Et pourtant, il tourne !

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Le keynésianisme constitue bien la meilleure grille d'analyse de la crise économique et financière que subit la zone euro. par Michel Santi, économiste

Le keynésianisme fonctionne! Il nous aide à comprendre la crise économique et financière européenne, il nous en indique clairement les motifs et met en évidence les responsabilités. Idem pour les rares succès figurant au palmarès des politiques économiques mises en place en Europe depuis le déclenchement du psychodrame, toutes redevables au keynésianisme.

Ceux qui, stigmatisant des taux d'intérêt proches du zéro, prévoyaient les foudres de l'hyper inflation sont en effet bien silencieux aujourd'hui… Le « whatever it takes » lui-même asséné par Mario Draghi en été 2012 constitue du reste la plus belle des professions de foi keynésienne selon laquelle la BCE n'hésiterait pas à activer généreusement sa planche à billets dès lors qu'il s'agirait de sauver l'euro !

Une politique contracylclique nécessaire en cas de surchauffe, mas qui n'a pas été menée

Il n'est pas jusqu'au déclenchement même de la crise européenne que la théorie keynésienne basique n'ait vu venir. Comment en effet mener à bien une union monétaire dont les pays membres seraient nécessairement (un jour ou l'autre) confrontés à des chocs asymétriques, pour avoir perdu le contrôle sur leur politique monétaire? En faisant tout bonnement appel à l'outil keynésien par excellence, à savoir une politique contre cyclique … qui ne fut évidemment pas mise en chantier par des États européens incapables d'alourdir la fiscalité et d'intensifier la régulation dans une conjoncture de forte croissance économique.

Tout peut donc être expliqué à l'aune du prisme keynésien, entre autres cette absence de mesures contre cyclique qui devait conduire à une demande, à une consommation et à des investissements excessifs en Europe périphérique. Avec, à la clé, une inflation dont les effets immédiats furent une détérioration de sa compétitivité, dans un contexte où l'honneur était sauf puisque les sacro-saints critères du Pacte de Stabilité étaient respectés. Anesthésiés par l'euphorie ambiante, les dirigeants de l'époque ne se rendirent évidemment pas compte que leurs excédents n'étaient que la résultante de leurs bulles spéculatives, et que leurs soldes comptables (comme leur respect des critères des 3% et des 60%) étaient bien plus le signal d'une boulimie maladive que d'une saine gouvernance.

Maintenir l'inflation basse chez soi et encourager la hausse des prix chez les voisins, une recette allemande qui a marché

Pendant que l'Allemagne - stigmatisée alors comme étant l' »Homme malade de l'Europe » - creusait irrémédiablement l'écart du haut de son dumping salarial en profitant d'une inflation élevée chez ses voisins, tandis qu'elle mettait tout en œuvre pour la comprimer chez elle. La recette pour se tailler - dans le cadre d'une union monétaire - la part du lion en termes de compétitivité? Maintenez dans votre pays une inflation très basse et encouragez les poussées inflationnistes chez vos voisins…

Que faut-il de plus aux ennemis du keynésiannisme?

Comment expliquer à cette Allemagne qui exerce depuis plus de dix ans une intense pression sur la BCE visant à réduire encore et toujours sa tolérance à l'inflation, que le propre d'une union monétaire est d'abord d'avoir un objectif d'inflation qui soit commun à tous les pays membres ? Et comment expliquer les écarts de compétitivité flagrants entre Nord et Sud autrement que par ces écarts d'inflation ?

Si, à mesure de l'aggravation de la crise, l'austérité généralisée imposée en Europe ne fut pas prévue par les keynésiens, c'est qu'elle constituait une authentique aberration en regard de tous les fondements économiques, financiers et rationnels… qui devait logiquement se conclure en une seconde récession - celle de 2012 - et par la déflation - celle d'aujourd'hui! Pour autant, que leur faut-il, aux ennemis haineux du keynésianisme, pour enfin reconnaître leur échec? Encore plus de chômeurs, de pauvreté, d'inégalités et d'abus perpétrés par le monde de la finance?

 

 Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a auparavant conseillé des banques centrales après avoir été trader sur les marchés financiers. Il est l'auteur de :  "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience" et "L'Europe, chronique d'un fiasco politique et économique"

 

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Commentaires
a écrit le 24/06/2014 à 0:30 :
Hhmm... Pour ceux qui n'ont pas encore compris que nous étions, au niveau mondial, passés en régime oligarchique, continuez à regarder le foot, ça détend, y parait.
a écrit le 23/06/2014 à 22:14 :
Le keynésianisme, c'est bien beau quand nous entrons dans une crise conjoncturelle, mais quand on est dans une crise structurelle comme la France, cela ne marche pas. Quelle est la dernière année où la France n'a pas engrangé de déficit? Elle ne souffre certainement pas d'austérité mais plutôt d'obésité et 2008 et 2012 ne sont pas la cause de ses problèmes.

