Réseaux de soins : "les mutuelles choisissent l'archaïsme"

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Philippe Denoyelle, président de l'UJCD-Union estime que les mutuelles ont des positions archaïques sur les réseaux de soins agréés.DR
Philippe Denoyelle, président de l'UJCD-Union estime que les mutuelles ont des positions archaïques sur les réseaux de soins agréés.DR
A deux jours de l'examen par les députés de la proposition de loi sur les réseaux de soins agréés le 28 novembre, l'Union des jeunes chirurgiens dentistes dénonce la contractualisation que les mutuelles veulent mettre en place. Celle-ci n'aurait "aucun sens", compte tenu de la pénurie de professionnels, "les patients sont plus soucieux de trouver un rendez-vous que de négocier les tarifs", estime Philippe Denoyelle, président de l'UJCD-Union dentaire qui réclame la négociation d'une convention dentaire nationale.

La médecine française est en ébullition. Les médecins découvrent aujourd'hui ce que les chirurgiens dentistes vivent et dénoncent depuis des années. Un projet de loi est actuellement en discussion au Parlement pour autoriser les mutuelles à différencier leurs remboursements en fonction de l'adhésion ou non de leurs adhérents à leurs contrats.

L'Union des jeunes chirurgiens dentistes (UJCD) combat depuis des années les réseaux de soins fondés sur des considérations économiques plutôt que médicales et particulièrement les réseaux fermés aux listes de praticiens limités. Elle exige que la contractualisation avec l'assurance maladie complémentaire (assureurs, instituts de prévoyance, ou organismes mutualistes) passe par la convention dentaire, fruit d'une véritable négociation nationale avec l'Uncam (Union nationale des caisses d'assurance maladie), l'Unocam (Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaires) et les syndicats représentatifs de notre profession.
L'UJCD appelle de ses v?ux la mise en place d'une nomenclature moderne, adaptée aux données actuelles de la science et dans laquelle chaque soin est honoré à sa juste valeur comme partout en Europe.

Les assureurs complémentaires santé se trompent de combat

En sollicitant la possibilité de promouvoir des remboursements différenciés les complémentaires se trompent de combat à plus d'un titre : affirmer que la contractualisation que les mutuelles veulent mettre en place amènerait des patients aux confrères était audible dans les années 80 ou 90. Elle n'a plus aucun sens à l'heure où l'on nous rebat les oreilles avec la désertification médicale et les files d'attentes chez les professionnels de santé. La quasi totalité des praticiens sont saturés et leurs patients sont plus soucieux de trouver un rendez-vous que de négocier les tarifs. Cet argument prêterait à sourire s'il n'était pas l'habillage d'une réalité plus crue : l'économie a pris le pouvoir sur l'éthique.

Mettre en avant un reste à charge moindre pour un patient optant pour un praticien du réseau, met à mal le modèle social français fondé notamment sur le libre choix du praticien par le patient, et gage de qualité. Pour préserver ses remboursements, le patient, lié par son contrat est contraint de choisir les praticiens référencés par les financeurs sur des critères économiques et non sur des critères de qualité.

Les réseaux de soins tournent le dos au principe d'égal accès pour tous

Ces réseaux tournent le dos au principe d'accès égal pour tous sur le territoire national que le Président de la République promeut en imposant un praticien et donc sa localisation au patient prisonnier de son contrat. Pire, les contrats incriminés, imposant un praticien, son lieu d'exercice et des prix plafonnés pour certains actes, peuvent conduire les patients à ne plus recevoir les soins requis par leurs besoins thérapeutiques, mais ceux que son contrat prend en charge, qu'il soit le plus adapté ou pas.

