Le pari perdu de Theresa May

 |   |  686  mots
Theresa May.
Theresa May. (Crédits : Reuters)
Theresa May comptait sur les législatives pour renforcer les conservateurs au parlement. Résultat, elle a perdu la majorité absolue, et a remis en selle les Travaillistes de Jeremy Corbyn. Elle se retrouve dans une position difficile pour négocier le Brexit face à l'UE. Les incertitudes augmentent pour l'économie du Royaume-Uni.

Les Premiers ministres britanniques conservateurs aiment-ils jouer les apprentis-sorciers ? On peut le penser après le pari raté de Theresa May. Elle a perdu jeudi sa majorité absolue au parlement lors des législatives anticipées qu'elle avait convoquées pour renforcer sa position avant de débuter les négociations sur le Brexit avec l'UE. Son prédécesseur, David Cameron, avait lui aussi convoqué un référendum pour en finir avec l'euroscepticisme, un coup politique qui s'était soldé par le choix majoritaire du Brexit. Dans les deux cas, le but était de renforcer l'union des Tories. Le résultat est un fiasco et un parti amoindri et divisé.

12 sièges de perdus

En perdant 12 sièges jeudi, pour revenir à 318 élus, les conservateurs sont en effet passés sous le seuil de la majorité absolue qui se situe à 326 sièges. Même si ces derniers restent la première formation, les Travaillistes de Jeremy Corbyn, avec un programme très marqué à gauche, proposant notamment une relance de l'économie et la défense des services publics, n'a pas fait fuir les électeurs, bien au contraire puisqu'ils gagnent 29 sièges, obtenant 261 élus.

Il n'y a pas d'alternative

Malgré ce cinglant désaveu, et à 11 jours de l'ouverture des négociations avec Bruxelles, la reine a chargé Theresa May de former un nouveau gouvernement, car il n'y a pas d'alternative (TINA), selon l'expression chère à Margaret Thatcher. May compte obtenir le soutien des 10 élus du Parti unioniste démocrate irlandais (DUP) pour pouvoir gouverner.

Le poids des Travaillistes

Mais les difficultés sont à venir. Fragilisée, la Première ministre va devoir affronter une Union européenne qui ne lui fera aucune concession. En interne, le poids des Travaillistes va peser, car, comme l'a martelé Jeremy Corbyn durant la campagne, ils souhaitent que l'emploi soit la priorité, ce qui passe par un accord commercial avec l'UE, premier partenaire du Royaume uni, même au prix de certaines concessions.

Mais ce raté va surtout peser sur l'économie outre-Manche, en renforçant les incertitudes quand à l'avenir, ce qui devrait se traduire par une défiance accrue des investisseurs et une nouvelle baisse de la livre sterling (elle perdait 1,50 % dans la matinée, à 1,27 dollar).

Certes, après la victoire surprise du Brexit, dont nombre d'experts avaient prédit qu'il entraînerait une récession se sont trompé finalement. La résilience est bien là. La Banque d'Angleterre a d'ailleurs récemment révisé à la hausse ses projections tablant sur une croissance du PIB de 1,7% en 2017 et 1,3% en 2018, supérieure à celle de la zone euro.

Entreprises dynamiques de dimension internationale

Mais il faut rappeler que le Royaume uni dispose d'entreprises dynamiques de dimension internationale et exportatrices dans des secteurs diversifiés qui devraient continuer à profiter de la baisse du sterling, dont la Banque d'Angleterre ne manifeste aucune velléité de soutien. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'indice de référence de la Bourse de Londres, le FTSE100 restait jeudi orienté à la hausse (+0,86 % en milieu d'après-midi).

En revanche, la demande interne - qui reste un moteur de soutien de l'économie - et les excédents liés à l'exportation pourraient souffrir d'un processus plein d'incertitudes qu'un Brexit compliqué génèrerait. Ce qui pénaliserait également le secteur bancaire, les valeurs de consommation, et les entreprises qui dépendent majoritairement du marché britannique.

Risque sur la consommation

Ce qui aurait pour conséquences de peser sur la consommation des ménages, les revenus et surtout l'emploi. Même si le taux de chômage s'affiche à un envieux 4,6% vu de côté-ci de la Manche, une remontée pèserait sur la consommation.

