Quand les commerçants se rebellent contre des hypermarchés monstrueux

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(Crédits : DR)
A Montpellier et Perpignan, les commerçants s'opposent aux projets d'installations d'hypermarchés aux portes de la ville, projets souvent soutenus par es élus locaux. par Franck Gintrand, Directeur général de Global conseil corporate

À Montpellier et Perpignan, deux projets de centres commerciaux attisent la colère des commerçants confrontés au phénomène de l'étalement urbain, à la concurrence acharnée des zones commerciales de périphérie, le tout dans un contexte économique particulièrement tendu. Dans ces deux villes du sud, le combat promet d'être rude tant les intérêts en jeu semblent opposés. Explication.

Des monstres aux portes des villes ?

À Perpignan, un projet d'implantation d'un centre commercial de 15.000m2, le Carré d'Or, inquiète les commerçants de centre-ville. Entamé en 2007, le projet était destiné à l'origine à accueillir essentiellement des surfaces commerciales pour l'équipement de maison et la restauration. Mis de côté pendant quelque temps, le chantier a été relancé en 2010, mais en intégrant de vastes modifications qui l'ont éloigné du premier cahier des charges. Désormais, le complexe commercial  sera principalement dédié à l'équipement de la personne. Ce qui n'est évidemment pas sans provoquer la colère des commerçants de Perpignan, regroupés autour de l'association LOCOS, qui voit dans ce projet un concurrent direct et sérieux, menaçant à moyen terme la rentabilité des commerces du centre-ville.

À Montpellier, les commerçants sont confrontés à un problème sensiblement identique, avec le projet de centre commercial « Ode à la mer ». Malgré un nom relativement poétique, le projet apparaît comme gigantesque et dangereux pour les commerçants du centre-ville. Il s'agit d'implanter un complexe commercial de 110.000m2, dont 70.000 à 90.000m2 seront destinés à accueillir des enseignes commerciales, soit plus que la surface cumulée des deux centres commerciaux régionaux que compte actuellement Montpellier. Là encore, le projet Ode se voulait, à l'origine, bien moins ambitieux : il s'agissait d'un simple transfert d'équipements commerciaux déjà existants vers un complexe de 5000 m2. Depuis, les choses ont bien changé. « Devenu un monstre, ce centre commercial ne laisse plus aucune marge pour créer d'autres commerces ailleurs sur Montpellier dans les dix prochaines années. Pire encore il risque bien de tuer les commerces de centre-ville, qui souffrent pourtant déjà beaucoup », s'alarme Alain Simon.

Des décideurs locaux sur la sellette

À Perpignan, le projet d'implantation du Carré d'Or a pris une envergure éminemment politique au cours des dernières élections municipales, poussant les différents candidats à prendre position. Jean-Marc Pujol (UMP), depuis réélu maire de Perpignan, faisait partie de ceux qui s'étaient explicitement opposés au projet durant la campagne.

Aujourd'hui les choses semblent différentes puisque Jean-Marc Pujol a signé personnellement la prorogation du permis de construire. Une décision que la LOCOS, l'association des commerçants de Perpignan, a interprétée comme un blanc-seing pour le promoteur. Décision que les commerçants jugent illégale dans la mesure où le permis de construire aurait déjà expiré depuis longtemps au moment de la prorogation. La justice devrait bientôt trancher sur ce point.

À Montpellier, les commerçants ne sont pas non plus en reste face à l'évolution du projet Ode : par la voix de la FADUC, association représentant les commerçants duc entre-ville, ils ont exprimé leur mécontentement auprès du maire de la ville, Philippe Saurel, ainsi qu'auprès d'André Deljarry, président de la CCI. Ce dernier, pourtant chargé de représenter les intérêts de tous les entrepreneurs et commerçants de la région, soutient sans réserve l'Ode à la mer. Pour quelles raisons ? L'argumentation de Deljarry demeure pour le moins obscure pour le moment ...

Comme un air de poudre

Mis sous pression par la FADUC, André Deljarry avait malgré tout proposé la mise en place d'un moratoire dans le choix de l'aménageur jusque décembre 2015. Moratoire qui n'a cependant pas empêché l'avancée des travaux, puisque l'opérateur chargé de la construction vient d'être choisi début octobre. À croire que le moratoire ne visait qu'à calmer les esprits le temps que les choses se tassent ... Ce qui ne risque pas d'arriver, compte tenu du vent de révolte qui souffle sur les commerçants de la ville. Alain Simon est catégorique : « Une chose est sûre : nous refuserons Ode tant que des progrès significatifs n'auront pas été réalisés pour redynamiser le centre-ville, qui constitue le poumon économique de la ville et, plus largement, de la Métropole ».

Des élus sur la défensive

A force de tergiverser et de tenir des discours contradictoires, les élus locaux se sont mis à dos les commerçants. Même quand les maires sont à droite, comme c'est le cas à Perpignan. Pour Nadia Kharbouch, porte-parole de LOCOS, « le maire ne s'intéresse aujourd'hui qu'aux grandes chaînes d'hypermarchés et considère que les commerçants indépendants ne sont pas des acteurs économiques à part entière. ». Selon elle, les décisions du maire sont guidés par une logique gestionnaire bien éloignée de l'intérêt public : « l'implantation d'un centre commercial implique des ventes de terrain, de nouvelles taxes, de nouveaux emplois et donc des rentrées fiscales pour la municipalité, qui, en temps de restriction budgétaire, cherche par tous les moyens à faire rentrer de l'argent, même si le prix à payer, à terme, est la mise à mort du commerce de centre-ville ».

Une situation confuse à Montpellier

À Montpellier, la situation est particulièrement confuse. En mai dernier, P. Saurel a annoncé vouloir stopper Ode, le temps d'un audit financier. En cause, le montant du projet, estimé à 250 millions d'euros. Mais l'audit se fait attendre. Le président de la CCI, quant à lui, soutient plus que jamais la réalisation de l'opération, et semble avoir raison d'espérer son aboutissement, puisque l'opérateur vient d'être choisi. Voici dix jours, Montpellier Agglomération a choisi Frey pour réaliser l'acte un du projet "Ode à la Mer". Aux dires du promoteur, il Il s'agit d'un vaste projet, "unique en Europe à son échelle". Une ambition qui ne rassure pas vraiment les commerçants !

Dans les deux villes, le bras de fer n'en est donc qu'à ses débuts. À Perpignan, les commerçants ont organisé plusieurs manifestations, et ont également décidé de faire un recours devant le tribunal administratif, afin d'empêcher la prorogation du permis de construire du Carré d'Or. Il s'agit pour eux de contrer par tous les moyens ce projet. Une voie juridique que va également emprunter la FADUC, suite au choix du promoteur Frey pour la construction du projet Ode.

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Commentaires
a écrit le 29/10/2014 à 21:23 :
Touchaient pas d'enveloppes bien remplies , il y aurait moins d'injustice , mais de nos jour , tout est corrompu , pourri ,faussé , seul compte l'argent , uniquement l'argent !!! Les exemples ne manquent pas ...demandez a leclerc ce qu'il en pense !!!
a écrit le 28/10/2014 à 15:57 :
Il ne restera aux centre villes que des maisons de retraite et des vieux pour les vieux
a écrit le 28/10/2014 à 13:15 :
allez les finances sont à sec ,alors on tente de pomper du fric pour assurer sa retraite d'élu et de fonctionnaire territorial ,et tous les moyens sont bons.
a écrit le 28/10/2014 à 11:50 :
y a deja un auchan a perol, non? ils veulent le mettre ou? a richter?

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