Capitalistes, soyez inclusifs !

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Lynn Forester de Rothschild. Copyright Reuters
Lynn Forester de Rothschild. Copyright Reuters
Lynn Forester de Rothschild est présidente de E.L. Rothschild, et co-dirige l'association à but non lucratif Henry Jackson Initiative for Inclusive Capitalism (henryjacksoninitiative.org). La "croissance inclusive" permet le développement d'une économie à fort taux d'emploi favorisant la cohésion économique, sociale et territoriale.

En 2012, une enquête du Centre d'études Pew indiquait qu'aux Etats-Unis 85% des adultes qui se considéraient comme appartenant à la classe moyenne estimaient qu'il était plus difficile aujourd'hui qu'il y a dix ans pour des gens comme eux de maintenir leur niveau de vie. La part des Américains qui disent se situer dans la classe moyenne basse ou inférieure est passée d'un quart de la population adulte en 2008 à environ un tiers aujourd'hui. Et l'étude Pew a aussi évalué que seuls 63% des personnes sondées estiment que travailler dur est la garantie du succès. Elles étaient 74% en 1999.

Le niveau du chômage des jeunes, un sujet inquiétant

Ces statistiques, qui reflètent le sentiment populaire dans la plus grande économie mondiale, devraient sérieusement inquiéter les gouvernements et les patronats ailleurs, particulièrement dans les pays confrontés à une croissance apathique et à des niveaux de chômage des jeunes en augmentation. En janvier, le Fonds monétaire international (FMI) a en effet revu à la baisse ses prévisions de croissance à court terme dans la zone euro, - 0,2% pour 2013. Dans le même temps, les chiffres officiels en provenance d'Espagne indiquent que le taux de chômage a atteint 26% (près de 6 millions de personnes) au cours des trois derniers mois de 2012, au plus haut depuis le milieu des années 70, et que le chômage des jeunes atteint 55%.

Le besoin de croissance - surtout le type de croissance inclusive susceptible de redonner des emplois au très grand nombre de jeunes chômeurs et combattre les inégalités croissantes de revenus - n'a jamais été aussi vital. Néanmoins, les débats actuels sur les moyens de parvenir à une croissance soutenable et inclusive se concentrent trop sur le rôle des gouvernements et des responsables politiques. Le rôle du secteur privé - avec son envergure multinationale, ses importantes liquidités, et sa capacité à innover - est négligé.

Investir dans la formation professionnelle, l'une des trois priorités pour les entreprises

Pour que le capitalisme fonctionne d'une manière plus inclusive et réponde aux besoins les plus pressants de la société, l'industrie devrait concentrer ses efforts sur trois principaux aspects. Premièrement, les entreprises devraient résorber le décalage entre compétences et emploi en investissant dans la formation professionnelle continue et l'apprentissage. Des entreprises comme Rolls-Royce et British Gas font largement appel à l'apprentissage, ce qui leur permet de donner une valeur ajoutée à leur entreprise en créant un réseau de recrues compétentes. D'autres initiatives ont été mises en place dans ce sens pour encourager de nombreuses sociétés à créer des postes de base pour le nombre significatif de jeunes gens actuellement sans emploi.

Deuxièmement, de même qu'un effort collectif est nécessaire pour renforcer les compétences de la main d'?uvre nationale, l'industrie devrait aussi s'engager à soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) pour les intégrer plus largement dans l'activité globale. Dans le cadre de son budget 2011, Hewlett-Packard a fait intervenir plus de 600 PME dans sa chaine d'approvisionnement en Grande-Bretagne, ce qui représente près de 10% de ses dépenses en fournisseurs. HP veut augmenter cette part à plus de 15%, entrainant ce faisant ce qu'elle considère à juste titre comme le moteur de la croissance économique britannique.

