Les nouveaux codes du management

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(Crédits : iStock)
Fini les managers ? Pas forcément. Mais ils doivent évoluer vers un rôle moins autoritaire et plus proche de celui de fournisseur d'information et de bien-être au travail.

À l'heure du travail collaboratif, les jours du management pyramidal sont comptés. Pour attirer les jeunes talents et les fidéliser, les entreprises n'auront d'autre choix que de miser sur l'intelligence collective en laissant les individualités exprimer leur créativité, en toute autonomie. De quoi répondre aux attentes des générations Y (nées dans les années quatre-vingt et le milieu des années quatre-vingt-dix) et Z (nés entre la fin du précédent siècle et le début du xxie siècle). La réalisation de soi ne passe plus par le travail mais par des éléments personnels comme la quête de sens.

Pour les diplômés des grandes écoles, l'intérêt du poste est même un critère primordial tandis que la rémunération est classée dans les derniers, selon un sondage du Boston Consulting Group, d'Ipsos et de la Conférence des grandes écoles réalisé cette année. Au niveau du management, Y et Z sont demandeurs de méthodes plus collaboratives, d'un développement en continu des compétences et d'une organisation plus flexible. Ces attentes vont contribuer à remettre en question l'autorité des managers qui vont y perdre en pouvoir. Pour être reconnus par leurs cadets, ils devront leur apporter une vraie valeur.

« La fonction de manager est appelée à changer », prévoit Paul Gratian, psychologue du travail au sein de Sentimy. Cet éditeur de logiciels propose la plateforme RH Supermood pour mesurer l'engagement et le bien-être des salariés. « Les managers doivent avoir les compétences nécessaires pour organiser le travail, faire travailler ensemble les membres de leur équipe et s'occuper de leur bien-être. »

Des enjeux bien compris par Unow, une startup qui compte parmi les utilisateurs de cette plateforme. Cette jeune pousse innove en délivrant aux entreprises des Mooc (Massive Open-source On-line Courses, cours en libre accès sur Internet) consacrés à la formation professionnelle de leurs salariés. « Notre entreprise existe depuis cinq ans. Nous sommes passés de trois à 40 collaborateurs, dont la moyenne d'âge se situe autour de 29 ans », indique Pierre Monclos, DRH et directeur éditorial de Unow.

Donner de l'autonomie aux salariés

Chaque année, l'entreprise embauche une dizaine de nouvelles recrues en quête de sens au travail et auxquelles elle demande d'avoir une forte autonomie. Dans cette perspective, la société leur donne un cadre et des outils numériques afin de partager les méthodes de travail et les avis de chacun. Ce qui favorise l'entraide et donc l'autonomie. Par ailleurs, les employés sont régulièrement évalués par leurs managers mais aussi par leurs pairs sur les forces et les faiblesses de leurs compétences métiers et comportementales, comme la gestion du stress, la prise de parole, la créativité ou encore le sens de l'innovation.

« Ce type d'évaluation correspond aux attentes des générations Y et Z qui veulent aussi s'impliquer dans les projets RH de l'entreprise et dans le développement des produits », rapporte Pierre Monclos. La société n'est pas le seul acteur des edtech à opter pour un management plus autonome des collaborateurs. 360Learning va même un cran plus loin en délégitimant l'autorité du manager. À la place, elle propose un modèle d'organisation fondé sur l'autonomie, la confiance, la transparence des collaborateurs.

Un modèle d'entreprise responsabilisant

Donner plus de pouvoir aux salariés n'est pas spécifique aux entreprises edtech. Des sociétés opérant sur des secteurs aussi traditionnels que le transport ou la sécurité ont aussi sauté le pas. En témoigne GT Location. Ce groupe spécialisé dans la location de véhicules avec conducteurs pour le transport de marchandises a adopté il y a six ans un modèle d'entreprise dit responsabilisant. « Notre organisation donne toutes les capacités de décision aux équipes opérationnelles, de sorte que ceux qui savent décident sans avoir à en référer à leur supérieur », explique Michel Sarrat, PDG de GT Location. L'entreprise s'est employée à accompagner pendant plusieurs mois ses managers en organisant notamment des sessions de prise de parole de manière à ce qu'ils acceptent de faire évoluer leur rôle de chef et de donneur d'ordres vers celui de fournisseur de ressources et d'informations. « Les relations sont fondées aujourd'hui sur la confiance, sachant que plus on s'appuie sur l'intelligence du plus grand nombre mieux l'entreprise se porte », indique Michel Sarrat qui a réussi à stabiliser ses équipes dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, notamment de chauffeurs.

Le pouvoir aux mains des salariés

Même problématique rencontrée par le Groupe SGP, spécialisé en sécurité privée, qui compte plus de 450 agents de sécurité dont un peu plus de 50 % ont moins de 35 ans. Autre caractéristique, sa forte croissance du chiffre d'affaires lui a valu une place au palmarès des entreprises françaises aux plus fortes croissances en 2017 et 2018. Cette progression est d'autant plus remarquable que Florian Pette, son président et fondateur, a pris en 2015 la décision de rejoindre le mouvement des entreprises libérées. En d'autres termes, il a remis son pouvoir hiérarchique entre les mains de ses salariés, de sorte que les décisions soient prises de manière collégiale.

Une innovation en rupture avec le mode de management pyramidal jusque-là pratiqué dans le secteur de la sécurité. Grâce à cette stratégie, les équipes s'organisent elles-mêmes sur le terrain et gèrent leur planning sous l'encadrement d'un leader qui peut être désigné par les membres de son équipe en accord avec le client. De quoi favoriser la cohésion des troupes et libérer la créativité des collaborateurs ainsi que des jeunes recrues dont c'est souvent le premier travail. « À leur arrivée, ils valident un parcours d'intégration et sont longuement accompagnés par le manager de proximité qui va les voir régulièrement afin de vérifier qu'ils ont bien tous les outils nécessaires à leur prise d'autonomie », explique Sonia Chateaux, Office manager au sein du Groupe SGP. Cette dernière estime que l'entreprise libérée correspond bien aux attentes des générations Y et Z. « Ces digital natives ont besoin de reconnaissance, d'être écoutés et de trouver du sens à leur métier. »

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Commentaires
a écrit le 31/08/2018 à 16:36 :
De toute façon, les RH franchouillardes n'ont pas vraiment le choix.
Ils n'ont pas les compétences en interne et leurs petits managers chefaillons ... , soit ils s'adaptent rapidement et conserveront peut-être leur emploi ... , soit ils refusent et seront dans la prochaine charette.
En effet, les entreprises qui ne trouvent pas rapidement les "meilleurs talents" à l'ère de la digitalisation disparaîtront ,à part peut-être certaines protégées par un monopole étatique.
Cela s'explique par le fait que les nouvelles générations sont moins conditionnés que leurs parents.
Elles ont compris que les promesses sur les retraites , la qualité de vie soit disant exceptionnelle en Ile de France etc ... , c'est du "bullshit" ...et veulent être libres , s'épanouir en travaillant dans un cadre de travail "challenging" mais respectueux et n'hésiteront pas à s'expatrier pour la qualité de vie et le salaire ...
D'ailleurs , dans ma promo d'ingénieur en informatique, 1/4 débutent directement à l'étranger pour un salaire en moyenne deux fois et demi supérieur au salaire français...
a écrit le 24/08/2018 à 20:29 :
Les relations sont fondées sur le sexe et la séduction, sachant que plus on s'appuie sur le seul relationnel de façade d'une minorité (son clan rapproché) plus l'entreprise à terme s'expose à des situations qu'elle mettra (ou pas) du temps à corriger.
a écrit le 22/08/2018 à 19:51 :
Toujours aussi distrayant de lire ce genre d'article. On voit bien l'aspect théorique et reprise des dernières idées RH à la mode. Encore une joyeuse pantalonnade pour que la RH ne s'occupe plus des gens mais se sente investie du devoir de leur expliquer comment travailler. Les générations Y et Z ne se soucient pas du salaire: vaste blague. Sur le terrain c'est même un de leur premier critère. Les Y et Z ne sont pas plus bisounours que les générations précédentes, non seulement ils veulent un cadre de travail sympa et enrichissant (sans jeu de mot) mais en plus ils veulent le salaire. Si vous en doutez, proposez leur l'accès à un baby foot à toute heure contre 500€ de salaire mensuel ;-)
a écrit le 22/08/2018 à 19:35 :
"Le pouvoir aux mains des salariés"

