Fleur Pellerin, en charge des PME, préserve le numérique

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Fleur Pellerin
Fleur Pellerin (Crédits : Nicolas Reitzaum)
La jeune conseillère à la Cour des comptes est l'une des principales figures de la société civile nommée au gouvernement. Allégements fiscaux pour les PME, crédit d'impôt recherche et réforme du statut des jeunes entreprises innovantes sont au programme.

A priori, elle n?avait pas le profil du ministrable. Mais Fleur Pellerin, 38 ans, a été nommée ministre déléguée chargée des PME, de l'innovation et de l'économie numérique, rattachée au nouveau ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg. Elle avait un handicap : la conseillère à la Cour des comptes ne s?était jamais frotté au suffrage universel. Et François Hollande avait dit qu?il privilégierait les « politiques ». Le nouveau président de la république, qui avait promis la « parité » et la « diversité », lui a donc donné sa chance. Ainsi, François Hollande préserve au moins la notion de numérique au sein du gouvernement. Beaucoup d?observateurs craignaient la disparition pure et simple de la notion. Cela pourrait donc ressembler à un lot de consolation pour le secteur, qui pouvait se prévaloir auparavant d?un ministre de l?industrie et du numérique.

Mais Fleur Pellerin devrait faire oublier cette relégation aux industriels. L?association des logiciels (AFDEL) a dès cette nomination dégainé le communiqué louangeur : « La nomination à cette responsabilité de Fleur Pellerin, qui a démontré une vraie connaissance des dossiers et une compréhension des enjeux , représente un signe très positif ». Piquante, fonceuse, la conseillère numérique de François Hollande pendant la campagne, a gagné le respect d?un secteur, auquel elle ne connaissait pas grand-chose. Sur-diplomée (bac à 16 ans, Essec, Sciences Po, ENA), cette coréenne adoptée à 6 mois a commencé sa carrière à la Cour des comptes, avant d?intégrer en 2007 Tilder, une agence de conseil en communication, plutôt chronophage. Pour être plus présente auprès de sa fille, elle démissionnera moins de deux ans plus tard. En 2007, elle entre au club XXIème, qui réunit l?élite des minorités visibles. Elle le préside depuis février 2010.

Les principaux chantiers

PME : les chantiers de la ministre sont nombreux. Fortement réclamée par les chefs d?entreprises, la simplification administrative et réglementaire a déjà été lancée mais elle n?est pas encore réellement opérationnelle. Promise par le candidat Hollande, la réduction à 30 jours des délais de paiement, contre 60 aujourd?hui, sera également une mission à mener rapidement, tout comme la mise en place de la médiation des marchés publics, également souhaitée par l?Elysée.

En collaboration avec le tout nouveau ministre délégué au Budget, Jérome Cahuzac, Fleur Pellerin devra également mener la modulation de l?impôt sur les sociétés (IS) qui, selon les calculs du Parti socialiste, permettrait d?alléger la charge fiscale des PME de 3 milliards d?euros par an. Cette collaboration interministérielle devrait se prolonger sur les dossiers de la banque publique d?investissement, du livret d?épargne industrie, du contrat de générations entre les jeunes et les seniors. Ses relations avec Marylise Lebranchu, ministre chargée de la Réforme de l'Etat, de la décentralisation et de la fonction publique, devront également être étroites, le président de la République ayant d?ores et déjà annoncé que le pouvoir économique des régions serait nettement renforcé.

Innovation : Fleur Pellerin devrait se pencher dans un premier temps sur une nouvelle réforme du crédit impôt recherche (CIR). Allégé et simplifié en 2007, celui-ci devrait être recentré sur les PME. Des économies seraient-elles retirées de cette modification du dispositif ? Ce serait heureux car François Hollande voit d?un ?il bienveillant la création d?un crédit impôt innovation qui intégrerait un certain nombre de dépenses qui ne sont pas aujourd?hui éligibles au CIR. C?est le cas notamment des dépenses réalisées dans le cadre du prototypage.

Restera à convaincre Jérome Cahuzac du bien fondé de cette mesure dans un contexte budgétaire délicat. Le coût du crédit d?impôt innovation est estimé à deux milliards d?euros par an selon Bercy. La restauration du statut de jeune entreprise innovante (JEI), fortement raboté sur l?autel de l?austérité, est également prévue.

Numérique : François Hollande a fait de la formation l?un des principaux vecteurs pour résoudre la « grave pénurie de développeurs » qui pénalisent le secteur. Autre axe destiné à donner un coup de pouce à un secteur considéré comme fortement créateur d?emplois : la modernisation de l?Etat. Le nouveau président de la république a aussi promis la création d?un "habeas corpus numérique", qui garantisse les droits et les libertés numériques de chacun. Le Conseil National du Numérique (CNNum), créé par Nicolas Sarkozy, devrait a minima évoluer, et s?ouvrir à d?autres acteurs comme les ayants-droits ou la société civile.

 

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a écrit le 23/05/2012 à 11:56 :
Fleur Pélérin est certainement de bonne foi dans son erreur.
Je dirige une petite SSII où l'innovation est permanente. Le problème de fond, comme le révèlent plusieurs d'entre-vous, se trouve dans les charges...que son candidat va augmenter !
Alors elle pourra appliquer toutes ses bonnes intentions décrites dans l'article, il n'empêche que nous nous avons décidé de ne plus créer un seul emploi en France. Par contre, pour répondre à notre besoin de développement, nous sommes en train d'évaluer des pays européens où les entreprises sont mieux prises en considération.
a écrit le 18/05/2012 à 8:44 :
C'est notre " Coréenne nationale "
a écrit le 17/05/2012 à 19:57 :
Le premier chantier, pour ne pas dire le seul, devrait être de rétablir les marges des PME, marges laminées par les montagnes de prélèvements obligatoires et les réglementations ubuesques (smic, seuils sociaux, bureaucratie tatillonne, fisc haineux, etc.). Sans marge, au moindre retournement de cycle, les entreprises sont balayées. Fleur aura-t-elle la carrure et l'expérience pour le comprendre, le vouloir et le pouvoir pour sauver les entreprises et les emplois ?
a écrit le 17/05/2012 à 18:22 :
Il ne manque pas de développeurs ,mais sont'ils du niveau requis pour les applications actuelles?
Parce que j'en connais qui ne sont jamais sortis de windows! voire dos 6
Et le manque de créatifs pour les appli sur smarphone ,il y a plus de trois ans que j'en parle sur les forum.
C'est vrai que rater le passage sous linux ça craint.
Ben oui j'ai un smarphone depuis pas loin de 10 ans et j'avais déjà vu venir.
Est-ce que un jeu mondial comme Angry birds n'aurait pas pu être créé chez-nous?
Il est encore temps de se lancer dans l'aventure et partir en freelance.
Pas de boulot?
Il y a des tas de sites d'entreprises inutilisables ou non rentables à refaire à neuf ,dont certains gouvernementaux qui ne volent pas haut.
Et un site attractif est créateur d'emplois ,dont bien souvent celui du développeur!
Réponse de le 18/05/2012 à 7:55 :
Il y aurait tellement de choses à dire sur le sujet.

Je rebondis sur votre réponse car j'abonde dans votre sens. En France, il est très compliqué pour une start-up de recruter des développeurs. Le salaire demandé est souvent inadapté aux start-up. Quand à cela s'ajoute un problème d'adéquation de techno.... essayez de trouver des développeurs .net, sql, linx etc etc.. On peut en trouver, mais bon courage pour les faire venir !

En France, on est les rois du C++, Unix, linux, java... Bref des technos d'un autre temps... Dans ces conditions, on fait appel à des stagiaires ou on développe dans d'autres pays...
a écrit le 17/05/2012 à 17:56 :
L'informatique n'a pas de frontières, un Indien peut créer et faire fonctionner un logiciel à l'autre bout de la planète. Certains se déplacent pour développer sur place..... avec les salaires de chez-eux.. autant dire que le métier est durement touché par la concurrence hors frontières. Quand aux logiciels qui parlent que Français développés sur notre territoire, ils sont souvent écrits par des stagiaires ou intérimaires .... dont la maintenance est des plus ardue.. dur dur pour le métier
a écrit le 17/05/2012 à 12:49 :
OK, maintenant j?attends des résultats concrets sur des sujets primordiaux pour les entreprises :
1) Mise en place d'un "Small Business Act" à la française, pour que les petites entreprises puissent se faire une place et survivre,
2) Réduction des délais de paiement à 30 jours dans le public ET SURTOUT DANS LE PRIVE AUSSI !!!!
3) Réforme du CIR pour le réserver aux PME, et que les grand groupes arrêtent de siphonner les 2 tiers de la manne,
4) Démantèlement de l'HADOPI, officine aussi couteuse qu'inutile.
Au boulot petite fleur :)
Réponse de le 17/05/2012 à 13:05 :
Reserver le CIR aux PME n'aurait aucun interet: ce n'est pas une aide a proprement parler. Le coup de pouce de l'etat est fonction de ce que depense l'entreprise. Ainsi, si les grands groupes en profitent majoritairement... c'est seulement parce qu'ils investissent les plus grosses sommes. C'est plutot dans le mode d'application qu'il faut reformer, car le principe de credit d'impot n'encourage pas les PME a profiter du systeme ce qui reduit leurs possibilites d'investissement.

Le demantelement d'HADOPI est improbable tant que les politiques et les "industriels de la culture" ne se rendront pas compte que le modele actuel defini du temps des supports physiques n'a aucun avenir...
a écrit le 17/05/2012 à 11:49 :
la modulation des l'IS en fonction de la taille des entreprises est une connerie sans nom. Elle peut paraitre attractive dans le sens ou elle fait payer les gros et favorise les petits. Sauf qu'a long terme, cela va tout simplement freiner (tuer?) le developpement des entreprises, en ajoutant un nouvel effet de seuil en plus des autres lorsqu'une entreprise grandit: CCE etc. Au final, cette mesure va rajouter de la rigidite dans l'economie et freiner les embauches, ralentissant ainsi une reprise de l'emploi...
a écrit le 17/05/2012 à 1:57 :
Fleur Pellerin... ministre des SSII ?
J'ai lu à plusieurs endroits que notre nouvelle ministre à l'éco. numérique était très proche du syntec numérique... c'est clairement la plus mauvaise nouvelle en voyant la composition de ce gouvernement :-(((
a écrit le 16/05/2012 à 21:50 :
"Grave pénurie de développeurs" ... merci pour les 30 000 informaticiens au chômage (dont un tiers de chômeurs de longue durée d'après le Munci) !
a écrit le 16/05/2012 à 21:27 :
"François Hollande a fait de la formation l?un des principaux vecteurs pour résoudre la « grave pénurie de développeurs » qui pénalisent le secteur"

=> Pénurie... mon ?il : http://munci.org/Fleur-PELLERIN-HOLLANDE-SARKOZY-et-la-penurie-de-main-d-oeuvre-dans-le-numerique

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