Gérer avec une vision à long terme

De même, en mars 2012, un consortium de grandes entreprises mené par IBM a créé une plateforme internet de fournisseurs, Supplier Connection, pour faciliter le contact entre les petites et plus grandes entreprises. Actuellement, les membres de Supplier Connection achètent plus de 150 milliards de dollars en biens et services par l'intermédiaire de cette chaine d'approvisionnement globale.

 Enfin, les sociétés par actions doivent être gérées avec une vision à long terme, et devraient être récompensées par les investisseurs pour leur approche plus inclusive. Unilever a par exemple supprimé les pressions à court terme des marchés de capitaux en mettant fin à la publication trimestrielle de ses bénéfices et en se améliorant sa politique sociale, plutôt que d'honorer les seuls intérêts de ses actionnaires.

Mais les sociétés éclairées nécessitent des investisseurs éclairés. Le fonds de pension des enseignants de l'Ontario est exemplaire par son engagement à soutenir les meilleurs pratiques de gestion entrepreneuriale des sociétés dans lesquelles il investit, avec des bénéfices notables : le fonds a gagné en moyenne 10% par an depuis sa création en 1990.

Créer de la valeur et ne pas se focaliser sur le rendement à court terme

L'idée qui sous-tend toutes ces initiatives, et la notion même de capitalisme inclusif, est que les sociétés doivent être gérées avec une vision à long terme. Celles qui adoptent effectivement cette approche sont concernées par les compétences de leurs futurs effectifs ; recherchent à développer une base de fournisseurs loyaux et productifs ; et optent pour des investissements fondés sur la création de valeur, et non sur un rendement à court terme.

Il n'y a pas de contradiction entre des rendements élevés et l'adoption d'une approche à long terme. En outre, si ces pratiques se répandent plus largement, cela entrainera un effet boule de neige. Davantage soutenues, les PME, qui représentent aujourd'hui 99% des entreprises et deux tiers des emplois dans le secteur privé dans l'Union Européenne, seront en mesure d'investir dans la recherche et le développement, et d'embaucher plus encore.

En retour, les grandes sociétés percevront les bénéfices d'une plus grande innovation, le chômage des jeunes régressera, et le creusement de la classe moyenne - et sa foi dans l'avenir de ses niveaux de vie - s'inverseront. C'est bien ce type d'influence profondément positive sur les perspectives d'une prospérité partagée et d'une croissance inclusive qui fait défaut aux gouvernements nationaux actuellement. 

Traduit de l'anglais par Frédérique Destribats

 

Copyright: Project Syndicate, 2013.
www.project-syndicate.org

 

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Commentaires
a écrit le 14/05/2013 à 19:57 :
.....écoutons les pompiers pyromane!
a écrit le 14/05/2013 à 18:00 :
blablablablablabla
a écrit le 14/05/2013 à 8:19 :
Mme Forrester je vous invite a vous occuper des pauvres a Chicago , pour ce qui es des pauvres en france on a une foultitude de très bonnes associations : le secours catholique , les secours populaire et j'en passe .

