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Lundi 20 mars 2023, 16 heures : et si la motion de censure était adoptée ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 20 mars 2023 à 05:12 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 19:50

La premiere ministre elisabeth borne annonce l'utilisation de l'article 49.3 de la constitution

La premiere ministre elisabeth borne annonce l'utilisation de l'article 49.3 de la constitution

PASCAL ROSSIGNOL

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POLITIQUE FICTION. Et si la chambre des députés faisait tomber ce lundi le gouvernement d'Elisabeth Borne ? Après tout, au point où nous en sommes des rebondissements depuis le début du conflit social sur la réforme des retraites, ce scénario politique en apparence improbable pourrait offrir une porte de sortie politique à Emmanuel Macron. Et ne conduirait pas forcément à une dissolution mais ouvrirait la voie à une autre façon de gouverner. Le pays en a besoin et c'est aussi ce qu'il réclame à son chef...

Selon un sondage Cluster17 pour Le Point, 74% des Français espèrent donc ce dimanche que la motion de censure fasse tomber le gouvernement Borne et par voie de conséquence la réforme des retraites. Imaginez : en fin d'après-midi ce lundi 20 mars 2023, coup de théâtre : la motion transpartisane déposée par le groupe LIOT et défendue par le député centriste Charles Amédée de Courson est, à la surprise générale, adoptée par une majorité composite, alliance des opposants déclarés au report de l'âge de départ à 64 ans (la Nupes et le RN), mais aussi contre toute attente d'une coalition frondeuse de députés LR et du groupe Renaissance...

Vous n'y croyez pas bien sûr et vous avez sans doute raison. Et pourtant : qui sait ce qui s'est passé ce weekend dans les circonscriptions où de nombreux élus ont pu constater sur le terrain l'incompréhension massive voire le dégoût des Français devant la brutalité de l'usage de l'article 49.3 ? Ce serait, de fait, la première fois dans l'histoire du pays qu'une réforme sociale ayant un impact aussi important et immédiat sur la vie des gens serait appliquée sans aucune légitimité démocratique, sans vote majoritaire.

« Si on passe en force à quoi ça sert de nous demander notre avis », disait, non sans bon sens hier soir, une électrice dans l'émission « C à Vous » sous les yeux de Laurent Berger. Le leader de la CFDT a une nouvelle fois tendu la main à Emmanuel Macron, l'appelant à retirer la réforme pour remettre le sujet à une vraie conférence sociale. Face à la radicalisation du conflit avec des manifestations sauvages depuis jeudi à Paris et dans plusieurs villes de province, Laurent Berger soucieux de conserver le soutien de l'opinion appelle cependant à ne pas gêner le bac, dont certaines épreuves débutent ce lundi. L'intersyndicale a appelé à une nouvelle mobilisation jeudi 23 mars contre le projet de report de l'âge et refuse de relâcher la pression tandis que des mouvements se radicalisent dans les raffineries notamment, comme cet automne, provoquant un début de pénurie dans les stations-service.

Signe de la tension extrême qui entoure ce vote de lundi, Emmanuel Macron a assuré que le gouvernement prendrait des mesures pour « protéger les parlementaires ». De fait, c'est l'une des questions que se posent nombre de députés de Renaissance et de LR alors que des permanences ont été menacées dont celle d'Eric Ciotti le patron de LR. Car, pour les plus radicaux des opposants à la réforme Macron, il n'y aura pas de différence entre avoir voté le projet de loi, ce qui n'a pas eu lieu jeudi, ou ne pas avoir voté la censure ce lundi. Le résultat sera le même : la réforme sera adoptée et pourra entrer en application comme prévu une fois promulguée.

Certains se raccrochent à une possible censure du Conseil constitutionnel, alors que Laurent Fabius a laissé entendre que ce pourrait être le cas de certaines dispositions « cavalières » de cette loi de financement de la sécurité sociale. Une chose est sûre, il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles : ils ont parfaitement compris que cette motion de censure était en réalité une autre façon de faire adopter la réforme. Les députés Renaissance et LR qui ne vont pas voter la motion Courson vont de facto faire reculer de l'âge de la retraite à 64 ans. Le minimum sera de l'assumer en toute transparence.

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Des risques financiers, vraiment ?

Pour justifier l'usage du 49.3, Emmanuel Macron n'a pas hésité de son côté à brandir des arguments d'autorité, considérant « qu'en l'état les risques économiques et financiers d'un échec de la réforme sont trop grands ». Ce faisant, il conforte la dimension purement budgétaire et comptable d'une réforme qualifiée de « tableur Excel » par les syndicats, un « anti quoi qu'il en coûte » dont les principales victimes sont les salariés de la première ligne de la période du confinement, à l'image des éboueurs en grève que les manifestants applaudissent depuis jeudi soir dans les rues de Paris encombrées par 10.000 tonnes de poubelles non ramassées, super pub à 500 jours des JO 2024.

