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Rigueur: couper dans les dépenses, jusqu'où ?

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Ivan Best

Publié le 08 novembre 2013 à 16:41 - Mis à jour le 09 novembre 2013 à 16:15

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Mis encore plus sous pression par Standard & Poor's, François Hollande veut s'attaquer à la baisse des dépenses publiques. Mais jusqu'où tailler sans remettre en cause le modèle social français ? Au risque de mener une politique jugée plus à droite que celle de Sarkozy.

« Nous sommes allés aussi loin que possible dans la remise en cause du modèle social ». Ainsi s'exprimait un conseiller de Nicolas Sarkozy, avant l'entrée en campagne de celui-ci, pour sa réélection.

François Hollande va-t-il, lui, aller plus loin ? C'est la question posée, indirectement, par la « dégradation » de la note de la dette souveraine française par Standards & Poor's. L'agence souligne l'absence de marge de manœuvre budgétaire pour l'exécutif. Et fait un constat d'évidence : il n'est plus question d'augmenter les impôts, dans un contexte de ras le bol fiscal, selon l'expression lancée en août par le ministre de l'Economie lui-même, et qui a fait florès depuis.

Finies les hausses d'impôts, place à la baisse des dépenses

Pour réduire le déficit public, dans un contexte de croissance économique qui s'annonce durablement faible, le seul levier restant à actionner est celui de la baisse des dépenses. C'est du reste, ce que préconisent de longue date la commission européenne et l'OCDE. François Hollande a fini par adopter leur discours, soulignant dès sa conférence de presse de novembre 2012 le poids excessif des dépenses publiques. La lettre de mission envoyée récemment à deux anciens ministres du Budget (l'UMP Alain Lambert et le socialiste Martin Malvy), chargés d'identifier les économies possibles dans la sphère des collectivités locales, reprend avec force ce credo.

"La dépense dégrade notre compétitivité" affirme Hollande

« La dépense publique a atteint en 2012 un niveau sans précédent, 56% de la richesse nationale » leur écrit François Hollande. Le chef de l'Etat ajoute : « cette situation dégrade nos comptes publics et freine notre compétitivité sans garantir pour autant la préservation durable du modèle français de services publics ».

Enfin, diront en chœur la plupart des commentateurs, tandis qu'à droite, où l'on n'a jamais pratiqué la baisse des dépenses, on demandera à voir. En fait, il suffirait d'identifier les doublons au sein des administrations, d'avoir le courage de s'attaquer à la « mauvaise graisse » de la fonction publique, selon l'expression d'Alain Juppé, pour que soit résolu la question de la dépense, et avec elle celle du déficit.

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Aucun pays n'a vraiment diminué ses dépenses

Et si les choses n'étaient pas si simples ? D'abord, une observation strictement statistique, fondée sur les données officielles d'Eurostat et de l'OCDE : aucun pays n'a diminué ses dépenses, durablement. C'est en Allemagne que la rigueur a été la plus drastique, au début des années 2000, avec une baisse notamment de 0,7% en 2004 et de 1,3% en 2010. Mais sur la période 2001-2012, les dépenses publiques ont augmenté de 19% Outre Rhin, passant de 1.001 milliards d'euros à 1.191 milliards, soit une hausse équivalente à celle des prix.

Quant au Canada et la Suède, toujours cités en exemple, on ne peut guère parler de baisse des dépenses. Il est fait référence à leur gestion du milieu des années 90, peu après une crise financière redoutable. Mais les dépenses suédoises n'ont diminué qu'au cours d'une année (1996), et sur la période 1993-2001, elles se sont accrues de 13,5%, soit là aussi l'équivalent de l'inflation. Ce qui est certes une évolution inférieure à celle constatée en France, où, en lieu et place de cette stabilité en volume (une fois défalquée la hausse des prix), on trouve une hausse moyenne proche de 2% l'an. En tous cas, aucun pays n'a fait baisser durablement le montant global de sa dépense publique.

Une baisse en proportion du PIB, due à une forte croissance économique

Si celle-ci a diminué en proportion du PIB -c'est le ratio habituellement mis en avant-, dans un pays comme la Suède, c'est uniquement parce que la croissance économique a été forte, à partir du milieu des années 90,  notamment sous l'effet d'une dévaluation massive de la couronne suédoise (-20%). Bref, dire que la France devrait baisser le montant global de ses dépenses publiques d'une année sur l'autre et que c'est facile puisque d'autres l'ont fait, ne correspond pas à la réalité des chiffres.

D'où viennent les 56,6% du PIB?

Comment expliquer, alors, que le poids de la dépense publique est largement supérieur en France (56,6% du PIB en 2012) à la moyenne de la zone euro (49,9% du PIB, selon Eurostat), un dépassement qui paraît injustifiable, et qui imposerait des coupes drastiques et immédiates ? Bien sûr, il existe des gaspillages, en France. Le fameux mille-feuille territorial, l'addition de strates au niveau local, pourrait donner lieu à des économies substantielles. Mais celles-ci sont souvent surestimées. Si un ou deux points de PIB pourraient être ainsi économisés, en rationalisant l'action locale, c'est sans doute le maximum.

Le poids des dépenses sociales

Pour aller au-delà, il faudrait s'attaquer aux dépenses qui sont véritablement plus élevées en France qu'ailleurs, à savoir les dépenses sociales. Elles représentent 58% du total des crédits publics, et ce sont elles qui ont augmenté depuis trente ans. Elles sont plus élevées en raison du choix fait en France d'assurances sociales (maladie, retraite), à caractère public, alors qu'ailleurs, leur financement est plus largement de nature privée (les assurés paient autant, mais à des assureurs privés, il ne s'agit donc pas de dépense publique).

Couper vraiment dans les dépenses sociales ?

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La question est donc: pour s'attaquer vraiment à la dépense, François Hollande est-il prêt à couper dans les dépenses de retraite, d'assurance maladie, dans les allocations pour handicapés? Un président socialiste peut-il aller plus loin dans la remise en cause du modèle social que ne l'a fait son prédécesseur UMP ? Bref, peut-il doubler Sarkozy sur sa droite ?

Ivan Best

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