Je compare votre keynésianisme aux anciens communistes qui tentaient de nous démontrer que sur papier, cela pouvait marcher. ET bien non, pour des raisons purement électoraliste, les gouvernement ne voudront jamais couper et taxer lorsque l'économie est en croissance. Le seul remède à long terme reste ce que vous décrivez comme de l' "austérité", ou bien vivre selon ses moyens. On peut toujours engranger un déficit lors de crises conjoncturelles en investissant largement dans les infrastructures mais on doit toutefois prévoir un plan pour l'après.
Réponse de le 23/06/2014 à 22:52 :
Il croit en keynes, l'économiste tout puissant,
créateur de la vérité et de la relance.
Il est l'économiste né de l'économie,
le vrai économiste né de la vraie économie,
et par lui, tout a été expliqué...
Réponse de le 24/06/2014 à 0:27 :
"aux anciens communistes". Anciens..?? Ha bon..?? Et vos amis, ainsi que votre famille à qui vous donnez et qui vous donnent..??
Le vrai communisme d'état a existé en Russie pendant UN an par les Bolchéviques. Au bout d'un an, ils se sont tous fait exterminés.
Réponse de le 24/06/2014 à 11:18 :
C'est comme "la concurrence pure et parfaite", "la main invisible", "l'auto-régulation du marché", ça peut marcher "sur le papier"...
a écrit le 23/06/2014 à 21:38 :
je ne suis pas un" ennemi haineux" du keynesianisme .n'en déplaise à l'auteur de cet article qui visiblement ne doit pas supporter que des doctrines ou des pensées différentes des siennes puissent etre exprimées .Par contre , c'est vrai , je pense (mais je peux me tromper) que l 'application d'une politique keynesienne n'a quasiment jamais résolu le moindre probléme économique .
a écrit le 23/06/2014 à 19:09 :
La question de l'inflation n'est pas fausse, on le voit avec la Finlande mais... la crise n'est pas que européenne. Bien entendu, on entend curieusement(ironie inside) jamais parler du Glass-Steagall Act grâce auquel pourtant, pendant qu'il était actif, il n'y a eu aucune crise bancaire...
Les banques seraient bien inspirées de balayer un peu devant leur porte. Car ce que fait la BCE c'est bel bien aussi par leur faute. La fameuse hot money, c'est sûr qu'elle ne créé par de bulles au détriment des classes moyennes et populaires. Bien entendu.
a écrit le 23/06/2014 à 15:46 :
Croire que l industrie allemande domine la francaise grace a une manipulation monetaire (infaltion basse chez soi et pas ailleurs) ou par des salaries sous payes montre qu ela personne qui dit ca n y connait rien. Ce qui n est d ailleurs pas etonnant car l auteur est un financier. Vous pouvez avoir des gens brillant et meme tres bien payes si votre organisation est defaillante ou si comme en france vous avez une organisation pyramidale ou le sommet enarque meprise la base, ca ne marchera jamais !

PS: que je sache, ce ne sont pas les allemands qui ont pousse la france ou l espagne a avoir une bulle immobiliere et par consequent a pousser les salaires vers le haut (eh oui, il faut bien que les gens se logent)
Réponse de le 24/06/2014 à 10:04 :
" si comme en france vous avez une organisation pyramidale ou le sommet enarque meprise la base, ca ne marchera jamais !"

CQFD !
a écrit le 23/06/2014 à 15:20 :
Monsieur Santi. Comme ça, juste pour rire... Et si la crise n'était PAS qu'Européenne..?? Mais je peux me tromper...
a écrit le 23/06/2014 à 14:53 :
Je trouve très drôle que la dernière phrase de l'auteur ("Encore plus de chômeurs, de pauvreté, d'inégalités et d'abus perpétrés par le monde de la finance?") soit suivie par la biographie d'une personne qui ne sera certainement jamais son copain (" Michel Santi est directeur financier et directeur des marchés financiers chez Cristal Capital S.A. à Genève. Il a auparavant conseillé des banques centrales après avoir été trader sur les marchés financiers."). Comment? La même personne vous dites? Non!?!
Réponse de le 23/06/2014 à 15:19 :
Il est loin d'être le seul à avoir peur pour son système...
Réponse de le 23/06/2014 à 15:43 :
Je connais des traders encore en poste qui sont lucides et très inquiets pour le système. Tous les traders ne sont pas des malades, la plupart sont des gens normaux.
Réponse de le 23/06/2014 à 16:34 :
Je ne critiquais pas les traders, mais ce monsieur qui nous explique que le monde de la finance crée chômage, pauvreté, inégalités et qui se révèle en toute cohérence être un financier. J'imagine sans trop de supposition qu'il gagne très bien sa vie grâce à la finance, alors jouer les effarouchés de service quant à certaines pratiques des milieux financiers...

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