Dati 0 - Gauzès 1

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L'Europe fait moins rire Rachida Dati que durant la campagne électorale. Quand on arrive à Bruxelles ou Strasbourg, les compteurs sont remis à zéro et la nouvelle eurodéputée en fait l'amère expérience. Son statut d'ancienne Garde des Sceaux, qu'elle met volontiers en avant, ne lui donne aucun droit particulier dans un Parlement qui regorge d'anciens ministres et même d'anciens chefs de gouvernement. Peu encline à s'impliquer dans la vie de sa délégation, Rachida Dati, professionnelle, n'en est pas moins déterminée à travailler et à obtenir des résultats visibles. Sur les conseils de Valéry Giscard d'Estaing, elle a choisi de siéger au sein de la commission économique et monétaire. Mais la nouvelle eurodéputée a tenté de brûler les étapes en convoitant d'entrée de jeu la rédaction du rapport sur les fonds spéculatifs, le plus gros dossier du moment dans ce contexte de crise.

L'UMP Jean-Paul Gauzès, en charge de la distribution des rapports, s'était engagé à confier un projet de loi à sa collègue. Celui sur la lutte contre la fraude à la TVA par exemple, mais hors de question pour la nouvelle venue d'espérer les fonds spéculatifs. Neuf eurodéputés aguerris étaient déjà candidats, lui y compris. Finalement, malgré l'insistance de l'ancienne ministre, l'ancien directeur juridique de banque a pris lui-même la charge du rapport. Rachida Dati, outrée, a dénoncé cette « auto-attribution » avec virulence et demandé un vote des eurodéputés PPE de la commission économique. Jean-Paul Gauzès, disposant de la confiance de ses collègues pour sa gestion du dossier sur les agences de notation, a obtenu un vote unanime, moins une voix. Celle de Rachida Dati qui l'a traité de « dictateur autocrate », avant de quitter la salle. Une scène pour le moins inhabituelle dans l'enceinte studieuse du Parlement européen. Du coup, Rachida Dati préfère consacrer son énergie à suivre de près un rapport au sein de la commission de l'industrie où elle siège également. Elle sera « rapporteure fictive » sur le «  programme européen d'observation de la terre » : un poste idéal pour regarder l'Europe de haut.

L'ancienne star du gouvernement fait des envieux à Bruxelles en étant régulièrement suivie par des caméras de télévision. Cette fois, le clash avec Jean-Paul Gauzès constitue un coup de pub inespéré pour le discret, mais ambitieux, eurodéputé qui ne refuserait pas de prendre la tête de la délégation UMP après le départ probable de Michel Barnier pour la Commission.

Y.-A.N.

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