La grande distribution écrase les coûts… et les fournisseurs

 |   |  593  mots
Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi./ DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, les grands distributeurs écrasent les coûts… et leurs fournisseurs.

La déflation est maintenant une donnée. Dans la grande distribution, les prix des produits de grande consommation baissent depuis un an maintenant. Le recul atteint 0,8% soit le niveau le plus bas depuis 2006, début du calcul de la série. Et disons le tout de suite : pour casser les prix, il faut écraser les coûts.

Toujours plus

Conséquence, les enseignes s'organisent pour s'adapter à cette guerre des prix qui s'enracine. Pour faire bref, elles massifient leurs achats pour accroitre encore leur pouvoir de négociation et obtenir toujours plus de réduction de leurs fournisseurs. C'est dans ce cadre qu'il faut replacer les rapprochements des centrales d'achat.

D'abord celle d'Auchan et de Système U en septembre dernier. Une alliance pour négocier ensemble les achats des marques internationales et nationales hors produits frais issus de la filière agricole.

Un mois après, voilà qu'Intermarché et Casino s'allient à leur tour. On assiste donc à un bouleversement total de l'ordre établi et de la puissance de feu des principales centrales d'achat. Pour mémoire avant les intégrations encours, le duo composé de Carrefour et Leclerc se détachait avec environ 20% de part de marché en valeur début septembre selon les données du panéliste Kantar Worldpanel. Un duo suivi d'un quatuor (Intermarché, Casino, Auchan et Système U) représentant entre 10 et 15% de part de marché chacun, le reste du classement étant essentiellement complété par les hard-discounteurs.

Quatre leaders

Désormais, c'est l'ensemble Intermarché-Casino qui prend la tête avec près de 26% de part de marché. Derrière au coude à coude, Carrefour, une fois que le groupe aura intégré DIA, et le couple formé par Auchan et Système U. Vient ensuite Leclerc qui est légèrement détaché.

Ensemble, ces quatre-là c'est près de 90% du marché. Il s'agit donc bien de mener une stratégie fondée sur la domination par les prix et par les coûts. On comprend alors un peu mieux l'émoi pour ne pas dire l'effroi des entreprises de l'agro-alimentaire au moment où s'ouvre la période des négociations entre fournisseurs et distributeurs. La remontée de leur taux de marge entre la mi-2012 et la mi-2013 n'aura été qu'un feu de paille.

Et une nouvelle phase de baisse de grande ampleur est commencée, comme ce fut le cas entre 2008 et 2010 après deux ans d'accalmie, comme ce fut le cas entre 2005 et 2006, avec à chaque fois des planchers de plus en plus bas. Le risque, c'est que le nombre de dépôts de bilan reparte à la hausse.

Le piège de la déflation

Notre indicateur Xerfi-Risk, qui mesure le risque de défaillance, remonte dans l'industrie alimentaire et n'est plus très loin de la barre des 60, frontière qui marque l'entrée dans la zone de risque élevé. Le danger est connu. C'est celui du délitement, voire de la disparition, d'une filière. L'effondrement du textile, de l'habillement, de l'électronique grand public et du petit électroménager est là pour le rappeler.

