Une zone euro sans oxygène

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La baisse du taux directeur de la BCE est une bonne nouvelle. Mais elle ne suffit pas, estime Stéphanie Villersn économiste chez Inter Expansion | DR
La baisse du taux directeur de la BCE est une bonne nouvelle. Mais elle ne suffit pas, estime Stéphanie Villersn économiste chez Inter Expansion | DR (Crédits : DR)
La baisse des taux d'intérêt annoncée le 7 novembre est bienvenue. Mais ne pas agir sur le taux de change empêche la zone euro de renouer rapidement et durablement avec la croissance. Par Stéphanie Villers, économiste chez Inter Expansion

L'appréciation de l'euro est un sujet récurrent qui préoccupe la majeure partie des entreprises européennes. Elle reste, néanmoins, un problème sans réponse. Contrairement aux autres banques centrales, la BCE (Banque Centrale Européenne) n'a pas d'objectif de change, pour le plus grand bonheur de toutes les autres devises qui n'ont rien à craindre de la monnaie unique. L'euro, qui devait à l'origine ravir le titre de monnaie internationale au dollar, ou tout du moins le concurrencer, reste après plus de dix ans d'existence une variable d'ajustement déconnectée le plus souvent de ses fondamentaux économiques.

 La zone euro sort à peine la tête de l'eau

Ainsi, très récemment, la Banque centrale américaine (Fed) a décidé de reporter la fin progressive de sa politique monétaire expansionniste. Cette annonce a rassuré les investisseurs, qui peuvent encore compter sur une liquidité abondante sur les marchés et a aussi eu pour effet l'appréciation de l'euro face au dollar - de 5% en à peine un mois.

 Remettons cette hausse du taux de change de l'euro/dollar en perspective. La zone euro vient tout juste de sortir la tête de l'eau. Elle a quitté au troisième trimestre sa période récessive pour enregistrer une très faible accélération de l'activité. La croissance du PIB au printemps a progressé de 0,3% par rapport au trimestre précédent. Cette légère amélioration est arrivée à point nommé pour contrarier, du moins momentanément, les Cassandre qui annoncent depuis bien longtemps le déclin irréversible de la zone.

 

L'euro n'accompagne pas la rigueur

 Aujourd'hui, les gouvernements des pays membres du Sud commencent à entrapercevoir les quelques bienfaits de leur politique de rigueur. Les coûts salariaux vont dans le bon sens. L'Espagne et le Portugal enregistrent, de nouveau, un regain de compétitivité. La péninsule ibérique affiche une légère croissance au troisième trimestre (0.1% par rapport au deuxième trimestre), sa première hausse trimestrielle depuis début 2011.

 Une contribution plus favorable du commerce extérieur

Cette légère reprise s'explique en partie par une contribution plus favorable du commerce extérieur. Il y a quelques mois déjà, on constatait que les échanges hors zone euro progressaient dans le bon sens. Au deuxième trimestre, les exportations espagnoles étaient en hausse de 34% par rapport au point bas de 2009 et de 14% supérieures à leur niveau d'avant crise. La part de marché espagnol progresse avec le reste du monde et plus particulièrement hors zone euro. L'Espagne redevient compétitive.

 L'euro qui grimpe,  annihile les espoirs de reprise

Il y a donc une issue possible avec une reprise des échanges internationaux, et avec les Etats-Unis en particulier. Mais voilà que de nouveau, le taux de change s'en mêle. L'euro repart à la hausse pour des raisons exogènes et annihile d'un coup de revers les piètres espoirs d'une reprise de la zone euro par le commerce mondial.

La corrélation entre les variations du taux de change et les échanges extérieurs ne peut pas être indéfiniment occultée par les décideurs européens. La Grande-Bretagne, qui est restée volontairement à l'écart de la zone euro, profite aujourd'hui des effets de la dévaluation de sa monnaie. Dès 2008, la Livre Sterling a reculé de 20% vis à vis du dollar et de près de 15% par rapport à l'euro et sa compétitivité/change a été maintenue jusqu'à aujourd'hui. Résultat, le commerce extérieur est reparti et la croissance avec.

