Brics : la grande divergence

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(Crédits : DR)
Peut-on encore parler de BRICS? Il est de plus en plus difficile d'évoquer un groupe cohérent à propos de de ces pays (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sude) alors que l'écart se creuse entre producteurs et consommateurs de matières premières. par Pierre Pinel, CIO Allocation d'actifs et Yann Schorderet, Stratégiste quantitatif, Mirabaud Asset Management

Que ce soit au niveau des devises, des actions ou des obligations, les chemins pris par les cours des actifs émergents ont fait preuve d'une très grande diversité cette année. Au sein des quatre plus grands pays émergents, le rouble et le real brésilien ont été les grands perdants de la période sous revue. Dans les faits, la valeur du rouble s'est effondrée de plus de 40% depuis le premier janvier. Limitant la casse, le real s'est déprécié d'environ 10% contre le billet vert. À l'autre extrême, la roupie s'est montrée ferme contre le principal mouvement qui aura marqué 2014 sur le plan des marchés des changes, à savoir la remontée en force du dollar US. La roupie a donc réussi là où même le renminbi a failli ! Pour la première fois depuis 10 ans, la monnaie chinoise pourrait terminer l'année en retrait par rapport à la valeur de la principale réserve de change.

 Les actions indiennnes en forte hausse, les titres russes en berne

Un classement similaire est valable pour les actions. Avec une performance de près de 30%, la bourse indienne arrive en tête de liste des performances annuelles. Les actions chinoises ont connu des évolutions très contrastées selon les indices de référence de Shanghai ou de Hong Kong. Loin derrière, les valeurs russes n'ont pas réussi à dégager un quelconque rendement malgré une très forte volatilité. Le marché obligataire reflète aussi ces divergences. Alors que le taux de rendement à 10 ans de l'emprunt gouvernemental indien s'est resserré de plus de 90 points de base depuis le premier janvier, son homologue russe a explosé de plus de 600 points au cours de la période.

 Producteurs ou consommateurs de pétrole

Que peut-on déduire de ce constat ? La diversité de ces résultats montre qu'il n'est plus approprié de concevoir les grands pays émergents de manière agrégée. Le célèbre amalgame BRICS perd ainsi son utilité sous l'angle de l'investissement. Dans ce cadre, le rapport de ces pays aux biens de première nécessité est intéressant. Outre l'appréciation du dollar, quel autre événement aura marqué ce millésime des marchés financiers ? Le prix du baril de pétrole a chuté de près de 50% ! Alors que la Russie et le Brésil sont deux gros producteurs de matières premières, l'Inde et la Chine en sont essentiellement des consommateurs. Si l'économie des premiers est axée sur l'extraction de ces produits, l'économie des seconds en fait l'utilisation. Si une baisse du prix du baril tend à péjorer les recettes des premiers, elle allège les coûts d'importation des derniers.

 Le Venezuela dans la crise

Certes, on ne peut se résoudre à relier les performances des actifs émergents à ce simple argument. La crise ukrainienne et les problèmes de gouvernance économique au Brésil ont fortement pesé sur les cours des actifs financiers cette année. Toutefois, sans se prononcer sur ces éléments difficilement prévisibles, les gagnants et les perdants continueront d'être influencés par le thème évoqué. En cas de chute continuelle des prix des matières premières, il est à craindre que tant les actions que les obligations des pays producteurs soient encore mis sous pression. Au-delà des grands pays émergents, le cas du Venezuela définit un exemple tonitruant. Les titres de créances associés ont subi les craintes des investisseurs de voir le pays en difficulté financière en raison d'une baisse des produits pétroliers.

 Apprécier la dette des pays émergents selon le poids des importations de produits bruts

Au contraire, les pays importateurs profitent de la désinflation qui permet aux ménages d'alléger le budget destiné aux biens de première nécessité et d'allouer leurs dépenses différemment. De surcroît, elle permet aux banquiers centraux d'assouplir leur politique monétaire. Dans cette perspective, la dette émergente présente des opportunités intéressantes selon le poids prépondérant des exportations ou des importations de produits bruts. En particulier, les taux de rendement indiens, encore très élevés par rapport aux pays développés,  pourraient encore s'abaisser. En dehors des quatre grands émergents, les actifs indonésiens apparaissent également attractifs sous l'angle de la baisse des prix de l'énergie.

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Commentaires
a écrit le 03/01/2015 à 16:18 :
" Alors que la Russie et le Brésil sont deux gros producteurs de matières premières, l'Inde et la Chine en sont essentiellement des consommateurs. Si l'économie des premiers est axée sur l'extraction de ces produits, l'économie des seconds en fait l'utilisation."
Quel meilleur argument pour une monnaie forte et une main d'oeuvre bon marché !
De même pour la France si elle remplaçait les cotisations sociales par la TVA qui n'est pas comptée pour l'exportation !
Moins de concurrence et plus de solidarité, c'est ce dont nous avons besoin ! Les produits importés paieraient nos charges et les robots aussi !
Donc compétitivité accrue par les 2 bouts !
a écrit le 02/01/2015 à 11:28 :
En fait tout est bon pour l'Occident tétanisé par la peur ,pour tenter de rabaisser ce nouvel axe économique qui va nous dépasser bientôt !
La seule chose que l'on peut déduire c'est que le libéralisme n'est plus viable !
Réponse de le 02/01/2015 à 14:00 :
Les poutinolâtres toujours dans le déni du réel malgré la nouvelle année ?

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