Exclu : Les conservateurs britanniques envisagent un référendum « light » sur l’Europe

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Si le traité de Lisbonne est ratifié à leur arrivée au pouvoir, les Tories pourraient organiser un référendum sur une question européenne secondaire.

Les conservateurs britanniques réfléchissent à l'organisation d'un référendum « light » sur l'Europe, selon des informations de « La Tribune ». Bloqués par leur promesse de tenir un référendum sur le traité de Lisbonne si celui-ci n'est pas ratifié quand ils arriveront (probablement) au pouvoir d'ici juin, ils cherchent des alternatives si celui-ci est déjà entré en vigueur. L'une des idées, sur lesquelles planchent les députés européens conservateurs, serait d'organiser un référendum sur une autre question européenne, qui n'est pas directement liée au traité.

« Les membres conservateurs britanniques du Parlement européen ont été invités à proposer des questions qui pourraient faire l'objet d'un référendum », déclare une source proche du groupe Tory à Bruxelles. Une consigne accompagne cette requête : « Il faut que ces questions ne créent pas trop de problèmes à Bruxelles ». Exemple : « Croyez-vous que notre contribution au budget européen soit trop élevée ? ».

Dans l'immédiat, tout dépend de Vaclav Klaus, le président tchèque David Cameron lui a fait parvenir un message juste après le « oui » irlandais, lui apportant son soutien à son refus de signer le traité de Lisbonne. Mais si le chef de l'Etat tchèque finit par céder, le traité aura alors été ratifié de tous les membres de l'Union Européenne. Face à une telle situation, l'attitude des conservateurs britanniques demeurent floue. « Nous donnerons notre position quand le cas se produira », affirme William Hague, en charge des affaires étrangères pour les conservateurs.

L'impression chez les analystes politiques a toujours été que David Cameron serait soulagé de ne pas avoir à organiser de référendum. « Je ne crois pas qu'il ait l'appétit pour une lutte sur l'Europe, estime Tim Montgomery, qui dirige le très influent site internet ConservativeHome. La promesse du retrait des Tories du PPE (voir encadré) a été tenue, mais cela a trop mis en évidence les divisions du parti sur le sujet. »

Pourtant, poussé par l'aile eurosceptique de son parti, grâce à laquelle il a pris la tête des Tories, David Cameron pourrait quoi qu'il arrive organiser un referendum sur l'Europe. Délicat toutefois de braquer ses partenaires européens dès son arrivée au 10 Downing Street, en proposant à ses concitoyens de sortir de l'Union, d'où l'idée d'un référendum « light ».

Pour l'instant, la question sur laquelle planche les députés européens conservateurs reste une simple piste de réflexion. « Cela peut être une tactique politique, décode un diplomate européen. Les dirigeants conservateurs ne veulent surtout pas donner l'impression à leurs militants qu'ils cherchent à abandonner un référendum. » Reste que l'euroscepticisme de l'aile dur des conservateurs, William Hague en tête, ne doit pas être sous-estimé. « Si David Cameron pense qu'il doit faire un geste fort politique, il le fera », ajoute le même diplomate.

Y.-A.N. (et E.A. à Londres)

Les Tories commencent à regretter leur bande à part à Strasbourg

Le groupe conservateur britannique au Parlement européen est devenu une locomotive sans wagons. Comme il s'y était engagé, David Cameron a retiré en juin dernier, à la suite des élections européennes, sa délégation d'eurodéputés du Parti populaire européen (PPE). Il a quitté le centre-droit, la plus grande coalition dans l'hémicycle, pour former son propre groupe anti-fédéraliste, les Conservateurs et Réformateurs Européens. Il s'est notamment associé aux 9 élus tchèques proches de Vaclav Klaus et aux 15 élus polonais proches de Lech Kaczynski.

Au-delà du symbole politique, ce retrait des 25 élus Tories du PPE pour former, avec 54 élus au total, le cinquième groupe du Parlement pourrait se révéler un mauvais choix tactique. Les Tories ont perdu en influence. « Notre puissance de frappe est deux fois moins forte que ce qu'elle devrait être », analyse un britannique au Parlement en désaccord avec la stratégie de David Cameron. Même constat bien sûr du côté de Joseph Daul, le président du groupe PPE : « Sous les précédentes législatures, ils étaient dans un grand groupe où ils occupaient des postes importants. Aujourd'hui, ils ont peu de dossiers à traiter ». Auparavant, les élus britanniques, professionnels et efficaces, jouaient un rôle moteur et orientaient les positions de tout le groupe PPE sur les dossiers importants à leurs yeux, comme le marché intérieur, le commerce ou l'environnement. Désormais, ils peuvent toujours négocier leur soutien avec leur ancien groupe en fonction des dossiers mais ils n'agissent plus de l'intérieur. « Dans la pratique, on a la même influence car le PPE a besoin de nous contre la gauche, tempère un responsable du nouveau groupe conservateur. Sans nous, Barroso n'aurait pas eu la majorité absolue. En revanche, il est vrai que l'on n'a plus grand-chose à dire sur les dossiers où il y a déjà un accord entre la gauche et la droite ». Cette marginalisation à Bruxelles pourrait même avoir des répercussions sur les relations privilégiées entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Washington ne disposant plus avec Londres, d'un levier puissant au cœur de la mécanique européenne.

Curieusement, les Britanniques ne dirigent même pas leur propre groupe. Ils ont dû laisser la présidence au très controversé eurodéputé polonais Michal Kaminski. Cinq Tories mécontents de leur isolement comptent quitter leur petit groupe pour retrouver le parti populaire européen. Mais avant de sauter de nouveau par-dessus la barrière, ils préfèrent attendre les prochaines élections législatives dans leur pays, d'ici au mois de juin, afin de ne pas « parasiter » le scrutin.

Y.-A.N.

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