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Pour l'essentiel, les consommateurs français restent keynésiens

Photo de Ivan Best

Ivan Best

Publié le 18 juin 2014 à 14:52 - Mis à jour le 04 septembre 2014 à 14:39

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'Insee a étudié l'impact du déficit public sur le comportement des consommateurs: celui-ci reste très modeste. Les ménages français ont des comportements dits "keynésiens": ils sont prêts à dépenser la majeure partie d'un baisse d'impôt qui leur est accordée, même si elle financée par le déficit

En réduisant le déficit public, on redonne confiance, à la fois aux chefs d'entreprise et aux consommateurs, et cela permet de soutenir la croissance : les premiers investissent plus, et les seconds accroissent leur consommation. Cette affirmation, inspirée des théories libérales, tous les politiques français, de la droite au PS, l'ont reprise à leur compte au début des années 2010, quand, sous Sarkozy puis sous Hollande, des politiques de rigueur ont été mises en œuvre, à coup, principalement, de hausses d'impôts. Les résultats plus que mitigés de cette rigueur -sans parler des politiques menées en Grèce ou Espagne- ont amené ses défenseurs à mettre de l'eau dans leur vin libéral.

Mais l'idée reste, tout de même, selon laquelle, pour un revenu ou chiffre d'affaires donné, mieux vaut un déficit public en baisse, forcément favorable à l'investissement ou la consommation.

Qu'en est-il en réalité ? Les experts de l'Insee ont voulu le savoir, s'agissant des consommateurs. Leur conclusion est loin de confirmer les thèses en vogue. La hausse du déficit en 2009 puis sa réduction à partir de 2011 ont pu avoir un effet sur la consommation et l'épargne, mais modeste, et seulement à court terme.

Une thèse relancée depuis 1974

C'est un article théorique signé par l'économiste américain Robert Barro qui, dès 1974, a relancé l'idée que la baisse du déficit public, via des hausses d'impôts ou des coupes dans les dépenses, pouvait être favorable à la croissance. Une idée qui a, peu à eu, infusé, que la situation européenne semble démentir, la « consolidation budgétaire » ayant provoqué les dégâts que l'on sait en Europe, mais à laquelle s'accrochent nombre de responsables politiques, tout comme la Commission européenne qui les influence. A l'instar du fameux article des économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, qui aboutissait à la conclusion que l'endettement public ne peut dépasser 90% du PIB sans danger, un résultat entaché d'erreurs de calculs, l'article de Barro est très controversé.

L'équivalence ricardienne, il y a 200 ans déjà

Robert J. Barro n'a fait que reprendre et formaliser la théorie dite de l'équivalence ricardienne, du nom de l'économiste classique David Ricardo (1772-1823) qui l'a formulée le premier. La thèse de Barro ? Choisir de financer la dépense publique par le déficit et la dette (relance keynésienne) ou par des hausses d'impôt (en vertu du dogme libéral de l'équilibre budgétaire) n'a pas d'effet sur la croissance, lance-t-il en 1974, alors que règnent encore les théories keynésiennes. Son raisonnement ? Les agents économiques, quand ils voient le déficit se creuser, que ce soit en raison d'une hausse des dépenses ou une baisse des impôts, anticipent des hausses d'impôt à venir. Donc, ils épargnent un peu plus, ce qui annihile l'effet des mesures de relance par le déficit. Le choix du financement de la dépense est sans impact, c'est équivalent, d'où le terme « d'équivalence ricardienne ». On entend aussi par cette expression d'équivalence, le fait qu'une hausse du déficit public de 1% du PIB, par exemple, provoque une augmentation de l'épargne des ménages et des entreprises pour un montant strictement équivalent, de 1% du PIB.

Des hypothèses très fortes

Cette théorie a été formulée sur la base d'hypothèses très fortes, comme celle selon laquelle les ménages décident de consommer ou non en fonction d'anticipations rationnelles. Même des économistes très libéraux jugent l'article de Barro un peu mince dans sa démonstration, et soulignent que les conditions nécessaires pour valider sa conclusion sont rarement réunies. « Mais il fallait lancer ce pavé dans la mare, pour faire bouger les choses », estime un « fan » des théories néo-classiques de Barro .

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Ce que contestent fermement les économistes keynésiens, auxquels la crise donne raison : quand les Etats réduisent leur déficit, l'activité économique s'en trouve affectée, lourdement.

A partir de 2009, la consommation a dévié du revenu

Tout de même, à revenu donné pour les consommateurs -une fois prises en compte les hausses d'impôt-, n'y a-t-il pas un effet positif de la réduction du déficit, et réciproquement de sa hausse ? C'est ce que l'Insee a voulu voir. Les experts sont partis de l'idée que la consommation est, la plupart du temps, déterminée par l'évolution du revenu. Or, en 2009, les achats des ménages ont augmenté moins vite que leurs ressources -hausse de l'épargne-, tandis qu'entre 2010 et 2013, la consommation a au contraire progressé plus fortement que les revenus (baisse de l'épargne). Les statisticiens ont tenté de trouver des explications à ce phénomène. Un changement dans la structure des revenus ? Ce n'est pas probant.

Les experts ont remarqué, en revanche, que la hausse du déficit public en 2009 avait poussé l'épargne à la hausse, tandis que l'amélioration relative, à partir de 2010, des comptes publics, avait au contraire plutôt encouragé la consommation.

A l'aide de ses modèles, l'Insee a testé l'impact d'une baisse du déficit public sur la consommation des ménages. Une réduction du déficit correspondant à 1% du revenu disponible brut des ménages provoquerait au maximum une hausse de la consommation de 0,3%. Et ce seulement à court terme, l'année où intervient cette modification de la politique budgétaire.

Des consommateurs keynésiens

Cela confirme « l'absence d'équivalence ricardienne » écrivent les experts. Une telle équivalence voudrait que 1% de déficit en moins provoque 1% de consommation en plus... ce qui est donc loin d'être le cas.

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Les ménages restent donc largement keynésiens : si un gouvernement leur accorde une baisse d'impôt, non financée par une réduction des dépenses publiques, donc susceptible des les inquiéter pour l'avenir, ils en consomment tout de même l'essentiel. Pour 100 euros de « cadeau fiscal », seuls 30 euros seraient épargnés. Alors que la théorie de l'équivalence ricardienne voudrait qu'un allègement d'impôt de 100 euros financé par un déficit accru (et donc non « couvert » par des coupes dans les dépenses) provoque une épargne supplémentaire de 100 euros.

Ivan Best

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