Les Français prêts à négocier le Parlement de Strasbourg

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Il pourrait y avoir une issue à la « guerre du siège » du Parlement européen. Même parmi les eurodéputés français les plus réfractaires à toute remise en question du siège strasbourgeois, certains se disent dorénavant prêts à discuter. En façade, ils sont tous contre un rapatriement général à Bruxelles mais hors micro et à voix basse, l'un d'eux confie : « Il faut être honnête, la situation est de moins en moins tenable. On pourrait accepter d'en débattre mais pas avant les européennes ». L'émergence d'une possible contrepartie de taille fait bouger les lignes. « Strasbourg pourrait devenir à terme la capitale de l'Europe de la défense », murmure-t-on en coulisse. C'est la première fois qu'est présentée une alternative à la hauteur du symbole et du prestige du Parlement européen, ainsi que du volume d'affaires qu'il génère à Strasbourg. Aucune des compensations évoquées jusqu'ici, comme le siège de l'Institut technologique européen, une grande université européenne, ou il y a quelques semaines encore l'idée d'un musée de l'Europe, n'avait semblé faire le poids.

« Strasbourg est à jamais la capitale de l'Europe », a déclaré Nicolas Sarkozy. Le Conseil de l'Europe, la Cour européenne des droits de l'Homme ainsi que l'Eurocorps y siègent de manière permanente et le

Parlement 3 jours et demi par mois. Mais les Français sont les seuls à appeler le Parlement européen « Parlement de Strasbourg ».

A l'approche des élections européennes du 7 juin, la pression monte autour de la dispersion géographique du travail parlementaire. Le mois dernier, les eurodéputés ont adopté un rapport prenant acte du fait que « la pétition sur le siège unique (...) n'a pas encore été entièrement traitée ». Cette pétition pro-Bruxelles sur Internet a obtenu plus d'1,2 million de signatures, contre à peine 4.500 pour une autre pro-Strasbourg. Les députés se sont entendus pour que la question soit abordée « en priorité lors de la prochaine législature ».

Il y a deux semaines, le Bundestag allemand a débattu des résolutions visant à supprimer le siège strasbourgeois. La meilleure défense restant l'attaque, les maires de Strasbourg et de Kehl ont adressé

conjointement à la chancelière Angela Merkel une lettre expliquant que la présence à Strasbourg du « pouvoir législatif européen, à temps plein, marquerait la volonté de fonder une Union européenne originale, moderne et polycentrique ».

Jusqu'ici, la stratégie française a consisté à se retrancher derrière les traités qui fixent le siège du Parlement à Strasbourg. Une défense imparable, mais peu convaincante. Les 200 millions d'euros que coûte chaque année la « caravane » parlementaire entre les deux sièges principaux constituent un argument en or pour les eurosceptiques stigmatisant le « gaspillage » de l'argent public.

 « Hier, Strasbourg était le symbole de la réconciliation franco-allemande. Aujourd'hui c'est plutôt le symbole du gaspillage, explique l'eurodéputé libéral allemand Alexander Alvaro. Mais demain, si la France faisait une concession, cela deviendrait le symbole du rapprochement entre l'Europe et le peuple ». Alexander Alvaro est à la tête d'un groupe d'eurodéputés militant pour un siège unique

bruxellois. Fin 2008, il a soumis une déclaration écrite en faveur de Bruxelles à la signature de tous ses collègues. Le texte n'a obtenu le soutien que de 36% de l'hémicycle alors qu'il faut la majorité pour que l'institution s'en saisisse. Parmi ses plus fidèles appuis : les Néerlandais, les Irlandais, les Britanniques, les Belges ainsi que les députés des pays scandinaves et baltes.





Aux yeux des eurodéputés français, lâcher du lest publiquement sur Strasbourg a longtemps été considéré comme un « suicide politique ». Mais la perspective d'un troc pour accueillir le siège de l'Europe de la défense change la donne. L'installation d'un véritable quartier général européen offrirait à la ville de Strasbourg un flux d'affaires plus stable que les courtes sessions mensuelles du Parlement. Sans compter que ce « QG » donnerait une impulsion déterminante à la concrétisation de l'Europe de la défense, un projet cher à la France.
 
Y.-A.N.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 



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