Autre victime collatérale, plus inattendue, le hard-discount. Au fur et à mesure que les petits prix deviennent la norme et non-plus l'exception, ses parts de marché s'effilochent. La guerre des prix n'est pas terminée, la liste de ses victimes ne fait que commencer! Et le piège de la déflation semble se refermer chaque jour un peu plus.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/11/2014 à 12:51 :
Rien de nouveau c'est l'essence même du capitalisme, se faire de l'argent sur le dos des autres . . . .
a écrit le 02/11/2014 à 11:31 :
c'est grâce à des Lidl et Aldi que nous en sommes arrivés la.
a écrit le 02/11/2014 à 2:48 :
ben alors ça sert à rien de pleurnicher, ils n'ont qu'à changer de métier comme toiut le monde. Personne ne les force à faire ça, si ça leur convient pas.
a écrit le 01/11/2014 à 22:02 :
Au fait pourquoi y a-t-il aussi peu de PME-ETI en France ?
Réponse de le 02/11/2014 à 2:46 :
au fait, pourquoi il pleut tellement ?
a écrit le 01/11/2014 à 12:22 :
Il faut que les fournisseurs baissent leurs prix pour être sélectionnés par les centrales d'achat., Bon, mais alors il y a une limite pour le fournisseur français. Il est écrasé par les charges, passé cette limite il fait faillite, donc chômage car les fournisseurs fabriquant à l'étranger eux, moins taxés, ayant moins de charges peuvent aller un peu plus loin dans la baisse. Donc, nous sommes morts sauf si l'état, enfin réduit ses dépenses et aligne les charges sur celles des pays en compétition avec nos industries.
C'est pas demain la veille. Préparez vous à mourrir et merci a E. ZEMOUR d'essayer de nous alertr.
Réponse de le 02/11/2014 à 11:13 :
LES GENS NE TRAVAILLERONS JAMAIS POUR UN BOL DE RIZ ?? DITE LE A ZEMOUR ?ZEMOUR SA COMMENCE PAR UN Z COMME ZERO POINTE
a écrit le 01/11/2014 à 10:55 :
Cela participe au délitement du système. Les grandes enseignes de la distribution font baisser les prix chez leurs fournisseurs, ce qui engendre des problèmes de trésorerie chez ces mêmes fournisseurs, qui agissent sur les salaires, génère du chômage et crée de la pauvreté. Plus de pauvreté, c'est d'autant plus de clients pour les grandes surfaces qui proposent des prix bas... tout en améliorant leurs marges. La solution serait de boycotter les grandes surfaces... mais le portefeuille des clients ne le permet pas.
Au final , lorsqu'on est "coincé" il ne reste plus que la solution violente pour faire tomber le système... et on y viendra inexorablement.
a écrit le 01/11/2014 à 8:32 :
Xerfi se réveille!La grande distribution écrase les fournisseurs mais aussi les clients.Je prétends que si la grande distribution était moins puissante les prix baisseraient,regardez les prix sur les marchés alimentaires!
a écrit le 31/10/2014 à 20:19 :
au risque de me répéter : les grands groupes industriels (de l'automobile en particulier) font exactement la meme chose
Réponse de le 01/11/2014 à 9:53 :
Ce sont toujours les mêmes qui écrasent les coûts… et leurs fournisseurs, les adhérents du MEDEF CAC 40 qui flinguent tout ce qu'il y a en dessous,
et dire que la CGPME UIMME ET FNSEA flirtent en traittres avec ce MEDEF de voyous !
Les moyens et petits patrons sont vraiment pris pour ce qu'ils sont, des béni oui oui benets pouffs.
a écrit le 31/10/2014 à 20:03 :
Notez, la qualité avait déjà commencé à baisser, ça va juste amplifier le mouvement. Et vu les marges de ces commerçants, c'est littéralement honteux.
a écrit le 31/10/2014 à 19:48 :
oui entirement d'accord mais attention c'est pour notre bien assurent ils !! ecraser les societes qui produisent des biens de consommation mais aussi l'alimentaire (filieres viandes). C'est la politique d'ecrabouillage, d'essorage des marges ... moralite, c'est des licenciements et l'approvisionnement a l'etranger, comme on l'a fait pour le textile depuis trop longtemps. A venir l'alimentaire... mais c'est pour notre bien assurent ils ... Qu'on se le dise !!!
a écrit le 31/10/2014 à 19:30 :
BONNE ANALYSE? ILS VONT TUEZ LES PRODUCTIONS NON SEULEMENT MATERIEL MAIS PAYSANNERIES?? ONT DEVREZ INTERDIRE DE TEL CHOSSES?QUI DETRUIE L EMPLOIES ???
Réponse de le 31/10/2014 à 20:17 :
il faut mettre de l'eau dans le pastis, sinon on ça craint. Sinon , bon apéro :::
a écrit le 31/10/2014 à 17:58 :
ne fait que commencer...(c'est mieux écrit comme ça).

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :