Le Médiateur du crédit n'est pas le Père Noël !

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La Médiation du Crédit aux Entreprises a besoin d'un nouveau souffle, estime Bernard Cohen-Hadad, président du Think Tank Etienne Marcel et président de la commission Financement des entreprises de la CGPME. D'autant que le renforcement des règles prudentielles pour les banques risque, selon lui, de conduire à "une réduction d'accès aux crédits et aux financements pour les entreprises en difficultés". "Les banques françaises doivent dans les mois qui viennent, avec le soutien de l'Etat, mettre en place de nouveaux amortisseurs. Sinon les PME n'y arriveront pas ", assure-t-il. Tout en prévenant : "Attention de ne pas faire croire que les banques peuvent tout financer ou que la Médiation du crédit peut tout sauver".

Tout récemment les banques américaines viennent de déclarer qu'elles n'appliqueront pas Bâle III en 2013. C'est le système du « moi d'abord » qui prévaut toujours outre-Atlantique quand il s'agit de protéger ses acteurs économiques. Les banques françaises continueront l'indispensable plan de route de la sécurité et de la stabilité financières. Mais la mise en place de règles prudentielles renforcées entraine des coûts financiers et humains pour elles-mêmes et une réduction d'accès aux crédits et aux financements pour les entreprises en difficultés. Elles doivent dans les mois qui viennent, avec le soutien de l'Etat, mettre en place de nouveaux amortisseurs. Sinon les PME n'y arriveront pas. La crise est encore là.

La volonté des princes

C'est dans ce contexte que l'on sent, ici et là, monter l'inquiétude quant à la prolongation de la Médiation du Crédit aux Entreprises dont l'accord de place prend fin le 31 décembre 2012. Pourquoi un tel sentiment, aujourd'hui, alors que ses équipes font tout pour sauver des dossiers difficiles, et que rien, dans les déclarations du candidat puis du président François Hollande, ne laisse envisager cette suppression ? Alors y-a-t-il urgence ou priorité ?
Les deux, tout simplement. Rappelons que la Médiation du Crédit est un peu la volonté des princes. Elle a été mise en place en octobre 2008 et renouvelée une fois pour deux ans. Sans texte législatif ni réglementaire. C'est une « simple convention » signée principalement par le ministre de l'Economie, le gouverneur de la Banque de France et la Fédération bancaire française. Jusqu'en septembre 2009, la Médiation du Crédit, présidée par René Ricol, a été une médiation de fondation et de combat. Son autorité et son action ont été fortes dans un début de crise sans précédent où les PME se trouvaient un peu comme au « Chemin des Dames » face aux banquiers et aux assureurs crédit. Elle a sauvé toutes sortes d'entreprises et des emplois. Gérard Rameix a hérité de cette légère structure qui s'est orientée vers une médiation de gestion ou les banquiers, les assureurs et les entrepreneurs ont appris à se rencontrer, se connaître, se parler et même se comprendre. Tout en gérant, en urgence, les problèmes quotidiens d'accès au crédit et aux financements aux côtés du CIRI et depuis peu des Commissaires au redressement productif.

Trop d'entreprises restent au tapis !

L'Etat a donc pris, lui-même, conscience de l'urgence. Mais prolonger le bail de la Médiation sur les mêmes bases ne suffit pas. Cette structure a besoin d'un nouveau souffle, d'un rayonnement différent afin qu'elle devienne une véritable médiation d'accompagnement des entreprises. Car la situation financière n'est pas figée et évolue en permanence. En effet, toutes les équipes de la Médiation nationale, à Paris ou en régions, tous les tiers de confiance voient arriver aujourd'hui des dossiers d'entreprises « essorées ». Elles ont trop attendu pour déclencher le dispositif par méconnaissance, crainte, espoir d'un sursaut ou par fierté. Alors, malgré les bons résultats de la Médiation, trop d'entreprises restent au tapis ! C'est pourquoi, il faut communiquer davantage avec les banquiers et encourager les entreprises, dès les premières difficultés, à jouer le jeu de la clarté et se tourner vers les organisations patronales, les chambres des métiers, les organismes consulaires qui peuvent les guider, tout de suite, à tout moment, sans les culpabiliser ni les juger. L'urgence est de travailler ainsi, plus en amont.

