Brics : des géants aux pieds d’argile ?

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(De G à D), la présidente du Brésil Dilma Rousseff, le Premier ministre indien Manmohan Singh, le président russe Vladimir Poutine, le président chinois Xi Jinping et le président sud-africain Jacob Zuma après la réunion des BRICS lors du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, le 5 septembre. REUTERS/Sergei Karpukhin.
(De G à D), la présidente du Brésil Dilma Rousseff, le Premier ministre indien Manmohan Singh, le président russe Vladimir Poutine, le président chinois Xi Jinping et le président sud-africain Jacob Zuma après la réunion des BRICS lors du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, le 5 septembre. REUTERS/Sergei Karpukhin. (Crédits : Reuters)
En prévenant qu'elle allait mettre fin à sa politique de soutien à l'économie américaine, la Fed a favorisé le retour des investisseurs internationaux en Amérique du nord et en Europe, ce qui a pour effet de fragiliser les économies émergentes, qui s'organisent pour s'adapter à cette nouvelle donne.

En 2009, les économies émergentes sortaient à toute vitesse de la crise financière mondiale de 2008 dans laquelle les Etats-Unis et l'Europe, eux, restaient enlisés. Cette dernière allait même s'enfoncer davantage dans les sables mouvants de la crise des dettes publiques. C'était l'époque où certains experts parlaient de "découplage" voire de "grand basculement". Ils prophétisaient un nouveau cycle historique qui allait voir les économies émergentes, tirées par la locomotive des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), prendre le pouvoir sur les économies développées.

 Un lien très étroit avec les économies développées

Cette perspective s'avère désormais moins évidente. Il aura suffi que la réserve fédérale américaine annonce qu'elle mettrait fin prochainement à sa politique monétaire accommodante (taux quasi-nuls et rachat mensuel de 85 milliards d'actifs) de soutien à l'activité des États-Unis pour fragiliser la position des puissances émergentes, prouvant qu'elles restent étroitement dépendantes des économies développées.

La Fed juge que la croissance américaine est en train d'amorcer une reprise durable cette année (+1,7% selon l'OCDE), qui devrait accélérer en 2014. Et on commence même à voir des relocalisations industrielles en Amérique du nord.                                                                               

Mais le véritable phénomène tangible, c'est l'inversion des flux des capitaux internationaux. Après s'être déversés sur les économies émergentes, ils sont en train de revenir en Amérique du nord et même en Europe.

 La roupie indienne s'est dépréciée de 25 % en 6 mois face au dollar

Ce mouvement a pour conséquence d'affaiblir certaines devises. Le cas le plus spectaculaire est celui de la roupie indienne, qui s'est dépréciée de quelque 25 % en 6 mois par rapport au dollar. Une dévalorisation qui renchérit le prix des importations et alimente l'inflation. La hausse des prix est particulièrement sensible pour les denrées de base et l'énergie dont les cours sont fondés sur le dollar. Ce qui entraîne inévitablement des troubles sociaux : les exemples égyptien, brésilien et turc sont venus le prouver récemment. Sans compter que cette hausse des prix pèse sur les budgets des États qui subventionnent les produits de première nécessité.

Ce cocktail d'assèchement partiel des investissements et de retour de l'inflation pèsera inévitablement sur l'activité. Ainsi, le FMI a révisé à la baisse le taux de croissance des BRICS : de 0,5 point pour le Brésil, de 0,3 point pour la Chine et de 0,2 point pour l'Inde. Quant à la Russie, elle est entrée en récession au premier semestre. Cette semaine, les autorités chinoises ont annoncé qu'elles s'attendaient désormais à une augmentation du PIB en 2014 de 7 %, enterrant définitivement les taux de croissance à deux chiffres qui étaient monnaie courante durant la décennie précédente.

Des économies qui deviennent matures

En soi, ces ralentissements sont logiques. Les émergents devenant de plus en plus riches, leurs modèles tendent à se rapprocher de ceux des économies dites développées. Ainsi, une part de l'inflation provient de l'augmentation des salaires, réclamés par une population au sein de laquelle se développe une classe moyenne importante.

Face à cette situation, les BRICS ne restent pas inactifs, et la traversée de cette zone de turbulences pourrait être l'occasion de renforcer leur coopération. "Les membres du groupe des BRICS doivent conjuguer leurs efforts pour maintenir et promouvoir l'ouverture de l'économie mondiale, s'opposer au protectionnisme commercial, sauvegarder le système de commerce multilatéral et faire avancer le Cycle de négociations commerciales de Doha", déclarait ainsi le président chinois Xi Jinping, lors de la réunion des BRICS en marge du sommet du G20 de Saint-Pétersbourg qui s'est tenu au début du mois de septembre.

Un montant de réserves de changes de 8.700 milliards de dollars

Et puis, ces pays ont des ressources. Ils totalisent un montant de réserves de changes s'élevant à quelque 8.700 milliards de dollars, de quoi résister durant les périodes difficiles. Et ils prennent des décisions, comme ce fonds commun qui sera abondé à hauteur de 100 milliards de dollars (la Chine contribuant à elle seule pour 41 milliards de dollars), et qui sera précisément destiné à une meilleure absorption des chocs financiers. Également en chantier : une banque de développement dotée de 50 milliards de dollars, pour favoriser des investissements dans de nouveaux projets.

Mais l'utilisation de ces outils devrait donner lieu à des débats houleux à l'image de ceux qui ont secoué la zone euro. Car chez les économies émergentes, il y aussi les cigales et les fourmis. Si la Chine fait partie de la première catégorie et joue un rôle analogue à celui de l'Allemagne, en revanche, la Turquie, le Brésil et l'Inde font partie de la seconde catégorie, avec un endettement élevé et des balances commerciales très déficitaires. Bref, les émergents sont en train de se banaliser, comme si nous passions réellement d'un monde bipolaire à un monde multipolaire.

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