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L’embarras d’Israël face à l’offensive diplomatique de Rouhani

Photo de Antoine Patinet

Ardavan Amir-Aslani

Publié le 30 septembre 2013 à 09:39 - Mis à jour le 30 septembre 2013 à 12:19

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'élection du réformateur modéré Hassan Rouhani à la tête de l'Iran a laissé entrevoir à la communauté internationale un espoir de mettre fin aux conflits historiques avec Téhéran... Mais comme le remarque Ardavan Amir-Aslani, avocat spécialiste du Moyen-Orient, seul Israël n'a pas l'air d'y croire...

Aujourd'hui, lundi 30 septembre, le Premier ministre israélien, Binyamin Netanyahu, va rencontrer le Président Obama à Washington avant de s'adresser à l'Assemblée Générale de l'Onu, mardi 1er octobre. Il va retrouver une Maison Blanche et une Assemblée onusienne bien différentes de celles qu'il a connues l'an passé. Entre temps, en effet, il y a eu non seulement les élections iraniennes ayant porté au pouvoir le réformateur modéré Hassan Rouhani mais aussi le coup de fil historique intervenu entre ce dernier et le Président américain, vendredi dernier.

Un paysage qui a radicalement changé

Le paysage a, en effet, radicalement changé en un laps de temps très court. L'Iran n'est plus dirigé par un Président élu à l'occasion d'élections contestées, de surcroît négationniste de la Shoah et appelant régulièrement à la disparition de l'État d'Israël. Le nouveau Président iranien a été élu dès le premier tour, à la surprise générale, tant des observateurs iraniens qu'étrangers par plus de 70% du corps électoral.

Ces élections ont été saluées par l'ensemble de la communauté internationale dont le Président Obama qui n'a pas manqué de féliciter, de vive voix, le président Rouhani lors de leur échange téléphonique historique la semaine passée. Aussi imparfaite que soit la semi-démocratie iranienne, le taux massif de la participation électorale apporte incontestablement une réelle légitimité à l'élu.

De plus, l'argument selon lequel le Président iranien ne décide de rien car tous les pouvoirs seraient déposés entre les mains du guide suprême, ne tient plus depuis que ce dernier a explicitement apporté tout son soutien à Rouhani.

Rouhani, fin diplomate

Par ailleurs, avant et pendant son déplacement à New York, Rouhani s'est employé à se distinguer radicalement de son prédécesseur. Avant de prendre l'avion, il a ainsi libéré des prisonniers politiques, retiré le dossier du nucléaire des mains du très dogmatique Conseil National de Sécurité afin de le confier à son ministre des affaires étrangères, le très respecté, Javad Zarif, remplacé l'ambassadeur d'Iran à l'AIEA et congédié le responsable de l'Administration nucléaire désigné par le Président sortant.

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Une fois à New York, il a enchanté tous les membres du conseil de sécurité par son discours modéré amenant même le très hostile Laurent Fabius à reconnaître que tant le ton que le discours iraniens avaient indiscutablement changé par rapport au passé. Est venu ensuite la rencontre avec François Hollande, une première depuis la rencontre de Jacques Chirac et l'ancien Président Khatami en 2006.

Sur le podium de l'assemblée générale de l'Onu, le 27 décembre dernier, Rouhani s'est même abstenu de faire mention, ne serait-ce que du nom d'Israël, avant de reconnaître l'Holocauste lors d'un entretien avec CNN le lendemain.

Quant à son ministre des Affaires étrangères, il a, lors de sa rencontre également historique avec John Kerry, le Secrétaire d'Etat américain, clairement souhaité un accord sur le nucléaire dans un délai très court n'excédant pas trois à six mois. La cerise sur le gâteau fut cependant l'échange téléphonique entre Obama et Rouhani, une première depuis presque 35 ans.

En effet, la dernière fois qu'un tel échange eut lieu entre un chef d'État iranien et un Président américain, ce fut en février 79 entre le Chah sur le point de quitter définitivement le pays et Jimmy Carter.

La position singulière d'Israël

Dans ce contexte, alors même que le Président américain a proclamé, tout en les liant, le règlement du contentieux nucléaire iranien et le conflit-israélo-palestinien, comme les principaux chantiers internationaux de son second mandat, il va être difficile pour Netanyahu de soutenir le contraire.

Le Président américain s'est même abstenu lors de ce même discours de rappeler le recours à des frappes militaires contre l'Iran à travers la phrase cliché de «toutes les options sont sur la table».

Ainsi, les prémices d'un accord sur le nucléaire entre l'Iran et le groupe de 5+1 sont presque définies avec une reconnaissance explicite du droit des Iraniens d'enrichir l'uranium à des fins civiles, comme le prévoit d'ailleurs explicitement le Traité de Non-Prolifération.

Netanyahu tentera bien de presser pour le zéro enrichissement mais il risque de tomber sur des oreilles sourdes tant à Washington que dans les principales capitales européennes.

D'ailleurs, ce dernier s'est fait même remonter les bretelles par des membres de son propre cabinet pour avoir ordonné à la délégation israélienne de quitter la salle lors de la prise de parole du Président iranien et ce alors même que les américains avaient dépêchés leurs diplomates pour assister à cette volte-face de la politique iranienne.

Les Israéliens se sont ainsi retrouvés seuls à quitter la salle traduisant symboliquement leur position singulière. Même le Président Shimon Peres vient de critiquer Netanyahu en qualifiant d'excessive sa réaction à propos de l'échange entre Obama et Rouhani.

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Une trop grande agressivité de la part du Premier ministre israélien risquerait même de faire contre-feu en attirant l'attention de la communauté internationale sur le fait qu'Israël, contrairement à l'Iran, n'est signataire ni du Traité de Non-Prolifération ni de la convention sur les armes chimiques.

Netanyahu ne manquera pas de défendre sa thèse mais sa voix risque d'être une voix dans le désert. Il doit bien regretter l'époque d'Ahmadinéjad….

*Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen Orient

Ardavan Amir-Aslani

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