Montrer une véritable ambition PME

Et pour donner une juste place à la priorité PME, pour redynamiser ce tissu économique fragile et favoriser l'emploi, attention de ne pas faire croire que les banques peuvent « tout financer » ou que la Médiation du crédit peut « tout sauver ». Il en est de même pour la Médiation des relations inter-entreprises et de la toute nouvelle Médiation des marchés publics. La priorité est de faire effet de levier, d'intégrer ces dispositifs dans le cadre du Conseil du Financement des Entreprises qu'il faut créer. Le Haut Responsable à l'Entrepreneuriat, dont on attend la nomination, pourrait présider ce Conseil sous l'autorité du ministre de l'Economie et Finances, en présence de représentants parlementaires et des régions, en lien fort avec la Banque de France, et composé d'acteurs impliqués des établissements bancaires et des entreprises. Un tel organisme, permanent et resserré, aura du poids, une réelle capacité d'intervention et une totale liberté d'interpellations et d'actions. Ce sera un véritable lieu d'échanges et de propositions. Parmi ses missions, il doit diriger les travaux de l'Observatoire du financement des entreprises et veiller à la publication d'un tableau du financement des TPE-PME dans l'économie française qui manque cruellement et prenne en considération la dimension régionale. Encore faut-il l'envie de réunir ce qui est épars et montrer une véritable ambition PME. Pierre Mendes-France, qui savait être visionnaire, n'écrivait-il pas qu'en politique comme en économie, il n'est pas bon de « s'accommoder d'un opportunisme prudent » et que « gouverner c'est choisir » ?

 

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a écrit le 27/11/2012 à 17:38 :
On oublie trop souvent l'absence de fonds propres - on a bien crée des petites sociétés avec un capital d'un euro...- ensuite les banques ne sont pas là pour accorder des crédits de fonctionnement.... personne ne parle aussi de la volonté de l'administration fiscale et des gros donneurs d'ordre de faire payer la tva sur les livraisons alors que le client va la déduire alors qu'il n'a pas payé la facture..... génial les entreprises font du crédit à leur fournisseur sur la tva la réduction des délais de paiement a un tout petit peu améliorer mais les délais sont reparti dans le mauvais sens....donc il faut regarder les choses de différentes manières, on n epeut se lancer dans une entreprise sans capital les banques ne peuvent transformer leurs encours a court terme en pret à long terme... les structures de ce genre ont souvent aidé mais je suis assez méchant j'ai vu tant d'entreprise qui n'avait pas de structure comptable éfficace qui n'ont pas de suivi mensuel de leur chiffre d'affaires... des bilans déposé en retard par des experts comptables surchargé... le banquier lui attend des chiffres mensuels des comptes précis et bien sur on a voulu aussi limiter les garanties a donner aux banques (effets négatifs sur les encours de crédit, plus personne ne veut engager son patrimoine;.... donc regardons l'évolution depuis 20 ans tous les métiers ont changé, le métier de banquier a changé mais nous avons aussi une crise forte depuis plusieurs années que l'on ne va pas régler tout de suite, je prends l'exemple de ce futur crédit vanté par le gouvernement si l'entreprise est déficitaire il sera remboursé quant comment ?? en fonction de la trésorerie de l'état... noius avons attendu parfois longtemps le remboursement du crédit recherche.... on nous a meme dit nantisser le pret de votre banque...... essayer de voir la tete du banquier..... il faut des capitaux, privés d'état pour lancer des entreprises d'avenir et non pas des emplois d'avenir douteux dans des associations qui souvent ne font pas grand chose....
a écrit le 27/11/2012 à 7:21 :
Certains pensent que quand une entreprise disparait, cela est du à une espèce de régulation naturelle.
Nous aurions pu les comprendre si nos entreprises traversaient des périodes de fonctionnement économiques normales ce qui est loin d'être le cas. Aujourd'hui nous donnons le nom de "crise" à ce que des médecins appelleraient une "pandémie". Malheureusement la thérapie n'a pas été à la hauteur du fléau et l'effet domino généré aura des conséquences dévastatrices sur notre économie.
Trois chiffres devraient nous interpeller :
* + de 90% des entreprises qui viennent en procédures collectives terminent en LIQUIDATION,
* les pertes d'emploi oscillent entre 250 000 et 500 000 par an,
* le passif généré est suivant les années entre 5 et 20 Md?.
Ces chiffres sont affolants.
Qui oserait entrer dans un hôpital ou une clinique dont le fronton indiquerait que + de 90% des patients qui viennent se faire soigner finissent à la morgue.
Hervé SEREYX disait :
"Quand on affronte les réalités de demain avec les représentations mentales et les organisations d'hier,
on a les drames d'aujourd'hui."
La médiation du crédit ne peut pas disparaitre, mais au contraire, intensifier.
La difficulté n'est pas entre les entreprises et le système bancaire, mais plutôt comment les entreprises et le système bancaire vont-ils ensemble lutter contre la crise, il en va de l'intérêt de chacun.
De même que les Tribunaux de commerce ne peuvent pas éradiquer ces chiffres catastrophiques.
Entre le Tribunal de commerce et les entreprises, il faut créer des cellules de soutien composées d'experts pour accompagner et supporter ces entreprises en difficultés ou en passe de le devenir.
Ce sont les entreprises qui génèrent des emplois et tout doit être fait que nous gardions et fortifions nos entreprises.

Le mal est profond et nécessite autre chose que des placebos

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