Cette démarche de facilité est confortable pour les mutuelles. Elles se dédouanent à peu de frais de leurs responsabilités sociétales en mettant en avant leurs obligations de gestionnaires. Ce faisant elles participent à la pérennisation d'un système délétère, et sous couvert de défendre "leurs" assurés elles prêtent leurs voix au concert parfaitement orchestré de la stigmatisation honteuse de notre profession par certains médias qui confondent journalisme et presse à scandale

Les mutuelles se confinent à des réponses archaïques

Avec un soupçon de courage politique, plutôt que de céder à une direction de l'Uncam (Union nationale des caisses d'assurance maladie) dont le temps est compté, les complémentaires pourraient jouer le rôle déterminant que le législateur leur a donné en leur conférant la qualité de partenaire conventionnel de plein droit. Elles pourraient s'associer aux voies ouvrant un avenir à notre profession et répondant à leurs principes d'exigence sociale. Elles pourraient participer à une réforme ambitieuse de la valorisation et de prise en charge de l'ensemble des actes bucco dentaires que la profession appelle de ses v?ux depuis des années.

L'UJCD est attachée à la qualité de notre système de soins. Elle défendra les chirurgiens dentistes pour qu'ils ne puissent être isolés et démunis, otages d'organismes financiers dont les buts sont tout autres que médicaux.

Voilà les vraies questions que les mutuelles devraient se poser aujourd'hui au lieu de se confiner à des réponses archaïques qui pérennisent un système organisant l'exclusion sociale dans un pays qui revendique sa modernité. Il y a urgence à sortir de cette spirale infernale ou l'économie contraint l'éthique. En osant ce courage politique, à la hauteur de l'esprit mutualiste des fondateurs, on mettrait enfin la santé au c?ur de l'avenir du sourire de nos concitoyens.
 

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Commentaires
a écrit le 27/11/2012 à 20:33 :
USAGE LIMITE ET INTERDIT!
Je refais mes lunettes tous les 4 ans pour veiller au trou de la sécu.
On m'a interdit (sous menace d'aucun remboursement) l'utilisation d'une certaine marque formidable de verres!
Pour une spécialiste de la photo, catastrophe totale.
Où va-t-on ainsi????
Il va de soi que j'aurais pu payer un complément pour ces verres extras. Mais nous obliger à ne prendre que des "rossignols" nuls, c'est vraiment invraisemblable.
a écrit le 27/11/2012 à 14:22 :
quelques chiffres émanant de la cnam:dépenses de santé :2800? par français,dont secu:2000?,mutuelles:550?,reste à charge:245?(33?,dépassements médicaux,reste pour dentaire et optique)honoraires des médecins:20.4Mds dont 2.4 honoraires libres mutuelles:chiffre d'affaire:38mds dont 8mds de frais de gestion....
a écrit le 26/11/2012 à 19:11 :
Nous les ultra riches, connaissons mieux que quiconque les caractéristiques profondes de l'espèce humaine : opportunisme, cupidité, jalousie, soif de pouvoir, narcissisme, agressivité. Nos meilleurs alliés en ces temps de crise financière sont les classes moyennes occidentales, qui tels les bourgeois de Calais, viendront en chemises remettre leurs privilèges à leurs vrais suzerains : nous les ultra riches ! Les classes moyennes par détestation des pauvres (elles pensent que la pauvreté est contagieuse...) réclament elles-mêmes la fin des mécanismes de solidarité mis en place par les utopistes d'obédience fordiste (les libéraux humanistes). Nous saurons bien sûr en tirer profit doublement : d'abord la fin de la solidarité signe le règne absolu de la cupidité, ce qui intellectuellement parlant nous convient parfaitement comme idéologie. Nos héritiers et rejetons à nous, les ultra riches, n'ont pas besoin d'école publique ou de santé publique. Nous pouvons leur offrir le meilleur et bien sûr leur transmettre nos immenses fortunes...(nul besoin de système de prévoyance et de retraite, nous pouvons nous financer l'équivalent de centaines ou milliers de rentes) En revanche, les classes moyennes ont besoin de systèmes de sécurité sociale, elles ont l'ardente nécessité d'une école de relative qualité pour le plus grand nombre ! En tous cas celles qui espèrent s'élever dans l'échelle sociale... Donc en réclamant l'explosion des systèmes sociaux et publics, les classes moyennes signent leur arrêt de mort et conjointement la fin de la démocratie occidentale. Tout ceci à notre profit bien sûr car même si nous échappons de plus en plus à l'impôt, nous en payons encore trop. Résumons : par haine des pauvres, les classes moyennes et la démocratie disparaissent en Occident.
Mais ce n'est pas tout : je vous ai dit que nous les ultra riches, nous gagnons doublement. Démonstration : les systèmes de solidarité disparaissent mais il n'empêche que la santé par exemple, dans un système ultra mercantile a un coût : elle constitue donc une source croissante de profit pour nous les ultra riches ! Plus globalement, nous saurons bien capter tout ce qui est encore du domaine public non régalien : sécurité, santé, éducation, transports etc. pour en faire de nouvelles opportunités d'accroitre quelques années encore notre immense pouvoir et nos immenses fortunes. Le temps suffisant avant que tout n'explose bien sûr, mais nous serons au chaud et en totale sûreté d'ici là...
Réponse de le 27/11/2012 à 19:10 :
Bonjour Arnault,
c'est très bien dit, vous avez mis des mots sur ce que je ressens et que je n'arrive pas à exprimer. C'est comme ça que ça va se passer. Fin de la démocratie. Hitler a dû une bonne partie de son ascension grâce à la capitulation des socialistes de son époque. Nous avons aussi les nôtres, il n'y a pas pires traîtres de la démocratie.
Salutations.
a écrit le 26/11/2012 à 17:31 :
les mutuelles sont entrées depuis longtemps dans une logique de racolage TV, Radio, Journeaux, Mailings, pour trouver de plus en plus de cotisants !.............
si on compare ce qu'on leur laisse et ce qu'on reçoit, il y a de quoi rire (ou pleurer).................Une fois les cotisations encaissées et la pub payée, il leur faut trouver toujours plus de possibilités pour améliorer leur marge financière ( ce ne sont pas des associations sans bénéfices, simplement ils sont placés... )
effectivement les mutuelles seraient bien plus responsables si elles s'engageaient dans une logique d'amélioration sur le paiement des soins "de qualité" ( la qualité étant un mot totalement absent des débats, il faut reconnaitre qu'avec des tarifs de soins augmentant 2 fois moins vite que l'inflation , la qualité ne peut que se perdre un peu en route ..

