Comment les banques peuvent s'industrialiser

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Pour Tecla Solari, les banques françaises doivent réinventer leur modèle, et s'industrialiser. | Avaloq
Pour Tecla Solari, les banques françaises doivent réinventer leur modèle, et s'industrialiser. | Avaloq (Crédits : Reuters)
Certes, les banques françaises sont solides, mais elles doivent réinventer leur modèle. Et cela passe par une vraie industrialisation, l’utilisation de la sous traitance, comme le fait de longue date l’automobile. Par Tecla Solari, Managing Director AVALOQ pour les zones France, Europe du Sud et Maroc

Le dernier classement européen du cabinet SNL Financial est plutôt flatteur pour l'hexagone. Alors qu'une seule banque allemande figure parmi le top 10 des plus grands acteurs européens du secteur, on y trouve quatre groupes britanniques et quatre banques françaises : Crédit Agricole, BPCE, Société Générale et BNP Paribas. Parmi elles, seule BNP Paribas a enregistré une progression de ses bénéfices en 2012. Le résultat net du groupe BPCE a fléchi de 18,3% et celui de la Société Générale de 67,5%. Quant au Crédit Agricole, 1er groupe français et troisième européen, il a vu ses pertes multipliées par 4,4 l'an dernier.

 "Plan d'adaptation", "transformation", "environnement difficile"... la communication des banques françaises porte le sceau des difficultés qu'elles traversent, difficultés partagées avec leurs homologues européennes. Même une place financière comme la Suisse est affectée, avec un nombre d'établissements bancaires en recul de 15% en 10 ans.

Réglementation accrue et pression concurrentielle

 Le diagnostic est le même partout. D'un côté, la réglementation se fait de plus en plus contraignante, avec la mise en place de la réforme Bâle III, dont la mise en œuvre vient gonfler les coûts et réduire les marges de manœuvre. De l'autre, la pression concurrentielle augmente avec des clients aux exigences de plus en plus raffinées et l'émergence de nouveaux modèles économiques : la récurrence du produit net bancaire est de moins en moins assurée, même dans la banque de détail. Et comme France Télécom a dû faire face à l'arrivée tonitruante d'un Free dans son secteur, les banques doivent se préparer à l'émergence de banques en ligne ou mobiles de nouvelle génération en adaptant leur modèle économique.

L'exemple du secteur automobile…

 Il ne s'agit pas pour les banques de réinventer la roue, mais plutôt de procéder à un changement de paradigme, comme nombre d'autres secteurs ont su le faire auparavant. Par exemple, doivent-elles continuer à développer elles-mêmes des logiciels, à gérer elles-mêmes leurs applications ou leur back-office, alors que l'informatique n'est absolument pas leur cœur de métier ? Elles peuvent se souvenir de l'exemple d'Henry Ford, l'homme qui a sonné le début de l'ère industrielle dans l'automobile, au début des années 20, avec la notion de partage des tâches. Il a notamment introduit le travail à la chaîne dans la construction automobile et fut le premier à abaisser les coûts par une spécialisation et une standardisation très poussées des activités, tout en maintenant un niveau de qualité élevé.

C'est l'industrie automobile qui a aussi été la première à comprendre que l'externalisation de la fabrication des pièces détachées à des prestataires externes spécialisés était source d'avantages compétitifs.

… où certains constructeurs se limitent au "branding"

La "lean production" était née, ce terme anglais désignant l'utilisation économe et sans gaspillage de temps des facteurs de production que sont les moyens d'exploitation, le personnel, les matières premières, la planification et l'organisation de l'ensemble des activités de l'entreprise.

Cette approche "allégée" de la production est même devenue l'un des concepts de gestion les plus populaires dans les années 90 et a continué de s'affirmer ces dernières années. Aujourd'hui, les sous-traitants de l'industrie automobile couvrent jusqu'à 75% de la chaîne de création de valeur d'une automobile et la tendance reste à la hausse.

Valeo fournit les éclairages, Plastic Omnium les réservoirs d'essence, et ainsi de suite. Porsche fournit un exemple extrême de cette logique d'externalisation dans la mesure où il ne fabrique que 10% des pièces de son modèle "Cayenne". Les constructeurs automobiles se limitent désormais en général au "branding", au design, à la motorisation et au montage du véhicule fini. L'externalisation des processus ne faisant pas partie de leurs compétences clés leur a permis de compenser la hausse des coûts de développement. Des décennies plus tard, le secteur financier se trouve aujourd'hui confronté au même bouleversement.

