Partie de ping pong autour de la nomination de Barroso

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Il faut décidément avoir la nuque souple pour suivre le jeu politique autour de la nomination de José Manuel Barroso à la présidence de la Commission européenne. Depuis des mois, les chefs d'Etat et de gouvernement, d'un côté, le Parlement européen, et particulièrement les adversaires de Barroso, de l'autre, se renvoient la balle et tentent de s'instrumentaliser les uns les autres. L'enjeu de la reconduction de l'actuel président de la Commission n'est plus tellement sa personne mais la sphère d'influence institutionnelle dans laquelle il devra se situer pendant son prochain mandat : celle des grands Etat ou bien celle, nettement plus "européiste" , du Parlement européen.

En décembre, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et leurs 25 homologues chefs d'Etat et de gouvernement européens l'assurent : notre préférence va à José Manuel Barroso mais, c'est promis, nous nous en remettrons au verdict des urnes. Le 7 mai, les électeurs votent plutôt à droite sans pour autant .... qu'une majorité suffisante se dégage pour garantir la reconduction de l'actuel président de la Commission. Le 16 mai, Daniel Cohn-Bendit renvoie la balle dans le camp des chefs d'Etat et de gouvernement qui se réunissent deux jours plus tard à Bruxelles en Conseil européen : confirmer la candidature de Barroso lors nous demander de voter sur Barroso dès juillet, c'est humilier le Parlement, donc les citoyens. Le 19, les chefs d'Etat ont entendu le leader écologiste et disent : nous confirmerons la candidature de Barroso... si, au terme de consultations informelles, il s'avère que les groupes politiques au Parlement européens forment une majorité pour le reconduire.

Hier, le président du groupe des Libéraux, Guy Verhostadt, a refusé de suivre cette procédure improvisée par les chefs d'Etat pour maintenir la pression du Barroso sans s'exposer au reproche de déni de démocratie. "Le Conseil européen doit prendre ses responsabilités. Tant qu'il n'y aura pas de décision formelle du Conseil, il n'y aura même pas la possibilité de mettre la reconduction de Barroso sur l'agenda", a déclaré l'ancien Premier ministre belge. Voilà qui réduit encore les chances d'un vote sur le président de la Commission le 15 juillet, comme cela était envisagé. D'autant que les socialistes se sont immédiatement réjouis de la position des libéraux. " Les ministres de l'UE, l'aile droite du parlement et M. Barroso lui-même ont fait une sérieuse erreur quand ils ont supposé qu'un vote pourrait être précipité dès ce mois-ci", a dit le président du groupe socialiste Martin Schulz. Il faut dire que les sociaux-démocrates allemands ne tenaient pas particulièrement à afficher un soutien à José Manuel Barroso, le candidat de la droite européenne, comme ils l'avaient fait il y a 4 ans à deux mois d'élections fédérales en Allemagne.

Derrière ces querelles de procédures et de calendrier, c'est l'orientation politique de la prochaine Commission, laquelle dispose du monopole de l'initiative législative, qui se joue. Les grands Etats qui s'étaient prononcé très tôt en faveur de l'actuel président de la Commission le louent pour son habileté à ménager les intérêts nationaux. Mais de nombreux élus européens, notamment chez les Verts, les Libéraux et les Socialistes, lui reprochent de ne pas prendre d'initiatives audacieuses pour protéger le marché unique et la monnaie commune par une intégration plus forte. Guy Verhofstadt est un des fers de lance de cette école plus fédéraliste également incarnée par Daniel Cohn-Bendit ou encore Pervenche Bérès.

Les chefs d'Etat européens avaient cherché à utiliser au maximum leur capacité de proposition du candidat à la présidence de la Commission européenne à instrumentaliser le Parlement européen pour faire pression sur leur candidat. Le Parlement tente de renverser le rapport de force en exigeant du prochain président de la Commission, comme l'a dit Guy Verhofstadt, un "programme d'action différent du passé, qui développe une nouvelle stratégie pour combattre la crise économique et financière".  "L'Union européenne ne doit pas seulement coordonner les politiques nationales mais aussi développer un stratégie commune", a ajouté celui qui plaide pour un emprunt européen pour financer la relance.

En d'autres termes, l'enjeu de cette partie de ping pong est de savoir si, dans les 5 années à venir, le président de la Commission jouera dans le camp du Conseil européenne, et singulièrement des grands Etats membres, ou dans celui du Parlement et d'une plus forte intégration.

F. A.

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