On a peut être perdu a Waterloo mais on garde encore la capacité de distinguer un vautour d'une colombe !!!
et je me pèse mes mots pour ne pas être censuré
a écrit le 14/05/2013 à 6:54 :
Très bien dit ! ! !
a écrit le 14/05/2013 à 4:20 :
L'économie américaine, comme l'ensemble des économies de type anglo-saxonne n'ont cessé de diminuer la part de production d'économie réelle pour la spéculation. D'autre part l'augmentation exponentiel des profits réalisés dans la spéculation obligent les entreprises et ces états à maintenir un train de vie ainsi qu'à un mode de vie (globalisation) qui ne peut à long terme que les desservir . Tous ses éléments font que ce type d'économie doit être profondément repris au niveau de l'ensemble des pays occidentaux. l'Europe aurait grand intérêt à se former et faire valoir une nouvelle économie.
a écrit le 13/05/2013 à 20:54 :
Take the money and run !!!!
a écrit le 13/05/2013 à 20:39 :
Dit elle avec son collier de perles à 1million d'euros...
a écrit le 13/05/2013 à 18:04 :
Malheureusement il est difficile d'admettre de tels revirements de la part de cette personne. Oui le chômage des jeunes est inquiétant car cela veut dire que les sociétés dans lesquelles ils vivent sont incapables de leur proposer une vision d'avenir (j'ai déjà fait allusion à l'Etat visionnaire, plus juste et efficient). La raison pour laquelle l'Europe est malade est simple : aucune remise en question de l'administration et de la mesure de son efficacité, des couts exorbitants de fonctionnement et qui n'a que sur le seul secteur privé comme ressources, sans compter que les administrations locales peuvent emprunter des sommes colossales sans contrôle (scandaleux, voir le cas de saint etienne décris dans la tribune). Nous sommes dans des économies de renouvellement et non pas de révolution économique due à des innovations majeures à même de transformer nos sociétés. Les anciennes générations ont profité des 30 glorieuses sans se soucier de l'avenir, et pour cela, ces générations sont coupables, parallèlement, la mondialisation a transformé nos sociétés en les individualisant, en les rendant plus égoïstes et en mettant les nations en compétition. Le réveil lent et douloureux des politiques à cette dure réalité est tardif et la société en paie les conséquences. Enfin, les entreprises ont elles mêmes leur grande responsabilité, notamment celles qui investissent avec comme but unique la spéculation à court terme, empêchant les entreprises d'investir dans la production et la R&D, en les asséchant de leur capital humain, c'est à dire en en faisant de coquilles vides avant de les revendre. Avec cette vision court-termiste, inutile de penser que les entreprises voudront embaucher, et encore moins des jeunes sans expérience : il faut de la main d??uvre qualifiée au prix le plus bas...
a écrit le 13/05/2013 à 17:37 :
Voici la version non-officielle : "Gràce à la mondialisation et à la libéralisation des échanges pronées par nos soins, néo-libéraux et financiers aux intérets extra-nationaux, nous avons réalisé un dumping social et économique des plus efficaces. Comme cela commence à se voir que nous avons concentré les richesses de façon extrême et que nous souhaitons éviter une réactivation de la lutte des classes étouffée par une segmentation socio-économique douteuse (les jeunes, les vieux, les femmes, les gays, les immigrés etc.), nous allons tenter de faire bonne figure avec quelques mots condescendants. Et pendant ce temps, il n'y a pas que les perles de son collier qui se font enfiler...
Réponse de le 13/05/2013 à 22:01 :
Très bonne analyse. La révolution arrive lol !!! Après le big crack des dettes et de l économie virtuelle biensur
a écrit le 13/05/2013 à 15:51 :
Oui, donc, si on résume, c'est "Faite ce que je dis, mais pas ce que je fais." Ca, franchement, même avec trois neurones, je peux le dire aussi... Bon, il est clair qu'il faut essayer de convaincre. Vive la con-fiance!
a écrit le 13/05/2013 à 15:14 :
Et dire qu'ils ont été remboursés pour les pertes dans l'immobilier.
a écrit le 13/05/2013 à 14:59 :
Ce ne sont pas obligatoirement de vraies perles, vu la taille cela peut être des perles fantaisies ou de culture.
a écrit le 13/05/2013 à 14:21 :
Rien que le prix du collier de perles en illustration dépasse les revenus de mon foyer fiscal sur au moins trente ans. Alors qu'elle garde ses leçons de morale permises par l'argent de papa en faisant semblant d'être préoccupée par notre sort...

Par pitié ne m'incluez pas dans votre capitalisme inclusif chère Madame.
Réponse de le 14/05/2013 à 11:41 :
il est vrai qu'il est préférable de garder certaines conversations dans un autre environnement, entre gens qui peuvent comprendre.
d'autant que l'approche de cette personne est tout à fait réaliste
Réponse de le 14/05/2013 à 19:45 :
Merci
Bertrand

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