sait. S'il s'est voulu rassurant à l'égard de Berlin en affirmant que les problèmes français devaient être réglés dans le cadre national - un meilleur contrôle des dépenses publiques et certaines réformes phares, comme celle du marché du travail, censée redonner de la croissance économique -, « en même temps », selon l'une de ses formules favorites, il plaide en faveur de mesures qui doivent redonner un second souffle à l'Union, ce qui passe par davantage d'intégration.
Sur ce point, Emmanuel Macron dispose d'un répit lié à la campagne des législatives allemandes dont le scrutin se tiendra le 24 septembre. La chancelière, candidate une nouvelle fois à sa succession, affronte le candidat social-démocrate Martin Schulz qui martèle que le temps est venu de faire preuve de davantage de solidarité au sein de la zone euro, notamment par une relance de l'investissement. Il en va de la cohésion du projet européen.
Si donc l'accession d'Emmanuel Macron à la présidence française marque incontestablement une victoire pour l'Union européenne et l'euro, cela n'en constitue pas pour autant la fin du scepticisme et du populisme. Et la poursuite de l'intégration européenne ne s'annonce pas comme un fleuve tranquille.