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OpinionsLe futur selon La Tribune

2045 : que faire de Mars, dix ans après sa conquête?

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 07 janvier 2016 à 18:28 - Mis à jour le 07 janvier 2016 à 18:33

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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#30ansLaTribune - La Tribune fête ses 30 ans. A cette occasion, sa rédaction imagine les 30 événements qui feront l'actualité jusqu'en 2045. Nous sommes le 6 mai 2045 : lorsque, le 6 mai 2035, Robert Gump avait foulé le sol martien, la quasi totalité des Terriens était restée ébahie devant son écran, persuadée de vivre un moment unique de l’histoire de l’Humanité. Dix ans plus tard, on dirait que la Planète Rouge n’intéresse plus grand monde.

«Là où il y a une volonté, il y a un chemin. » Pour conquérir la planète Mars, les Etats-Unis ont scrupuleusement respecté cette célèbre citation attribuée à Lénine. Car depuis 2010, les différents présidents américains ont poursuivi avec plus ou moins de conviction l'objectif fixé en 2010 par Barack Obama de lancer les Etats-Unis à la conquête de la Planète Rouge.

Une conquête qui a été rendue possible par la fascination du grand public pour cette aventure et surtout par la concurrence de la Chine, qui, par deux fois, a failli devancer les Etats-Unis. Ce qui a bien sûr réveillé le fameux ego des Américains, comme en 1969 pour la conquête de la Lune, et avait fini de convaincre les présidents les plus sceptiques de financer ce projet de 1.000 milliards de dollars...

Une mission parfaite

Mais aujourd'hui, la colonisation massive de la planète rouge, distante de 200 millions de kilomètres de la Terre, peine à se concrétiser, dix ans après que l'Homme ait enfin marché sur Mars en 2035. Dix ans que les chercheurs du monde entier tentent d'apprivoiser cette planète (trop ?) hostile. Il est loin l'enthousiasme initial des Etats pour cette fabuleuse conquête humaine et technologique. Quand le 6 mai 2035 à 6h56 (heure GMT), le marsonaute américain Robert Gump a foulé le premier le sol martien poussiéreux, il y avait alors 6,5 milliards d'humains sur les 9 milliards que compte la Terre, scotchés devant leur écran pour suivre cet événement majuscule orchestré d'une main de maître par la NASA, qui avait été grandement aidée par les agences spatiales russe et européenne notamment. Car l'Agence spatiale américaine en première ligne dans cette bataille des défis technologiques, avait surtout souffert du manque de financements aux Etats-Unis.

Le vol de six mois ainsi que « l'amarsissage », l'une des manoeuvres à hauts risques pour atterrir sur Mars, avaient été parfaitement maîtrisés et gérés par les ordinateurs de la NASA. Une mission nominale comme aiment à dire les ingénieurs spatiaux. Deux ans plutôt, les Chinois avaient, quant à eux, perdu vraisemblablement six hommes d'équipage, dont une femme, lors d'un « amarsissage » raté. « Les Chinois n'ont jamais voulu confirmer cette mission », explique l'ancien spationaute, Thomas Pesquet, qui était alors encore président du CNES. Les Américains avaient découvert au tout dernier moment la mission chinoise qui avait été tenue top secrète.

Aujourd'hui encore, on ne sait toujours pas grand-chose de cette mission, dont les plus gros débris jonchent toujours le sol martien. C'est grâce aux systèmes d'alerte spatiale américains et français qui détectent le tir d'un missile balistique, et donc d'un lanceur, que les Américains avaient pu suivre avec des radars très puissants la trajectoire du lanceur chinois. Et ils avaient alors conclu à une mission vers Mars.

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Une centaine de chercheurs

Aujourd'hui, dix ans après, les vols vers Mars ne passionnent plus autant le grand public. Et surtout les budgets publics ont fondu, beaucoup fondu. Ce qui n'est pas le cas des glaciers de Mars (150 milliards de mètres cubes d'eau glacée sous la surface de Mars) en dépit de projets pour les faire fondre, dont certains très farfelus. Comme l'utilisation d'armes nucléaires pour faire fondre les pôles, piste évoquée par Elon Musk pour terraformer mars. Hélas, le fondateur de SpaceX, n'a pas pu concrétiser son rêve fou - mourir sur Mars le génial entrepreneur ayant été victime d'une sortie de route en 2033 de sa Tesla Z à conduite autonome dans la banlieue de San Francisco. En attendant une solution pour créer une atmosphère respirable sur Mars, plusieurs projets de grande envergure ont été reportés, certains sine die, notamment la construction d'une ville de 50 000 habitants près de l'équateur martien, une zone où les variations climatiques sont moindres qu'aux pôles, ainsi qu'une serre permettant de faire vivre cette ville.

