L'Euro vaut bien une baisse !

Président de la Commission Financement des entreprises de la CGPME et du think tank Etienne Marcel, Bernard Cohen-Hadad prône la stabilité de l'euro et de la parité euro-dollar, pour protéger les petites entreprises.

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La campagne présidentielle a été jalonnée d?une querelle monétaire simpliste et passionnelle pour ou contre l?Euro. D?un côté faire accroire que tous nos maux viennent de l?Europe et désigner un bouc émissaire au-delà de nos frontières: une monnaie commune. C?est une antienne toujours facile. De l?autre, mettre en avant qu?un renoncement à l?Euro affaiblirait définitivement notre pays, augmenterait nos dettes, plomberait nos finances, mettrait nos banques en péril, nos entreprises, nos emplois et ferait vivre à chacun d?entre nous? l?apocalypse. C?est proche de la réalité et moins facile. Nous vivons tous déjà, chefs d?entreprises ou salariés, des moments difficiles. Alors les propositions fantaisistes de sortie de l?euro vont accompagner notre vie politique et économique tout au long de cette crise qui est loin d?être terminée. Et il va falloir s?y faire.

Mais de grâce, ne mélangeons pas les genres. La France est l?un des piliers de la zone euro. Et nos TPE-PME patrimoniales le savent bien puisqu?elles essaient de renforcer leurs échanges prioritairement dans l?espace communautaire. C?est moins loin, plus confortable et beaucoup moins risqué. Nos banques le savent aussi. Et quoi que l?on dise, la distribution du crédit bancaire en France a été l?une des meilleures de la zone Euro. Même s?il reste encore quelques difficultés de financement, surtout pour les TPE. Une des réussites aussi du système européen a été de voir les banques centrales travailler ensemble pour protéger l?Euro et limiter les perturbations irraisonnées pour la plupart des acteurs économiques. Et la priorité pour nos entreprises est de travailler dans la durée, d?avoir confiance, d?accéder au crédit et de compter sur de la stabilité des partenariats. Nous sommes actuellement soucieux des contraintes prudentielles de Bâle III et de Solvency II et nous avons besoin de penser un espace économique européen organisé et serein. Il faut donc éviter de jouer au yoyo ! Qui a vraiment oublié les difficultés que nous rencontrions dans notre gestion avec les différentes monnaies et la très forte volatilité des nombreux taux de change ?

Bien entendu, quand l?Euro est fort, chacun sait que les entreprises françaises ont du mal à exporter hors de la zone euro. Ce n?est pas nouveau. On peut toujours évoquer telle ou telle success story. Ces entreprises qui réussissent contre vents et marées. Mais pour la grande majorité des entrepreneurs, les difficultés sont là. C?est surtout vrai pour les TPE-PME et les PMI indépendantes qui ne bénéficient pas du soutien logistique ni de l?appui financier des grands groupes et qui peuvent connaître des pertes de compétitivité de 15 à 25 %. Mais sincèrement, l?Euro est-il « la » cause ? En effet, quand accepterons-nous d?apprécier à leur juste place ce que coûtent le niveau de nos dettes publiques, l?absence de flexibilité du marché du travail, et toutes les charges matérielles et immatérielles qui grèvent le développement des TPE-PME et des PMI ?

Aujourd?hui, les choses semblent bouger, l?Euro s?affaiblit. Ce fléchissement n?est pas non plus une réelle nouveauté. Nous avons déjà vécu, momentanément, la même situation, il y a un peu plus d?un an. Mais depuis la crise de l?Eté 2011 est passée par là, avec des hauts et avec des bas. Alors si, de nouveau, l?Euro devient plus compétitif par rapport au dollar qui peut s?en plaindre ? Allons-nous réellement devoir subir l?augmentation du prix des carburants, connaître de nouvelles hausses des matières premières, voir flamber le prix de nos importations ? Ces questions sont mondialisées. Et Il faut savoir réagir et saisir cette opportunité puisqu?un fléchissement de l?Euro permet de privilégier nos savoir-faire, valoriser les produits labellisés made in France. Relancer l?activité des TPE-PME dans les territoires et encourager l?emploi. Bien entendu, les entreprises françaises qui fabriquent, dans nos régions, en Europe et exportent en zone dollar ont tout à gagner de cette embellie. Encore faut-il qu?elles aient eu le temps de s?y préparer, disposent des moyens financiers et humains d?investir et que l?inversement de cette tendance soit durable. C?est à voir.

Car l?enjeu est bien là. Les entreprises moyennes doivent compter d?abord sur elles-mêmes et sur une stabilité de long terme de la parité euro-dollar. Les TPE-PME n?ont pas la souplesse financière des grands groupes pour délocaliser les bénéfices, jouer avec les monnaies et les privilèges fiscaux. Elles doivent donc prévoir, provisionner et assumer. Ce qui fait pour elles l?intérêt l?Euro, sa vraie force, c?est d?abord sa stabilité. La sortie de l?Euro est donc un leurre ou un mauvais rêve. Il amplifiera notre sujétion car que nous voulons protéger, nous les entrepreneurs européens dans cette période de mutations, c?est avant tout la stabilité des échanges. Et garantir à l?Euro sa place comme monnaie de référence tout en veillant à protéger le développement de nos entreprises dans le cadre d?économies de marchés responsables.
 

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Commentaires 9
à écrit le 08/06/2012 à 16:47
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Moins d'impot sur les productifs ferait plus de cash flow et moins de besoin de crédit ... La charge sur les entreprises/travail est trop lourde, il va falloir se séparer des "parasites" en tout genre c'est un besoin vital pour tenter de conserver le...

à écrit le 08/06/2012 à 16:34
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Dans quel pays vit le rédacteur de cet article? Connait-il la réalité ? La perversité bureaucratique des prêts bancaires aux TPE , entre autres . Tel le général Gamelin barricadé à Vincennes sans téléphone , vous réfléchissez - Réfléchissez vous e...

à écrit le 08/06/2012 à 15:23
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Déjà utiliser l'argument de l'apocalypse dans le premier paragraphe révèle la pauvreté de l'argumentation. De plus ce bon monsieur se félicite de la baisse de l'Euro mais oublie totalement de rappeler que 50% du déficit extérieur est intra européen ...

à écrit le 08/06/2012 à 14:10
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La sortie de l?Euro est donc un leurre ou un mauvais rêve. Mais ce brave monsieur vit dans une bulle ??? L'euro a tué nos économies en les épuisant pour s'aligner sur celles qui ont pris l'avantage ... Le dollar est au bord de la perte de sa suprémat...

à écrit le 08/06/2012 à 13:44
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Il faut une baisse régulière pour parvenir à un couloir de parité de 1.10 -1.15 dollar US pour un euro, c'est ce que nécessitent les entreprises de l'Europe de l'UEM; car les italiennes (au moins celles de la moitié sud de ce pays), les espagnoles ou...

le 08/06/2012 à 14:13
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Le dollar est cuit, et l'euro est bientot mort après avoir tué de nombreuses entreprises. Arrétez de jouer les pr tournesol sur une parité idéale et ouvrez les yeux. Demain, nous aurons une nouvelle devise int'l qui sera une monnaie commune, et dans ...

le 08/06/2012 à 14:28
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Pas faux mais la réflexion sur la parité n est pas si mauvaise que ça non plus et est un enjeux majeur pour l avenir de nos entreprises et cela qqe soit la monnaie de référence

le 08/06/2012 à 14:46
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C'est un sujet intéressant mais pas essentiel dans le contexte actuel. Nous allons voter dimanche pour des candidats donc aucun n'a d'idée sur ce qui va nous tomber dessus ... Dans l'urgence, il faudrait mettre en place un système de netting pour les...

le 08/06/2012 à 15:05
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Le court circuitage des banques est un autre sujet, et d'ailleurs, bien que les banques me dégoutent du fait de leur manque de probité, de leurs mauvais conseils et dans certains cas de leur manque total d'honnêteté, je n'aimerai pas dépendre d'Appl...

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