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Bourse : pourquoi faut-il réfléchir avant d'investir ou vendre tout de suite en 2022 ?

Gabriel Gaspard

Publié le 06 janvier 2022 à 12:08 - Mis à jour le 07 janvier 2022 à 11:38

Etats-unis: la fed pourrait devoir relever ses taux plus tot que prevu

Photo d'illustration

Yuri Gripas

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OPINION. Fin 2021, la Bourse de Paris atteint un niveau historique malgré la déferlante du variant Omicron. Les grands indices européens subiront-ils une correction à la baisse à partir de 2022 ? Les petits investisseurs vont-ils se faire piéger ? Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière.

Les experts ne sont pas d'accord. Selon la banque d'Angleterre et beaucoup d'experts, la Bourse risque un effondrement proche. D'autres experts pensent que la Bourse va être stable en 2022. Quant à la France, le CAC 40 pourrait atteindre 7.500 points. En réalité deux événements peuvent déclencher une correction du marché : la hausse des taux directeurs et le resserrement des programmes de rachat des titres souverains.

Les Banques centrales ne sont pas d'accord non plus

Souvent la BCE suit la politique de la FED, mais pour la première fois il y a divergence. Alors même que la FED abrège le programme d'achat des titres souverains, la BCE au contraire envisagerait de lancer un nouveau programme de rachat d'obligations. Ce nouveau plan compléterait le dispositif courant d'assouplissement quantitatif. À l'échelle mondiale, les choix de politique monétaire sont de plus en plus divergents. Les taux d'intérêt de la BCE devraient probablement rester inchangés jusqu'en 2023, tandis que la Banque centrale chinoise devrait réduire ses taux en 2022 et prendre un chemin inverse du resserrement monétaire prévu par la FED et la Banque d'Angleterre. Le Royaume-Uni, la Norvège, la Russie, la Turquie, etc. ont tous annoncé fin 2021 à une hausse de leurs taux directeurs pour lutter contre la hausse des prix.

La fin de l'argent gratuit

À l'heure actuelle les marchés financiers sont inondés d'argent "gratuit". Portée par cet afflux de liquidités la Bourse enchaîne les records depuis le début de la pandémie. Cette liquidité est pourtant nécessaire pour maintenir les entreprises et les programmes de relance des États de l'UE. Avec le retour de l'inflation cela devient un problème : faut-il freiner l'inflation ou sauvegarder la croissance ? La stagflation, c'est-à-dire une forte inflation avec une faible croissance, pourrait faire perdre à la Bourse jusqu'à 50% en 3 ans. L'argent gratuit ne sera pas toujours là. Par manque d'alternatives d'investissement ou par la hausse des taux, le prix des actifs financiers ne grimpera plus aussi rapidement qu'avant. Voici quelques scénarios.

Si la BCE relevait les taux d'intérêt en 2022

Les boursicoteurs désinvestiraient partiellement, en raison de l'attrait plus élevé d'autres placements. Le marché exigerait un rendement de dividendes plus élevé des actions en raison du coût élevé du capital et des opportunités d'investissements. Le CAC 40 chuterait alors inévitablement à cause d'un rendement faible. La BCE, en relevant ses taux directeurs, pourrait freiner l'inflation et les taux de crédits subiraient une hausse, car ils correspondraient au taux d'intérêt interbancaire dépendant des taux directeurs, majorés de la prime de risque d'insolvabilité du débiteur. La BCE ne souhaite pas pour l'instant relever ses taux, l'économiste en chef de la Banque centrale européenne BCE, Philip Lane, a réaffirmé le 07 octobre 2021 que l'accélération de l'inflation était en grande partie temporaire. La BCE va-t-elle changer d'avis en 2022 ?

Si la BCE mettait en place un nouveau programme d'assouplissement sans relever les taux d'intérêt en 2022

L'argent facile continuerait à couler, la Bourse continuerait à grimper et à accentuer la richesse des super-riches. Une inflation qui continuerait à flamber aurait un réel impact sur le budget des ménages et pénaliserait les épargnants et d'une manière générale toutes les personnes à revenu fixe. Les inégalités se creuseraient entre les classes aisées et les moins riches. Ce serait alors au gouvernement de redonner du pouvoir d'achat en augmentant son budget, donc la dette publique. Dans ce combat qui gagnerait : les variants de la Covid-19 en freinant la croissance et en stimulant l'inflation ou une croissance modérée avec une faible inflation ? Entre 2013 et 2019, l'inflation n'est ressortie qu'à 1,0%. C'est nettement insuffisant. Il apparaît alors que l'essentiel de l'inflation est dû à la baisse des matières premières, notamment le prix du pétrole ainsi que l'impact des mesures de politique monétaire non conventionnelles mises en œuvre depuis 2014. Mais cette période c'était avant.

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Si la BCE ne relevait pas les taux d'intérêt en 2022 et ne mettait pas en place un nouveau programme de rachat des dettes

Les effets principaux de l'inflation se feraient sentir sur la valeur réelle des créances et des dettes, sur la rentabilité économique et financière des entreprises et sur les échanges extérieurs. Une inflation très rapide pourrait mettre les entreprises en difficulté. Les nouvelles obligations assimilables du trésor OAT seraient émises par l'État à des taux supérieurs à ceux des obligations anciennes. Dans de telles conditions les investisseurs pourraient vendre leurs actions et acheter des obligations en mettant la Bourse et les sociétés cotées en difficulté. Ils obligeraient la BCE au rachat des anciennes obligations, donc à prolonger le programme d'achat d'actifs. L'institution de Francfort, la BCE, devrait alors resserrer ses programmes compte tenu de la progression de l'inflation.

Il faut être prêt pour agir

Les taux d'intérêt devraient remonter aujourd'hui ou dans quelques mois et l'argent gratuit va disparaître. La BCE, en augmentant les taux directeurs, amènerait le marché à revendiquer la même augmentation et peut-être plus. Cela signifie que le prix des actions devrait chuter pour s'adapter et payer le même rendement par action. En 2020, la fortune des riches a progressé de 30% par la seule remontée de la Bourse alors même que toute la richesse produite en France a reculé de 8,6%. Ce paradoxe fait prédire aux économistes un rééquilibrage du même pourcentage en 2022 soit une baisse de 30% suite à plusieurs augmentations des taux pour atteindre un pourcentage annuel de 0,5% et une réduction en douceur des achats mensuels des obligations.

Faut-il écouter les économistes ?

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"Ce n'est pas sain, ça va trop loin par rapport à la réalité économique", alerte l'économiste Marc Touati. "Les belles valeurs de la technologie et du luxe devraient continuer à prospérer, car l'inflation n'aura pas d'impact sur leurs marges", estime Frédéric Leroux, membre du comité stratégique d'investissement chez Carmignac. "Les bonnes performances économiques devraient se maintenir en 2022", averti Vincent Hamelink, Chief Investment Officer chez Candriam, etc. Il est impossible de dire avec certitude ce qui se passera l'année prochaine.

"L'économiste est celui qui est toujours capable d'expliquer a posteriori pourquoi il s'est, une fois de plus, trompé", Bernard Maris, économiste.

Gabriel Gaspard

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