Apple, ou le capitalisme à pleines dents

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(Crédits : DR)
Apple est une devenue une gigantesque machine à sous, pour le plus grand profit de ses actionnaires, mais au détriment des finances publiques des Etats-Unis. Par Michel Santi, économiste

Apple gagne de l'argent - beaucoup d'argent! En fait, Apple fait plus d'argent qu'aucune société n'en a jamais gagné et se retrouve, logiquement, avec des montagnes de cash. Soit avec quelques 200 milliards de dollars, plus que la Trésorerie fédérale US! Certes, c'est les actionnaires qui sont les propriétaires ultimes de ces liquidités monumentales car Apple est une société cotée en bourse. Actionnariat qui délègue à la direction exécutive d'Apple la gestion de cette trésorerie.

Durant la première moitié du XXème siècle, c'est sous forme de dividendes distribués par les sociétés à leurs actionnaires que s'opérait la plupart du temps le paiement de ces surplus en trésorerie. C'est précisément pour les dividendes escomptés que les investisseurs sélectionnaient puis achetaient leur portefeuille titres, comme c'est le montant de ces dividendes qui servait souvent de base pour déterminer la valorisation d'une action cotée en bourse. Les directions des entreprises cotées étaient pertinemment au fait que c'est les distributions de dividendes qui attiraient les investisseurs qui ne les boudaient pas. Du reste, deux-tiers des sociétés listées sur les différentes bourses de New York s'acquittaient de dividendes en 1978.

 Moins de sociétés distribuant des dividendes, mais...

Pourtant, la proportion de sociétés qui en distribue s'est effondrée à environ 20 % aujourd'hui avec néanmoins une autre différence fondamentale qui est que celles qui continuent à payer des dividendes à leurs actionnaires le font en quantités bien plus impressionnantes. Apple -qui a renoué avec cette tradition du dividende en 2012- en fait partie, et ses règlements en faveur de ses porteurs de parts sont même les plus importants au monde.

D'autres artifices

Mais il y a également d'autres artifices permettant de redonner de l'argent à son actionnariat qui consistent tout bonnement pour une entreprise à racheter en bourse ses propres actions, avec pour conséquence mécanique de faire monter le cours de cette même action par le simple jeu de l'offre et de la demande. De fait, c'est cette méthode qui est très largement plébiscitée depuis une trentaine d'années, sachant que -là aussi- Apple caracole en tête des plus importants « buybacks » de l'histoire financière mondiale puisque c'est elle qui a opéré trois des cinq plus importants rachats d'actions de l'histoire de l'indice Standard & Poor's américain.

Une gigantesque machine à sous

La boucle est donc bouclée et le cas entendu: Apple est une gigantesque machine à sous, un monstrueux instrument à générer du profit, qui redistribue à ses propriétaires une partie des fastueuses liquidités inondant ses caisses et comptes bancaires. Pas si vite! Car, en réalité, Apple ne retourne pas à ses actionnaires son propre cash mais -très étrangement- de l'argent qu'elle sollicite aux marchés! Les dividendes payés, comme les sommes permettant ses propres rachats d'actions, ne sont effectivement pas puisés par Apple sur ses bénéfices engrangés mondialement.

Et pour cause car elle devrait payer des impôts considérables aux Etats-Unis si elle devait rapatrier une partie de ses profits pour les restituer à ses actionnaires. Les patrons d'Apple préfèrent donc emprunter ces sommes aux taux actuels du marché notoirement favorables et économiser ainsi le différentiel l'autorisant à majorer davantage son profit pour cause d'impôts US non payés car non dus.

Par ailleurs, et au cas où vous vous interrogeriez sur le motif pour lequel les entreprises préfèrent aujourd'hui procéder à des rachats de leurs propres actions en lieu et place de distribuer des dividendes, ils sont bien faciles à comprendre. Les actionnaires sont en effet imposés nettement moins dans le cadre de rachats d'actions de la part d'une société qui, pour eux ne sont que des plus values latentes du fait de l'appréciation de leur titre, que de paiement de dividendes qui sont en fait des revenus et qui sont taxés en tant que tels. Autre manière fort attentionnée pour Apple (et pour bien d'autres) de caresser et de favoriser son actionnariat.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 09/11/2015 à 15:07 :
Apple est avant tout une société de marketing. Son but (atteint) est de profiter de ventes (où le mark up est, au minimum, de 5) de produits que les acheteurs pensent "de luxe", alors que fabriqués à la chaîne dans des usines chinoises... L'avantage qu'ils ont sur l'immobilier américain, c'est que la facture est digérée plus rapidement; même pour des smicards, qui sont la majorité de leur marché. Et leur expertise, c'est de faire raquer chaque année ces mêmes clients, de leur écôt. WV est petit, à côté...
a écrit le 09/11/2015 à 9:51 :
Pour résumé, les groupes internationaux ont fait un pas de plus dans le parasitisme puisqu'après la production quasi exclusive hors des pays de consommation principaux, ils ne payent dorénavant plus les impôts qui permettent aux Etats de garantir et leurs droits de propriétés et un vaste marché solvable. Ce qui explique la crise mondiale actuelle, le marketing et l'endettement des consommateurs de pays émergents permettant à une société comme Apple de contrer pour l'instant le rétrécissement des marchés occidentaux du fait de l'explosion des inégalités dans ces pays. Pour l'instant.

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