a écrit le 26/11/2012 à 16:47 :
"Saturé" ! Pas partout... et loin de là. De plus, c'est une question d'organisation du praticien avec une assistante médicale et un soutien administratif. Je connais bien des regroupements où les praticiens passent plus de temps à attendre des clients (ou partent à 16h, journée finie) que face au patient.
Mais, comme souvent, pour défendre son pré carré et ses intérêts, il est facile de mettre en avant quelques cas pour faire pleurer (ou inquiéter) dans les chaumières...
Réponse de le 26/11/2012 à 17:29 :
mettre en avant quelques cas..c'est ce que vous faites..."je connais"???d'ou??svp??
Réponse de le 26/11/2012 à 17:46 :
Travaillant dans le secteur, ayant "pas mal" bourlingué et discuté deci delà ;-) !
Réponse de le 26/11/2012 à 18:27 :
joli pipo,merci de vos commentaires...
Réponse de le 27/11/2012 à 18:55 :
Les vraies mutuelles ????? ne font pas de bénéfices mais il faut aussi parler des prélévement d'état , des fonds de garantie obligatoire . L équilibre des mutuelles est le résultat entre les cotisations et les garanties des remboursements et frais de gestions .
un ancien correspondant de mutuelle d'entreprise
Réponse de le 28/11/2012 à 18:02 :
je confirme, je suis moi même CD, mes amis de promotion et moi même avons parfois du mal à remplir nos journées... Le désert dentaire peut être, mais pas partout!! dur dur de se lancer et de se faire une patientèle... Blasé porte bien son nom!
Réponse de le 29/11/2012 à 7:16 :
mon cher siso58,on ne peut revendiquer la liberté d'installation et regretter de s'installer en zone de surdensité...dans ma petite commune à 60 km de paris,2 cabinets dentaires(3dentistes)viennent de fermer dans les 2 dernieres annees,sans repreneurs!(de meme un cabinet de radiologie!).Les autres cabinets sont saturés au point de refuser de nouveaux patients(?)ils semblent que ce sont des "cabinets secondaires"de dentistes ayant deja un cabinet à paris et passant seulement 2 à 3 jours par semaine ici...1heure de paris en train,gare à 5 minute à pied du point le plus eloigné de la ville...

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