Les femmes seront-elles les patronnes du XXIe siècle ?

OPINION. Alors que les méthodes de management du siècle passé paraissent de plus en plus obsolètes au regard des transformations en cours dans le domaine de l'organisation du travail, les femmes seront-elles les actrices majeures de la révolution managériale au XXIe siècle ? Par Marion Genaivre, philosphe, cofondatrice de l'agence de philosophie Thaé.

3 mn

(Crédits : Istock)

Organisation matricielle, entreprise « libérée », « opale » ou « apprenante », nouvelle conception du travail portée par des « Millennials », autant de tendances ou de modèles récents qui témoignent du fait que le management du siècle passé se voit remis en question dans ses principes. Lentement mais sûrement, l'exercice d'une autorité très hiérarchique et l'organisation du travail en silo sont un peu partout poussés vers la sortie par des volontés d'instaurer plus de transversalité. Tandis que la montée en puissance de la digitalisation intime de remettre plus que jamais l'humain au coeur du travail. Fortes des qualités qu'on leur attribue communément (empathie, humilité, capacité d'écoute et de dialogue, souci du long terme...), les femmes seront-elles les actrices majeures de cette révolution managériale du XXIe siècle ?

Oui, mais la réponse doit se payer de finesse. D'abord parce que les théories du genre nous interpellent depuis la fin du XXe siècle sur le fait que les qualités prétendument reconnues aux femmes (et aux hommes) n'ont rien de naturel. Ce sont des différenciations sociales construites et entretenues par un système qui repose sur elles. Lorsque Simone de Beauvoir déclarait le célèbre « On ne naît pas femme, on le devient », elle voulait dire que le sexe ne détermine aucune qualité.

"On e ne naît pas femme, on le devient"

Ce que tendent à prouver les témoignages recueillis dans le cadre de la dernière étude de Grandes Écoles au Féminin (« Le pouvoir n'a pas de genre », étude menée en 2018), qui portait spécifiquement sur l'exercice du pouvoir : des codes dits « masculins » s'imposent aux hommes comme aux femmes mais, au-delà d'eux, l'exercice du pouvoir serait au fond une affaire de sensibilité personnelle. Tant et si bien que des femmes peuvent avoir un management plus autoritaire que leurs homologues masculins. Pour leur part, les Millennials concluent tranquillement : les dérives du pouvoir ne sont pas genrées.

Ce constat vaut-il conclusion ? Non, car on pourrait rétorquer à Simone : ce n'est pas parce qu'une qualité ne doit rien à un sexe qu'elle est nécessairement construite ou idéologique. On peut défendre l'idée que certaines qualités humaines (l'empathie, l'humilité, etc.) soient rassemblées sous le concept de « féminin » et d'autres (le sens pratique, la facilité à trancher...) sous celui de « masculin ». Cette distinction permet de penser un féminin en partie décorrélé des femmes. Autrement dit, il autorise à penser qu'un homme peut tout aussi naturellement manifester des qualités dites féminines, et une femme des qualités dites masculines.

Mais alors le féminin ne doit-il plus rien aux femmes ? Ou, pour le dire vite, si tous les hommes révélaient leur féminité, le management du XXIe siècle serait-il advenu ? Le débat reste ouvert, nous dirait Emmanuel Levinas. Ce philosophe, qui a fait du féminin l'autre nom de l'éthique dans l'existence humaine, ne croit pas à la possibilité de parler de quoi que ce soit « en général ». Il ose donc un lien entre le corps de la femme et l'idée éthique de l'accueil originaire à l'autre, à la différence : l'hospitalité s'incarne en quelque sorte anatomiquement dans le sexe de la femme en ce qu'il est à la fois intérieur, ouvert et fragile. Sur cette proposition, chacun peut se faire son idée. Mais à la question de savoir si les femmes seront à la tête du management du XXIe siècle, on peut répondre sans grand risque : oui, si elles ouvrent la voie du féminin à tous.

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Commentaire 1
à écrit le 08/03/2019 à 17:20
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Si elles ne s'y investissent pas afin de faire plier le régime oligarchique inégalitaire par définition hélas on y arrivera pas à transformer notre société de sorte que la femme arrête d'être la victime de l'homme. C'est une idéologie à combattre...

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