Le PIB a progressé de 0,8% au troisième trimestre par rapport au précédent, ce qui amène la croissance à 1,5% sur un an, donc bien en dessus des prévisions économiques de la zone euro. La valeur de la monnaie n'est pas l'unique raison de ce succès, la politique de rigueur budgétaire ainsi que le maintien d'une flexibilité du travail ont favorisé la reprise britannique.

 

La BCE quasi-impuissante

 Pour autant, la zone euro ne peut pas se reprocher le manque d'efforts sur les comptes publics. L'austérité a été le maître-mot de l'ensemble des pays d'Europe du Sud depuis la crise de la dette souveraine. Ce qu'il faut craindre à court terme, c'est l'absence de politique de change par la BCE. En laissant durablement l'euro s'apprécier, la plupart des pays membres, hormis l'Allemagne, ne va pas pouvoir profiter pleinement de la reprise qui s'installe en particulier aux Etats-Unis.

Une baisse des taux qui rééquilibre indirectement le taux de change

 La seule marge de manœuvre aujourd'hui pour la BCE est d'agir sur son taux directeur. En l'abaissant de 0,25% pour le mettre au même niveau que le taux américain (0,25%), elle rééquilibre indirectement son taux de change. Pourquoi agir sur son taux directeur ? La zone euro souffre de désinflation. La hausse des prix reste très faible, inférieure à 1% en octobre (en glissement annuel). Or, l'Institut monétaire européen n'a qu'un seul objectif, maintenir l'inflation autour de 2%. L'appréciation récente de l'euro, si elle se poursuit, risque de peser encore plus défavorablement sur les prix.

 Mettre en place une véritable politique de change

L'institut francfortois craint les tensions déflationnistes. L'exemple japonais montre l'engrenage de la baisse des prix et ses effets désastreux sur l'économie. Il montre aussi les piètres résultats des taux directeurs à zéro sur l'inflation. C'est pourquoi, si la première étape reste la baisse du taux de la BCE, la suivante qui concerne la mise en place d'une véritable politique de change de la zone euro est indispensable pour la croissance économique. Ne rien faire risque à terme de donner raison aux Cassandre.

 

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Commentaires
a écrit le 08/11/2013 à 10:27 :
Inutile de s'appeler économiste pour voir qu'on traverse une période de stagnation durable et qu'une guerre des taux de change est un risque majeur.
a écrit le 08/11/2013 à 8:56 :
Rappelons que la BCE a dans ses statuts de ne pas intervenir sur le taux de change.
Les français ont voté pour.
a écrit le 07/11/2013 à 23:05 :
Qu'est ce que ça peut signifier de l'oxygène dans la zone euro ? Qu'il manque à l'hydrogène pour produire encore plus de liquide ? Trafiquer la monnaie et en faire le veau d'or, est-ce vraiment le remède à l'étouffement économique de la société et à l'envahissante défiance ou méfiance envers les turpitudes des marchands du temple ? La zone n'est-elle pas qu'un foirail dévastateur même de son environnement.
a écrit le 07/11/2013 à 22:45 :
Quels types de problêmes créerait une déflation de l'euro ?

Les prix de nos propres produits sont maintenant devenus si chers par rapports aux prix de feu le franc que ce serait peut-être une bonne chose au contraire ?
(rappel : 1 baguette c'était environ 3 francs en 2000, soit environ 50 cents d'euros => maintenant c'est presque le double ... pour la même chose ...)
a écrit le 07/11/2013 à 22:44 :
Quels typent problêmes créerait une déflation de l'euro ?

Les prix de nos propres produits sont maintenant devenus si chers par rapports aux prix de feu le franc que ce serait peut-être une bonne chose au contraire ?
(rappel : 1 baguette c'était environ 3 francs en 2000, soit environ 50 cents d'euros => maintenant c'est presque le double ... pour la même chose ...)
a écrit le 07/11/2013 à 19:30 :
bravo tant que l euro sera surévalué les pays de cette zone euro resteront dans cette situation catastrophique et tant pis pour eux et tant mieux pour les usa le japon les brics et autres qui eux exportent grace à leur monnaie

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