Ah,ah ,qu’est-ce qui vont pas chercher.Et qui fait l'eval individuelle en fin d'année qui détermine sa notation et peut-être sa misérable augmentation individuelle, elle aussi, le salarié ?
a écrit le 22/08/2018 à 10:53 :
bah à quoi bon ne pas continuer la déshumanisation au travail, les gens ne disent plus bonjour, en pause sont en permanence sur leur iphone, les clients/frs vous insulte pour la moindre chose, comme par exemple ne pas savoir prononcer un nom slave improbable.
Puis de toute façon, le poussage au suicide n'est plus vraiment un crime, c'est puni que de 3 ans de prison, avant c'est un crime de droit commun, à quoi bon la bienveillance quant on peut être malveillant, en plus dans une émission de france inter, il parait que dans une classe avec un robot malveillant pour apprendre aux élèves, que ceux ci en étaient plus performants. Non l'avenir c'est les robot, le chômage sans revenu et un management à la trump pour les 3 boulots qui restera.
Réponse de le 24/08/2018 à 20:38 :
- Ne pas se saluer dans l'entreprise
- Écouter de la musique pendant les repas sur son portable en lisant ses mails
- Dénoncer les collègues à la direction
- Sexe avec les supérieurs
- Ne pas tirer la chasse d'eau dans les toilettes ni se laver les mains en sortant
- Roter à table, parler la bouche pleine
- Se moquer des apparences physiques des collègues
- Fumer du cannabis
Réponse de le 28/08/2018 à 12:52 :
vous aussi vous avez bosser à la sncf ?
Réponse de le 30/08/2018 à 18:15 :
C'est très fréquent dans les boites quel que soit leur taille y compris dans certains services publics. Les directions font signer des "chartes de bonnes conduites", des règlements intérieurs… et après ? Rien.
Curieusement, les hiérarchies sont très à l'écoute des cafteurs, des minettes de 25 ans.
a écrit le 22/08/2018 à 8:58 :
Les choses évoluent, c'est vrai et c'est tant mieux .
Mais il y a toujours besoin de quelqu'un qui décide et qui pilote. Le collaboratif a ses limites....pour moi c'est plutôt de l'enfumage.
Pour faire avancer le bateau par gros temps, les joyeux apprentis matelots exécutent la manoeuvre demandée par le capitaine.
Réponse de le 22/08/2018 à 13:10 :
@MOUGEON : bien entendu qu'il faut un responsable. Mais est-il nécessaire qu'il soit à la fois le pilote et celui qui décide ? Est-ce que son rôle ne pourrait pas se limiter à la gestion, les décisions étant prises par ceux qui bossent sur le terrain (et qui en général savent mieux que lui de quoi il retourne exactement !!)?
Réponse de le 22/08/2018 à 22:35 :
@Aerolithe bah y'a des situations où ça marche pas, après tout en 1940 on a perdus, notre surdoué de gamelou dans ses poèmes à georgy, avait souvent l'habitude de lui laissé toute l'attitude, alors que bon qui est chef en chef, qui est chef en second du 1er groupe d'armée ? Donc non par forcément, ceux sur le terrain, peuvent ne pas avoir le recul nécessaire pour voir d'avance et globalement les ennuis qui arrivent.

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