Alléger le back office

 Henry Ford et le secteur automobile l'ont mis en évidence. Industrialisation signifie standardisation et automatisation des processus. Dans le secteur financier, cette industrialisation vise tant à modifier les structures internes des banques qu'à rénover les processus de création de valeur.

L'efficacité du back-office et de l'informatique est particulièrement importante pour les banques car, pour une personne au front il y en a jusqu'à deux et demi au back-office ou dans des fonctions de support, ce qui fait s'envoler le ratio charges-produit. L'allègement du back office et des fonctions support sont un aspect fondamental d'une industrialisation réussie du secteur bancaire, où plus de 90% de la production se fait au sein de l'entreprise.

Cela étant, grâce à des normes harmonisées, des prestataires externes vont pouvoir traiter des processus en quantités suffisantes et avec un niveau de qualité élevé, autorisant des économies d'échelle. Ainsi, un prestataire spécialisé travaille idéalement avec une courbe des coûts et une position finale optimales telles qu'une banque de taille petite ou moyenne ne pourra jamais atteindre.

 Quel niveau d'industrialisation ?

 On peut distinguer plusieurs niveaux de maturité dans l'industrialisation d'un processus. Le niveau un correspond aux entreprises qui utilisent déjà une solution standardisée, mais continuent à l'exploiter elles-mêmes. Le deuxième niveau comprend les concepts, maintenant largement répandus, d'Application Service Providing (ASP) et de Software as a Service (SaaS). Ces deux approches ont cependant été moins bien accueillies dans le secteur bancaire que dans d'autres secteurs.

Il s'agit là d'une plate-forme unique desservant plusieurs banques à la fois et couvrant la totalité du paysage informatique d'un établissement bancaire (solution bancaire de bout en bout) grâce à des logiciels standards, avec un niveau élevé de standardisation et d'automatisation. Mais les prestataires de telles solutions standards disposant de la flexibilité nécessaire pour intervenir dans les processus de front office et les fonctionnalités sont rares.

 

Optimiser les relations entre consommateurs et prestataires

Pour une grande partie des banques, le niveau trois de l'industrialisation, le "business process outsourcing" (BPO), représente donc une bonne alternative. Le prestataire de BPO va proposer une solution bancaire complète (comme décrit au niveau deux), mais surtout prendre en charge son exploitation pour le compte de la banque. Un BPO complet réduit les coûts et les risques tout en améliorant la qualité et la souplesse d'une banque, lui permettant ainsi de se concentrer davantage sur son métier de base : le développement commercial de son activité bancaire. Certains établissements financiers se présentent déjà comme "Transaction Banking Providers" et offrent des "street-side-services" qui, par le regroupement de volumes importants, entraînent des réductions de coûts pour les clients.Bien qu'il s'agisse là d'un pas dans la bonne direction, les relations entre les prestataires et les consommateurs pourraient encore être optimisées.


 La flexibilité, l'élément décisif

L'aspect décisif du succès de ces mesures est la flexibilité qui garantit que les banques pourront bénéficier des prestations souhaitées selon le modèle "best-of-breed".Certains prestataires évoquent déjà cette possibilité et concluent des partenariats avec des établissements bancaires spécialisés.Ils font alors fonction d'intermédiaires et d'intégrateurs pour les divers services bancaires, y compris les services dits street-side, le courtage, la conservation et les services de banque correspondante.Il en résulte dans le meilleur des cas un marché ouvert où sont proposés les meilleurs services et produits bancaires de bout en bout.

L'industrialisation et les volumes importants permettent aux clients de profiter d'offres avantageuses et ils peuvent en outre choisir parmi une offre de services modulaires et flexibles.Ils n'ont plus à gérer de réseau et profitent également de taux élevés de Straight-Through-Processing (STP) ainsi que d'un lien direct avec tous les marchés financiers.

