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Les métamorphoses du monde actuel ne sont pas que digitales.
Les métamorphoses du monde actuel ne sont pas que digitales. (Crédits : Reuters)
[ ÉDITO #REAix2018 ] Rarement, en quelques mois, on aura vu s'accumuler autant de signes de ruptures. Alors que notre monde, dix ans après la grande crise financière, se trouve à un nouveau tournant, géopolitique celui-là, la foi absolue de certains apôtres dans le pouvoir transformateur de la tech, en prise directe avec le schéma de pensée dominant de la Silicon Valley, pourrait être source de grandes désillusions. Par Philippe Mabille, directeur de la Rédaction de La Tribune.

Evgeny Morozov, le chercheur américain d'origine biélorusse, a fait de cette formule ironique un résumé de la perte de sens de notre époque : Pour tout résoudre, cliquez ici (Editions Fyp). Son best-seller mondial dénonce « l'aberration du solutionnisme technologique », le schéma de pensée dominant de la Silicon Valley qui veut nous faire croire que, pour chacun de nos problèmes, il y a, comme dit la publicité, « une application pour ça ». Ce livre, une sorte d'anti-Harari, l'auteur de Sapiens, une brève histoire de l'humanité et de Homo Deus, une brève histoire du futur, dénonce la foi absolue de certains dans le pouvoir transformateur de la tech.

Les métamorphoses du monde actuel ne sont certes pas que digitales. L'économie numérique en elle-même ne pèse pas grand-chose dans le PIB mondial : 5 % en France, 6 % aux États-Unis. L'économie dite « traditionnelle » est encore ultra-dominante ; mais elle est traversée par la révolution technologique dont le plus gros de la vague est à venir. Les nouveaux champions de ce monde-là sont américains, symbolisés par l'acronyme Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, et bien d'autres), et leurs équivalents chinois, les fameux BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). L'Europe est dominée, colonisée, totalement absente de cette nouvelle forme de la mondialisation. Si nous ne réagissons pas, nous sommes condamnés à devenir de simples consommateurs béats des progrès qui vont enrichir des pays concurrents aux multinationales de plus en plus puissantes.

Economie de superstars et signes de ruptures

Cette économie de superstars, de premiers de cordée, se met en place au moment où le monde traverse une zone de tensions, pour ne pas dire une zone de dangers extrêmes. Rarement, en quelques mois, on aura vu s'accumuler autant de signes de ruptures. C'est Donald Trump, le président américain, qui, d'un tweet, atomise le semblant de communiqué conclu au sommet du G7, juste avant d'aller négocier seul à seul un semblant d'accord de dénucléarisation avec le dictateur nord-coréen. Le président américain, toujours, qui accélère la mise à mort du multilatéralisme, multipliant les mesures protectionnistes agressives, s'attirant des contre-mesures de tous ses partenaires, canadien, européens ou chinois. La démonstration in vivo de l'imbécillité de ces décisions est apportée par Harley Davidson qui, pour échapper aux sanctions européennes, délocalise hors des États-Unis. Ce qui s'appelle se tirer une balle dans le pied. On le sait bien, les guerres commerciales ne peuvent faire que des perdants et finissent mal en général.

Dix ans après la crise financière, un nouveau tournant. Géopolitique

En Europe, c'est la crise des migrants qui exacerbe les tensions politiques : elle déstabilise l'Allemagne d'Angela Merkel et entraîne l'Italie, un pays fondateur de l'UE, dans le populisme. L'Europe, qui avait jusqu'ici surmonté toutes les crises, agricoles, financières, se découvre impuissante, et mortelle.

L'ordre mondial, tel que nous l'avons connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est bousculé, contesté jusque dans son essence par ceux-là mêmes qui devraient en être les garants. Si l'on ajoute à ce tableau la contestation partout de la démocratie par des régimes autoritaires dont certains se qualifient d'« illibéraux », la persistance de la menace terroriste qui s'étend, le réchauffement climatique dont on commence seulement à mesurer les conséquences, il est temps de regarder la réalité en face : dix ans après la crise financière de 2008, à laquelle nous n'avons survécu que parce que les banques centrales ont injecté des centaines de milliards de dollars pour sauver les banques, nous sommes en train de vivre en 2018 un nouveau tournant, géopolitique celui-là : sans doute la fin du monde tel que nous l'avons connu. Et nous allons entrer, à l'aube des années 2020, dans un autre paradigme : un monde VUCA +, encore plus volatil, incertain, complexe et ambigu que ne l'avait anticipé le Pentagone lorsque l'armée américaine a inventé ce concept dans sa vision du futur.

Faut-il se prépare au « retour du tragique dans l'histoire » ?

Certains, comme l'ancienne secrétaire d'État Madeleine Albright, regardent les années 2020 à venir avec le miroir des années 1930 :

« Il y a une tentation fasciste aux États-Unis et en Europe », prévient-elle dans son dernier livre.

Sans doute faut-il trembler devant le parallèle mais hésiter à l'employer à tort et à travers. « Nous ne nous apprêtons pas à vivre des temps calmes », avait reconnu Emmanuel Macron dans son discours à la session ministérielle de l'OCDE fin mai.

Devons-nous nous préparer, comme le président l'a souvent dit, au « retour du tragique dans l'histoire » ? Après soixante ans de paix, l'Europe est à la croisée des chemins, et ne peut compter que sur elle-même et ses propres forces pour se sauver elle-même. Finalement, c'est peut-être une occasion unique de nous prendre par la main et de mieux coopérer entre nous, nous qui passons notre vie à donner des leçons de multilatéralisme au reste du monde. C'est en tout cas la fin de « la fin de l'histoire » telle que l'avait espéré Francis Fukuyama, en voyant dans la chute de l'URSS la victoire finale de la démocratie et de l'économie de marché.

Pour tout résoudre, cliquez ici ? L'appli qui permettrait de réinventer des solutions multilatérales pour monde en déroute n'a pas encore été inventée... Espérons un sursaut au G20 de Buenos Aires en fin d'année...

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Commentaires
a écrit le 06/07/2018 à 18:35 :
Parmi les grandes ruptures récemment annoncées, on trouve la volonté de ne plus subventionner en Chine, l'installation des énergies solaires. Visiblement, comme dans beaucoup d'autres pays dans le monde on cherche à réhabiliter l'énergie nucléaire qui apparait comme une réponse à la demande mondiale en énergie qui ne cesse d'augmenter, et en misant sur l'émergence de nouvelles solutions nucléaires qui seraient plus rentables, mais aussi plus propres, et moins dangereuses.

Certes les énergies renouvelables sont encore trop cheres et pas assez efficaces pour séduire les investisseurs du monde financier qui veulent des retours sur investissements beaucoup plus courts.

Toutefois l'énergie nucléaire reste pour l'heure nettement plus chère, plus dangereuse et nettement moins propre que les énergies renouvelables. Cependant, si on veut la remettre en selle, c'est bien parce que des installations de productions existent déjà et dont on pense que l'on peut en prolonger leur durée de vie d'une part et que d'autre part la durée des amortissements du renouvelable est encore bien trop longue et que la rentabilité financière des nouvelles installations concernées serait en général encore trop faible.

Toutefois, la rapidité des évolutions et l'importance des développements récents en matière de technologies avancées (et en particulier qui concernent de nouveaux types de materiaux- souvent pas même encore bien connues dans les milieux de la décision économique et financière de nombreux pays industriels- permet d'envisager sur le tres court terme des énergies renouvelables de deux à trois fois moins cheres et avec lesquelles il serait possible de revenir sur les nouvelles ruptures annoncées et de changer complétement la donne au sujet des prévisions qui concernent la distribution du bouquet énergétique. Et ceci, même en pouvant réduire aussi de beaucoup les subventions publiques et la part du volontarisme écologique qui peuvent alors devenir bien moins nécessaires.

Pour cela il conviendrait de davantage s'intéresser aux solutions techniques nouvelles déjà existantes ou bien immédiatement possibles, et on peut ici constater qu'en raison du cloisonnement des disciplines, et des insuffisances des compétences technicoscientifiques qui les concernent, les milieux de la décision politique et financière peuvent avoir encore beaucoup de difficultés à les appréhender (il n'y a pas que le numérique et l'intelligence artificielle sur terre, qui au demeurant peut s'avérer bien moins efficace que ce que l'on voulait croire, et parfois même tres contreproductive, quand de nouvelles solutions plus pertinentes ne peuvent plus même être entendues à travers les procédures informatisées.).
Les nouvelles solutions ne seront pas nécessairement trouvées dans les milieux de la recherche scientifique et technologique académique. Mais davantage dans les milieux de culture mixte à la fois industrielle, financière, commerciale, scientifique et technologique, là où ces divers aspects peuvent être mieux traités en temps réel et de maniére plus interactives. De nombreux business modèles qui exploitent avec succes ce genre de culture mixte ont déjà pu çà et là produire les meilleurs résultats. Ne pourrait-on pas davantage s'en inspirer?
a écrit le 06/07/2018 à 9:48 :
La réponse à ma question devrait être la suivante: la "répartition" concerne ce qui est dans les caisses de retraites, et le financement des caisses de retraites doit être effectué par l'ensemble du PIB, c'est à dire les salaires et la consommation d'énergie. En effet, le travail et l'énergie concernent la même grandeur physique. Qui peut mieux exprimer ma pensée? Voir la note n°6 du CAE.
a écrit le 06/07/2018 à 9:36 :
peu d espoir dans une Europe prise en étau entre deux bloc est /ouest....
a écrit le 06/07/2018 à 9:27 :
Philippe Mabile peut il nous préciser ce qu'il entend par "répartition" pour les retraites, ce qui rentre ou ce qui sort des caisses de retraites? Et comment tenir compte de l'énergie? Merci.
a écrit le 06/07/2018 à 9:16 :
L'Europe, enfin du moins le consortium financier européen ,dénué de toute puissante politique, n'a emprise sur rien du tout son oligarchie se laissant dégénérer car elle gagne toujours plus d'argent grâce à la fraude fiscale et l'arnaque aux dettes mais repus à détourner les finances publiques elle se retrouve incapable de concurrencer les acteurs mondiaux. Pour s'acharner sur le peuple européenne elle est très forte mais sur le plan de la concurrence mondiale elle est à genoux.

"Hâte toi déclin !" Nietzsche

"Devons-nous nous préparer, comme le président l'a souvent dit, au « retour du tragique dans l'histoire » ?"

Parce que le terrorisme qui vient massacrer les citoyens européens n'est pas déjà du "retour au tragique" ? On voit que c'est pas l'oligarchie qui est touchée hein... Macron ne sait pas quoi dire mais il parle quand même, je pense que là est plus le signe du déclin de l'europe qu'une éventuelle futur guerre loin d'être à nos portes.

"Après soixante ans de paix, l'Europe est à la croisée des chemins, et ne peut compter que sur elle-même et ses propres forces pour se sauver elle-même"

Heu... On est foutu donc vu que l'europe n'a jamais montré une quelconque volonté de gérer ses citoyens..

Vite un frexit.
a écrit le 06/07/2018 à 8:39 :
Suite. Toute la confusion provient de la définition que nous donnons au terme "répartition" pour les retraites. Répartition de quoi? Du financement des caisses de retraites, de la répartition de ce qui rentre dans les caisses de retraites?
a écrit le 06/07/2018 à 8:20 :
On oublie tout simplement de prendre en compte le role de l'énergie, comme si nous étions encore au Moyen Age. Lisez la note n°6 du CAE, page 12. Mais qui est capable de comprendre cette note?

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