Crise du Covid-19 : un moment de vérité pour la nouvelle relation franco-allemande

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Sylvain Waserman
Sylvain Waserman (Crédits : DR)
TRIBUNE. Cette crise sera probablement le premier test grandeur nature de ce que l'on peut appeler la « nouvelle relation franco-allemande ».Par Sylvain Waserman(*), Vice-président de l’Assemblée nationale, député de la 2ème circonscription du Bas-Rhin.

Les relations franco-allemandes sont considérées comme un indicateur de l'état de santé du projet européen. Elles sont commentées à l'aune de la relation entre nos gouvernants et la moindre fausse note est mise en exergue. C'est particulièrement vrai avec la crise du covid-19 qui a souligné de fait le caractère asynchrone et asymétrique des décisions prises par nos deux pays : cette crise sera probablement le premier test grandeur nature de ce que l'on peut appeler la « nouvelle relation franco-allemande ».

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Car depuis trois ans, c'est tout l'écosystème de cette relation qui a profondément évolué. Une évolution qui pourrait être déterminante pour notre avenir commun et surtout pour celui de l'Union européenne, si du moins elle réussit à franchir l'épreuve de la crise du Covid-19. Cette nouvelle relation se fonde sur un triptyque : l'ambitieux traité d'Aix-la-Chapelle (qui fixe l'objectif d'harmonisation de nos modèles économiques et sociaux), l'innovante assemblée parlementaire franco-allemande (qui est l'outil parlementaire opérationnel de cette convergence) et le comité transfrontalier (qui fait des zones frontalières de véritables laboratoires de cette convergence).

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Un rendez-vous que nos 2 pays ne doivent pas manquer

L'échelon frontalier montre l'exemple pendant cette crise sanitaire, avec le transfert de malades du Grand Est dans les Länders voisins. Au-delà de cette solidarité de proximité, la crise du Covid-19 nous dira si cette nouvelle relation franco-allemande sera une clef de la solution européenne qui tarde à s'affirmer. Car de nombreux politiques et commentateurs condamnent le manque d'actions coordonnées de la part de l'Union européenne. C'est un procès parfois trop rapide et largement injuste : on attend de l'Union qu'elle assume des compétences qu'on ne lui a pas transférées. Et même si les premières décisions européennes en matière de relâchement des contraintes des critères de Maastricht et de réaction de la BCE furent rapides, claires et massives, la vraie question est l'organisation de la solidarité entre États européens. Et c'est bien là que l'impulsion franco-allemande se doit d'être déterminante. La commission s'est fixée quinze jours pour identifier une solution, et sortir notamment de l'opposition entre les partisans des « Corona Bonds » et ceux de l'orthodoxie budgétaire. Cette divergence ne se résoudra pas sans un accord franco-allemand, et pourrait aussi déboucher sur des solutions pérennes plus acceptables (comme celles d'un fonds européen pour l'emploi qui absorbe les coûts de la crise en matière de chômage partiel) : c'est un rendez-vous que nos pays ne doivent pas manquer.

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A court terme, le binôme franco-allemand devra aussi parler d'une même voix dans deux autres domaines clefs que la crise révèle : la souveraineté de notre industrie, notamment dans les domaines stratégiques comme la santé, et l'évolution du commerce international, notamment au vu des limites du modèle actuel de libre-échange. Les députés de l'Assemblée Parlementaire franco-allemande se saisissent du sujet, et demanderont des comptes à leurs exécutifs s'ils n'adoptent pas de position commune et ne parviennent pas à affirmer ensemble leur leadership européen.

Le cœur d'un nouvel élan de l'UE

C'est peut-être là un enjeu plus important encore que tous les autres : dessiner une nouvelle proposition de valeur inspirante pour relever nos défis européens. Il semble qu'un axe original se dessine dans la nouvelle assemblée franco-allemande entre « Die Grünen » (les Verts allemands plus réalistes, pragmatiques et moins dogmatiques que leurs homologues français), la CDU et la majorité présidentielle française. Cette coopération pourrait devenir l'axe clef et la condition du succès de la vision du « Green Deal » de la commission Van Der Leyen. Elle pourrait aussi construire une vision humaniste du développement économique dans la droite ligne de la tradition rhénane, avec une conscience sociale plus forte et une vision de plus long terme.

La nouvelle relation franco-allemande vit donc un moment de vérité : les conditions de la crise lui donnent l'opportunité de s'affirmer comme le cœur d'un nouvel élan de l'Union, dans un monde incertain et imprévisible. La question sera donc de savoir si, forts cette nouvelle relation, nous aurons la sagesse de converger sur des positions communes et la capacité à avoir un effet d'entraînement dans le concert de l'Union européenne - ce qui ne va jamais de soi.

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(*) Sylvain Waserman se présente comme "l'un des artisans de la nouvelle relation franco-allemande" ayant "inspiré le volet transfrontalier du traité d'Aix-la-Chapelle au travers d'un rapport au Premier ministre". Membre de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale, il a fait partie des neuf députés français préfigurateurs de l'assemblée parlementaire franco-allemande dont il est membre du bureau, de même qu'il est l'un des deux députés membres du nouveau comité transfrontalier franco-allemand.

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a écrit le 11/04/2020 à 22:25 :
que nos amis allemands commencent par faire profil bas: tricheries et mensonges du dieselgate à grande échelle, divers blocage pour protéger le glyphosate et autres pesticides cancérigènes, ( bayer), appel d' air migratoire sans aucune concertation avec les autres pays (1million de réfugiés dont certains terroristes cachés dans la masse)
plus grand pollueur d' europe ( centrale à charbon -lignite d' un autre âge), prise de pouvoir sans y être invité ou payé à la hauteur dans certains programmes européens (galileo etc...)etc....j' aime bien les allemands pour leur sérieux, sens de l' organisation acceuil e gentillesse ...je déteste leurs industriels véreux détournant les lois de leur pays ( armement etc...), des règles européennes et internationales ..quand à leurs politiques aussi vendus que les notres et représenatnt que leur propre intérêt ou caste
Adenauer, Brandt, koln au secours!
a écrit le 10/04/2020 à 19:12 :
La seule relation que l'Allemagne tolère de la France c'est quand celle-ci lui est soumise, ce qu'ont fait nos politiciens français depuis les années 80 et plus ils nous soumettent aux allemands moins l'UE fonctionne.

Une relation de ce type non seulement ne peut pas fonctionner mais en plus ne peut que générer un rejet profond des uns et des autres.

Les allemands ont beaucoup de qualités mais pas celui de guider les autres peuples c'est flagrant c'est une vérité absolue, vérifiée par les siècles, Nietzsche le disait d'ailleurs et il l’aimait beaucoup son peuple mais sans que l'on sache pourquoi il faut continuer ce mode de fonctionnement pendant que l'Europe avorte.

On fait rentrer les ronds dans les carrés au marteau et on dit que c'est la faute au marteau tout en continuant.

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