 L'attentisme n'est plus une solution

 Les possibilités d'optimiser les processus sont réunies, d'autres secteurs l'ont suffisamment démontré. La question n'est pas de savoir si mais quand les établissements financiers français franchiront le pas de l'industrialisation. Le processus d'industrialisation débuté il y a plus de 200 ans a en effet accru notablement notre bien-être grâce aux gains de productivité énormes qu'il a entraînés. Dans des métiers des services comme l'assurance ou la banque, l'innovation n'est pas toujours au niveau des secteurs industriels. Il est grand temps que les banques se recentrent sur leurs compétences clés et délèguent les autres à des partenaires chevronnés.

 

Barclays, Nomura ou Royal Bank of Scotland montrent la voie

De nombreuses réflexions sont déjà engagées et certains acteurs étrangers emblématiques ont déjà donné le top départ, comme Barclays Wealth, qui a lancé dès 2010 un programme d'investissement de 350 millions de livres sterling baptisé "Projet Gamma", Nomura ou encore Royal Bank of Scotland. En confiant les tâches de back-office et les services informatiques à des spécialistes, elles pourront ajuster leurs structures aux besoins exigés par la nouvelle situation économique, améliorer leur qualité et leur souplesse et offrir ainsi le meilleur service possible à leurs clients. C'est seulement si les banques font usage et profitent des innovations et des prestations qui leur sont offertes qu'elles pourront rester compétitives à long terme.

 Le secteur bancaire connaîtra une révolution au cours de la prochaine décennie. La mondialisation, une consolidation croissante, des services bancaires de plus en plus mobiles, une réglementation contraignante et des opportunités de croissance offertes par des niches... tout cela va provoquer des changements en profondeur. La mise en œuvre cohérente de l'industrialisation du secteur est une réponse incontournable pour ceux qui veulent être les leaders de demain.

 

 

http://www.avaloq.fr

 

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Commentaires
a écrit le 28/10/2013 à 9:15 :
Tiens, comme c'est étrange... Mon commentaire publié dans un premier temps a été supprimé...
a écrit le 25/10/2013 à 7:45 :
Superbe article qui montre bien l?obsolescence des pratiques conservatistes et communautaristes de nos banques françaises, arcboutées sur les prérogatives et les privilèges d'ancien régime. Toutefois, je mettrais un bémol dans ce discours. En effet, il y a une très nette différence dans l'appréhension des organisations de nos chers (au sens expensive) établissements bancaires. Leur monde de la finance est généralement très bien organisé et pourvu des dernières technologies les plus up-to-date ; ce qui est très loin d'être le cas des métiers régaliens de la banque (prêts, crédits, épargne, voire paiements). Dans ce dernier domaine, il n'y a qu'à voir la résistance de la communauté bancaire française à la mise en place du programme S?PA, changeant la donne d'une industrie des paiements qui à terme devrait totalement leur échapper.
Bien sûr, toutes disent avoir adopté une industrialisation de leur processus, faire du STP en veux-tu en voilà, être au top du top niveau de l'innovation, etc... question communication, force est de constater qu'elles s'y connaissent parfaitement. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres : et entre ce monde idyllique, où elles se sentent si belles, et, la triste réalité du terrain, il y a un fossé à côté duquel les fosses océaniques ne sont qu'un trou de souris.
J'aspire à cette révolution que vous appelez et j'espère qu'une décennie sera suffisante pour y parvenir... mais les résistances au changement sont très vives, persuadées qu'elles sont d'avoir raison contre vents et marées.
a écrit le 24/10/2013 à 16:03 :
"des prestataires externes vont pouvoir traiter des processus en quantités suffisantes et avec un niveau de qualité élevé" ?
cherchez l'intrus!
La seule raison d'externaliser les back offices est de réduire les couts grâce à de la main d??uvre bon marché (Inde); surement pas pour plus de la qualité.
a écrit le 23/10/2013 à 23:48 :
Quand on lit cette "opinion" de la dame de l' Avaloq (?!), on comprend mieux pourquoi le monde de la finance est devenu la face obscure de notre pauvre humanité lambda.

C'est quoi ce sabir ?
Grand Maître, quelle est cette secte étrange ?
Otez moi d'un doute : suis-je vraiment si con que je ne saisisse le propos ... et que je ne fasse que le trouver prétentieux et de toute façon pas "industriel" du tout !
Chère Madame, l'industrialisation que vous souhaitez est aux antipodes de vos arguties de salon. C'est le monde de la rigueur, du poids (et du peu) de(s) mots et de leur utilité, de la finalité concrète des process, des stratégies qui aboutissent ... enfin tout un univers qui semble bien loin de vos délires "pour la galerie".