Cet argument financier ne tient pas la route une seconde quand on met en relation le peu d'économies de la réforme, une dizaine de milliards d'euros sur les 17 escomptés après les multiples reculs d'Elisabeth Borne face, c'est un comble, à la droite LR avec les tristes réalités budgétaires du pays, miné par les déficits. Et encore heureux que l'amendement Pradié sur les carrières longues complètement démagogique et d'un coût de 7 milliards ait été écarté. Bref tout ça pour presque rien à l'échelle d'une France qui doit emprunter 270 milliards d'euros cette année avec des taux d'intérêt qui flambent. On peut même lui retourner l'argument de revers : Macron invoque un risque financier qu'il a lui-même accru et qui risque de s'amplifier si la France sombre dans le chaos social ou est paralysée par une crise politique.

En vérité, même s'ils ne se risquent pas à le dire publiquement, beaucoup de députés de la majorité relative Renaissance Horizons seraient soulagés si la motion de censure imposait un « reset » de cette séquence pathétique. Les témoignages sont nombreux à dénoncer les erreurs de communication depuis la présentation du projet de loi, de la polémique sur les injustices réelles faites aux femmes à celle sur le nombre de retraités concernés par les 1.200 euros de minimum contributif en passant le débat surréaliste autour des carrières longues.

Un chaos politique encore pire ?

Si la motion était adoptée, évidemment, le risque est de provoquer un chaos politique encore pire. Macron tient la droite LR par le pouvoir de dissolution, en arguant que la situation politique du moment rendrait possible sa disparition. Déjà très affaiblie, la droite républicaine se fracturerait entre une partie modérée et une partie absorbée par les extrêmes. De faiseur de roi, ou de majorité, LR perdrait donc tout dans cette partie de poker, y compris sa cohérence puisque la « droite de gouvernement » fait campagne depuis toujours sur la retraite à 65 ans. Le même danger menacerait les députés Renaissance et Horizons, condamnés dans la dernière ligne droite à se plier à la volonté d'Emmanuel Macron, tout en n'en pensant pas moins !

Le vote de la censure ne rend pourtant pas institutionnellement obligatoire la dissolution. Elle ferait simplement tomber le gouvernement d'Elisabeth Borne et ses 42 ministres et secrétaires d'Etat pour la plupart inconnus. Elle pourrait au contraire offrir une porte de sortie en imposant une nouvelle méthode et une nouvelle gouvernance, celle justement qui a fait défaut depuis un an. Car la tentative d'Elisabeth Borne de bâtir des consensus de projet avec les uns ou les autres, la gauche et les Verts sur les énergies renouvelables, la droite sur le nucléaire, par exemple, a dépassé ses limites avec le « naufrage démocratique » de la réforme des retraites.

La fin du parlementarisme rationalisé ?

Et si, au travers de l'apprentissage de cette crise, Emmanuel Macron reprenait l'ouvrage pour bâtir cette fois un pacte de coalition transparent, à l'allemande, ou à l'anglaise, dans une vraie mutation du régime vers un parlementarisme moins rationalisé, moins vertical, moins brutal, avec moins de 49.3 quoi ! Et si c'était au fond, plus que la contestation du report de l'âge légal de la retraite, la vraie revendication, la vraie espérance des Français, de ces millions d'électeurs qui se sentent aujourd'hui floués par un président plus tacticien que stratège, et dont le récit politique s'est perdu dans les sables mouvant de la « bordélisation » du Parlement. Un pacte de coalition, négocié, où tout serait clair, redonnant un cap, un récit national, un horizon, voire plusieurs, rouvrant la porte à la démocratie sociale et aux syndicats qui engrangent les adhésions, merci Macron ! Un pacte pour remettre à l'endroit le chantier des retraites par une conférence sociale posant sur la table tous les sujets.

Avec ce dernier 49.3, Emmanuel Macron ex-Jupiter attire la foudre qu'il a lui-même déchaînée. Comme le dit Laurent Berger, il n'est (pas encore) trop tard. Entre le scénario du pourrissement du conflit qui peut tourner mal, y compris dans un blocage façon CPE avec entrée en scène de la jeunesse lycéenne et étudiante, et un retour de l'autorité de l'Etat légitime, le président ferait bien d'y regarder à deux fois ce lundi 20 mars, avant l'heure du thé.

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A défaut, on voit bien l'ombre qui menace de s'étendre, celle des populismes et d'une montée des extrêmes, jusqu'à leur transmettre le flambeau ? Les sondages portent Marine Le Pen vers l'Elysée en 2027 et Emmanuel Macron fait tout en apparence pour l'encourager. On ne pourra pas dire qu'il n'a pas été prévenu : son deuxième quinquennat et son destin se jouent ce lundi soir. Car il est en train de perdre tous ses soutiens, y compris chez les patrons que l'on n'entend pas, y comprend dans la base profonde de son électorat, qui ne comprend pas cette surdité : selon le baromètre du JDD ce dimanche, 72% des Français sont mécontents de son action et parmi les critiques qui lui sont adressées, figure celle-ci : « Macron n'écoute pas ». Laurent Berger ne dit pas autre chose.

Philippe Mabille

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