A l'image de la conquête de la Lune, les hommes se sont très vite désintéressés de Mars. Dix ans après cette grande aventure martienne, il ne reste en moyenne qu'une centaine de chercheurs venus de plusieurs pays sur Mars pour des missions de six à douze mois. Dont une demi-douzaine vivant en autarcie deux années complètes au pôle sud. Seule véritable curiosité de Mars et vestige de l'ambition initiale démesurée, le fameux hôtel Apollo, qui a été conçu par le cabinet Gehry Partners, créé par le célèbre architecte Frank Gehry. Un hôtel de 3 000 chambres, dont une vingtaine de suites, dont l'architecture rappelle très étrangement la structure du musée Guggenhein de Bilbao. Il a été dessiné par Maximilien Kruk, fils spirituel de Frank Gehry. Il devait accueillir, dans un premier temps, les ouvriers devant construire Mars City, la ville de 50 000 habitants.

Aujourd'hui, il n'accueille plus que les capitaines et les équipages des vaisseaux chargés de ravitailler Mars. Une grande partie de l'hôtel est d'ailleurs fermée. Le président américain John Nixon a même envisagé il y a trois ans de le transformer en prison pour les ennemis des Etats-Unis, mais l'armée a trainé les pieds, jugeant le projet trop onéreux.

Un musée Mars

Un jeune entrepreneur privé, Dan Kelleher, qui a créé une société de transports de cargo-drones transsoniques, a investi dans la récupération d'objets envoyés sur Mars. Près de soixante sondes, orbiteurs et atterrisseurs on été envoyés vers la planète rouge depuis le début des années 1960. Ses équipes ont récupéré quinze de ces objets martiens. Notamment le fameux rover, baptisé Curiosity, qui avait enthousiasmé les terriens lors de son « amarsissage » le 6 août 2012 dans le cadre de la mission Mars Science Laboratory (Laboratoire scientifique pour Mars), ainsi que le premier rover mobile ayant roulé sur Mars, le démonstrateur américain Sojourner (mission Mars Pathfinder).

Surtout ils ont trouvé, puis récupéré intact, l'atterrisseur du programme soviétique Phobos 2 lors d'une mission très délicate. Phobos est l'un des deux satellites naturels de Mars. Cet atterrisseur avait disparu depuis janvier 1989. Moscou a d'ailleurs réclamé cette sonde que le gouvernement russe considère encore aujourd'hui comme un objet de souveraineté nationale. Une cour d'arbitrage doit rendre un verdict d'ici à quelques mois. Faute de public sur Mars, Dan Kelleher, milliardaire extravagant, prévoit de rapatrier l'ensemble de sa collection dans un musée ultra moderne qu'il fait construire à San Pedro de Atacama (Chili), perdu dans l'un des déserts les plus rudes au monde. C'est à Atacama qu'a d'ailleurs été construit le radiotélescope Alma, l'un des plus puissants au monde. Comme un clin d'oeil...

Que faire de Mars ?

Au sein de la NASA, un courant de plus en plus fort, encouragé par une minorité bruyante de membres du Congrès, estime qu'il faut mettre un terme définitif à l'aventure Mars. Trop coûteuse et trop « gadget », assure le sénateur républicain, James Madison, qui mène la fronde au Congrès. D'ailleurs, le Pentagone verrait d'un très bon oeil cette décision. Car la Chine inquiète de plus en plus les militaires américains, qui exigent des crédits supplémentaires pour se préparer à la guerre contre l'armée populaire de libération, qui provoque de plus en plus l'US Navy en mer de Chine notamment. Pour l'heure, le président démocrate Richard Donner maintient un budget minimal (15 milliards de dollars par an) pour faire fonctionner les installations sur Mars. Jusqu'à quand ?

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La Russie et la France, deux des plus gros partenaires des Etats-Unis dans l'aventure martienne, sont prêts à poursuivre l'exploration de Mars à la seule condition du maintien du budget américain. Les deux pays apportent une contribution de 5 milliards de dollars. Une participation de l'Inde a été évoquée. Mais le Premier ministre indien a dû y renoncer en raison du conflit inter-communautaire entre hindous et musulmans, proche de dégénérer en guerre civile. Enfin, en dépit de richesses minières importantes de Mars, aucune entreprise privée n'a souhaité investir en raison des coûts de transport prohibitifs. Et faute de modèle économique, elles ne peuvent pas décrocher la lune....

Michel Cabirol

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