Et au détour de votre opinion serpentine, je découvre la perle : ""que le métier de base d'une banque est le développement commercial de son activité bancaire"" .

Alors là, chapeau, Madame. Chapeau !
a écrit le 23/10/2013 à 14:20 :
"Le processus d'industrialisation débuté il y a plus de 200 ans a en effet accru notablement notre bien-être grâce aux gains de productivité énormes qu'il a entraînés." N'ayant pas vécu il y a 200 ans, je ne me permettrais pas ce genre d'affirmation. Le bien être est quelque chose de totalement subjectif et sans commune mesure avec la richesse matérielle des individus.
a écrit le 23/10/2013 à 12:27 :
Comme yokikon l'a dit l'industrie bancaire a déjà bien réussi à sous traiter ses risques opérationnels avec la titrisation.
Sous-traiter ses activités techniques alors ? C'est déjà fait depuis plus de 10 ans, j'ai été de la chair à canon en cascade (engagé par un sous traitant, qui me louait lui même à une banque).
Arrêter de faire l'apologie de modèles pareils !
a écrit le 23/10/2013 à 11:54 :
Drôle d'article qui prône un modèle de banque à réinventer, à partir d'un raisonnement intellectuel autiste par rapport aux réalités. Cela fait bien trente ans que les banques françaises ont industrialisé leurs structure et fonctionnement, la récurrence du produit net bancaire étant clairement perçue comme à reconstruire, au fur et à mesure de la déflation du métier traditionnel de l'intermédiation. C'est la voie du seul service de gestion administrative à facturer en fonction de coûts à couvrir qui a été partout installée, minimisant au maximum l'impact du risque comme du loyer de l'argent ; ce n'était pas infondé mais justifié par le monétarisme mondialisé. Le "business process outsourcing" a été magistralement appliqué avec le témoignage éclatant de la titrisation de tout et de n'importe quoi dans l'économie et du risque transféré de la banque qui le détermine au marché qui le porte. Le vocabulaire employé qui parle du consommateur à la place, d'hier, du client est significatif de l'instrumentalisation des rapports sociaux et de cette externalisation des coûts et responsabilités généralisée et mondialisée. La banque domine ainsi nécessairement son industrialisation, la Finance étant l'instrument du commanditaire qu'est le Pouvoir Politique avec ses banquiers centraux. Rien de sérieux n'a été fait pour écarter les instruments et procédés qui ont produit le crise de 2007/2008 et rien ne sera fait, tant la remise en cause serait gigantesque ; l'on s'en tient à des "révolutions" de processus, sans répondre à l'humanisme de rapports de confiance !

a écrit le 23/10/2013 à 11:41 :
Le moins cher. Arnaque impossible.
a écrit le 23/10/2013 à 9:28 :
On a une relation de confiance avec sa banque, c'est un endroit où on laisse son argent;
Montrer ses comptes, ses numéros, et ce que l'on fait de son argent, à des sous-traitants dont on a aucune idée de qui ils sont et avec des flux d'information qui parcourent la planète, cela reste très problématique; là la NSA doit se régaler, mais d'ailleurs elle a déjà "bizarrement" le droit d'aller farfouiller dans les chambres de compensation européennes alors que la réciproque n'existe pas.
Je préfère personnellement l'attrait de la banque privé, à la suisse, avec un seul interlocuteur, qui a la même déontologie qu'un avocat.
a écrit le 23/10/2013 à 9:27 :
Je veux bien travailler pour vous !
a écrit le 23/10/2013 à 8:57 :
Si les banques française suivent l'exemple des constructeurs automobiles français, on va bien rigoler : pendant des années, les constructeurs français se sont vantés de leurs relations "viriles" avec leurs fournisseurs, et en pressurant ainsi les équipementiers, ils ont paupérisé, puis abimé leur propre filière industrielle. Résultat des courses : on ne fabrique plus que un million et demi de véhicules en France par an contre trois il y a dix ans.
Quant aux équipementiers, ils sont partis travailler pour les autres constructeurs partout ailleurs, et ils vont très bien, merci.

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