C'est dans cette configuration que Theresa May va devoir mener sa politique, qui se voulait sans concession à l'égard de l'UE. Son programme qui consistait notamment à défendre la place forte qu'est la City et  lancer un ambitieux programme d'investissement industriel va devoir s'adapter à la nouvelle donne parlementaire. Mais le Premier ministre a montré qu'elle savait se montrer pragmatique si les circonstances l'exigeaient. Premier test dans 11 jours avec l'ouverture des négociations avec Bruxelles.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/06/2017 à 17:32 :
Je trouve que la presse fait du May bashing, parce que ces élections avaient une double justification: 1) lui donner une légitimité, car rappelons-le, elle avait remplacé Cameron au pied levé, et 2) elle voulait s'assurer une confortable majorité au parlement. Elle n'a donc pas perdu au sens de la presse, car avec une majorité relative, elle peut dire qu'elle a été élue démocratiquement et que sa majorité, bien que relative, est tout de même une majorité :-)
a écrit le 11/06/2017 à 15:55 :
Le Brexit n a pas eu lieu, et ne sera effectif qu a la fin des negociations... cqfd "Certes, après la victoire surprise du Brexit, dont nombre d'experts avaient prédit qu'il entraînerait une récession se sont trompé finalement. La résilience est bien là." Hallucinant. Une erreur pareil, cela soutient les extremistes.
a écrit le 11/06/2017 à 15:47 :
Le Brexit n a pas eu lieu, et ne sera effectif qu a la fin des negociations... cqfd "Certes, après la victoire surprise du Brexit, dont nombre d'experts avaient prédit qu'il entraînerait une récession se sont trompé finalement. La résilience est bien là." Hallucinant
a écrit le 11/06/2017 à 14:40 :
Ici Londres......
May Day, May day, May day!
a écrit le 11/06/2017 à 13:22 :
S'est moche, mais s'est la politique, cela devrais la ramener à la realiter.... Elle n'est pas en territoire conquis en Europe..... Et pour avoir un accords ils faut être deux.... Ensuite je ne crois pas que se soit la GB qui dicte s'est condition.... Ils souhaitent prospérer sans nous, pas de probleme , mais se n'est pas nous qui payeront cette histoire.... A l'heure de l'OMC et de la mondialisation , nous pouvons vivre sans les anglais....
a écrit le 10/06/2017 à 20:41 :
Le référendum sur le Brexit a été faussé par une sorte d'hystérie collective autour de l'Europe....les anglais se réveillent doucement avec la gueule de bois....mais Thérésa May demeure leur cauchemar....et notre Kaiserine ne va se laisser faire par la vieille bique anglaise.....
a écrit le 10/06/2017 à 12:55 :
Bravo Mme Theresa May vous êtes une démocrate. Vous avez pris le risque de demander l'avis de la nation britannique, ce que ne font pas nos dirigeants depuis Chirac. Forcément celà va conduire à prendre en compte les opinions diverses des Britanniques, ce qui fait débat et en démocratie le débat est sain on ne le met pas sous le tapis comme dans les régimes autoritaires. Aprés le référendum de Chirac en 2005, nous avons eu des dirigeants fiers comme Artaban qui ont modifié la Constitution Française pour ne pas consulter le peuple et décider sans nous en 2008 sur le Traité de Lisbonne, pour moi c'est nettement plus grave. Vive l'amitié Franco Anglaise elle nous a déja beaucoup apporté ne l'oublions pas, et les citoyens britanniques installés chez nous s'intégrent particulièrement bien. Le soutien britannique a été capital pour contrer les deux régimes tyranniques qui ont ensanglanté l'Europe au 20ième siècle. Malgré les critiques, le parti de Theresa May obtient le plus de votes et reste le premier parti britannique.
a écrit le 09/06/2017 à 20:06 :
Je me demande bien pourquoi il y a des prévisions de croissance au dixième près quand les experts avaient prévu une récession, et de même qui aurait prédis une telle déconvenue de Mme May il y a deux mois?
En fait le Brexit est un brouillard où on ne voit pas à 100 mètres, la seule chose dont on peut être certain est la volonté de l'UE de proposer un accord au RU qui dissuadera d'autres pays de faire de même.
a écrit le 09/06/2017 à 18:47 :
Pari perdu pour un problème d'ego mal résolu. Elle avait une majorité de 17 sièges. Pourquoi dissoudre ? Parce que le syndrome de l'altimètre a frappé. Belle co.... Chirac avait fait la même. La Grande Bretagne en sort affaiblie. Pendant ce temps, l'Europe se renforce, commence à développer une défense europenne bloquée depuis des années par... la Grande Bretagne.
a écrit le 09/06/2017 à 17:59 :
les manches sont hallucinantes!
a priori personne n'a compris qu'elle avait la majorite avant et que si elle a convoque des elections ( alors que les brits disaient regretter leur choix, notamment apres les aveux de mensonge de farrage sur le healthcare system), c'etait pour mieux planter la sortie.......
on leve les paris.... les negociations seront catastrophiques et tres defavorables au ru, qui ' finalement' ne demandera pas sa sortie?
qui releve le pari?
Réponse de le 09/06/2017 à 18:25 :
@churchil : je pense que tu as raison, petit a petit on va aller vers une annulation du brexit ... chacun sa methode pour effacer un resultat de referendum, de notre coté de la Manche on a utilisé le "'mini-traité" et de l'autre visiblement une legislative "foireuse" va précipiter le brexit ... :)
Réponse de le 09/06/2017 à 18:51 :
Ne vous faites pas d'illusion. La stratégie prêtée à May est un foirais. Les coups de billards à 3,4, voir 5 bandes est un rêve de politicars à peine pubères. La plupart du temps, des la deuxième bande ils sont déjà dans l'improvisation.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :