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Présidentielle : pour les partis, c'est mal parti

Photo de Robert Jules

Robert Jules

Publié le 17 mars 2017 à 16:13 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:06

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Les deux partis qui ont dominé la vie politique française ces dernières années sont pour le moment les grands perdants de cette campagne présidentielle. Le phénomène n'est pas exceptionnel, on le retrouve dans d'autres pays européens.

Les derniers sondages - avec toutes les précautions qu'il convient de prendre en la matière - font apparaître que les deux candidats qui se situent largement en tête : Marine Le Pen (à 27%) (*) et Emmanuel Macron (26%) tendent à renforcer leurs positions.

Cette configuration peut encore évoluer. Une partie importante de l'électorat n'a pas encore fait un choix définitif. Et les débats télévisés d'avant premier tour à venir - une nouveauté pour la Ve république - pourraient invalider ces pronostics, notamment sur les questions économiques. Rappelons-nous que de tels débats avaient joué en faveur des challengers dans les primaires des deux camps : François Fillon et Benoit Hamon.

L'électorat a évolué

En attendant, si les choses restaient en l'état, cela signifierait qu'au soir du premier tour, aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie politique et dirigé le pays ces dernières années ne serait présent au second tour. Ce serait une première. D'une part, un parti isolé par ses positions contre l'immigration ou encore contre l'Europe arriverait en tête, et d'autre part une formation constituée en moins d'un an dirigée par un ex-ministre jamais élu s'imposerait. Il y a là de quoi mesurer combien l'électorat a évolué face aux partis classiques.

Dans le cas Les Républicains, c'est le candidat François Fillon (largement distancé avec 17,5%), qui, avec sa mise en examen  - et en attendant celle de son épouse Pénélope -, a essentiellement détourné une partie de l'électorat de droite. Au fur et à mesure des révélations, l'ancien Premier ministre qui se voulait exemplaire en matière de morale publique s'est vu soupçonné d'avoir un rapport à l'argent public pour le moins léger surtout s'il est à son profit personnel. De quoi ruiner une réputation. Et s'il conserve encore un socle solide de soutien, il le doit dans une large part à la mobilisation du réseau bien structuré du mouvement Sens Commun, et ce point est intéressant à souligner, issu de la mouvance catholique de la société civile qui s'est retrouvée dans la « Manif pour tous » et a cherché un débouché politique pour peser sur les choix de l'État.

Contestation mise en sourdine

Et si chez Les Républicains, la contestation ouverte du candidat a été mise en sourdine à moins de 40 jours du premier tour de scrutin, les profondes divisions apparues dans la formation de droite surgiront si François Fillon ne se qualifie pas pour le deuxième tour. Avec le risque d'un éclatement pour une formation qui a déjà traversé de graves crises. On se rappellera comment Jean-François Copé avait été élu à la présidence de l'UMP contre... François Fillon. Il avait fallu tout le poids de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, pour que le parti retrouve une unité en vue de gagner cette élection de 2017 qui s'annonçait impossible à perdre.

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Quant au Parti socialiste, il se décompose. Le choix de Benoît Hamon (12,5%), désormais talonné par Jean-Luc Mélenchon (11,5%) de passer un accord électoral très avantageux pour EELV pour les législatives en échange d'un retrait de la candidature de Yannick Jadot a donné un prétexte à Manuel Valls - et d'autres élus dans son sillage - pour refuser son soutien au gagnant de « la primaire citoyenne de la Belle Alliance Populaire », malgré son engagement initial de respecter les règles. Sans compter nombre de poids lourds socialistes du gouvernement - comme par exemple Jean-Yves Le Drian - qui ont d'ores et déjà annoncé leur ralliement à Emmanuel Macron.

Les socialistes, grands perdants en Europe

D'une façon générale, les socialistes en Europe sont les grands perdants de la recomposition en cours, comme on a pu le voir en Grèce, en Espagne, et cette semaine aux Pays-Bas.

Même le système électoral au scrutin majoritaire qui caractérise la vie politique française pourrait être remis en cause. Les deux candidats en tête des sondages ont inscrit dans leurs programmes respectifs un plus large recours à la proportionnelle dans les élections. Pour Marine Le Pen, c'est « un scrutin proportionnel généralisé avec 300 députés et 200 sénateurs ». Pour Emmanuel Macron, ce serait « l'introduction d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée », sans préciser le niveau de cette dose.

L'affaiblissement des partis est déjà un enseignement majeur de cette présidentielle. Ce phénomène n'est pas nouveau, la France s'inscrit dans un mouvement général en Europe. Au Royaume-Uni (Ukip), en Grèce (Syriza), aux Pays-Bas (PVV), en Espagne (Podemos), la multiplication des formations qualifiées de "populistes" a marginalisé les grands partis classiques et obligé à composer des coalitions.

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Pour la France, il faudra attendre les élections législatives - les 11 et 18 juin - pour voir si cette décomposition/recomposition s'accélère. Dans ce cas, cela signifierait une évolution majeure de la Ve République, caractérisée par son régime présidentiel, une « exception française » dans l'ensemble des régimes parlementaires des démocraties européennes. Mais serait-ce véritablement un mal ?

(*) Selon un sondage Ipsos SopraSteria pour Le Monde et le Cevipof publié vendredi 17 mars 2017.

Robert Jules

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