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« De grâce, ne tuons pas le désir de France ! » (Huguette Tiegna)

Huguette Tiegna

Publié le 06 novembre 2023 à 08:05 - Mis à jour le 06 novembre 2023 à 10:53

Huguette Tiegna, Députée Renaissance du Lot.

Huguette Tiegna, Députée Renaissance du Lot.

DR

Le Quotidien Numérique

13 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. L'Europe est en guerre, l'Afrique en ébullition, le Proche-Orient en surchauffe, la France en inquiétude. En ces temps troublés de notre Histoire contemporaine, faut-il ainsi réduire la question des migrants vivant sur notre sol par un antagonisme entendu : « expulsion-régularisation » ? Par Huguette Tiegna, Députée Renaissance du Lot.

Pour ses Pères fondateurs, l'honneur de la République a toujours été de faire de notre patrie une terre d'accueil, un havre de paix pour les opprimés, un lieu d'ancrage pour ceux qui ont versé leur sang pour la défendre lorsqu'elle était en danger. Elle a su aussi faire appel aux enfants de ses alliés, de ses ex-colonies pour faire fleurir son industrie, façonner ses villes, contenir la désertification rurale, soutenir l'évolution de sa démographie - l'une des plus fortes d'Europe.

Aujourd'hui, plus que jamais, son destin l'amène à faire entendre sa voix singulière, qui fait d'elle « la patrie des droits de l'Homme », au sein du concert des nations. Son Histoire, qui vit naître le Concordat, équilibre précieux entre religion et État, et son choix résolu de la laïcité la désignent tout naturellement comme le « laboratoire » idéal du mieux vivre ensemble, qu'elles que soient les différences entre les concitoyens.

Elle n'a jamais fait le pari des ghettos, de la séparation communautaire, de la ségrégation positive ; elle a refusé le comptage par ethnie, fidèle en cela à sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité » pour tous. Oui, c'est sur ces bases qu'il convient de rappeler l'impérative unicité de sa composante sociale, bâtie sur des siècles d'accueil de migrants, d'où qu'ils viennent et quelles que soient leurs opinions ou religion !

Il ne conviendrait donc pas, aujourd'hui, de la voir devenir l'arrière-cour des conflits extérieurs dans laquelle nombre d'intérêts voudraient l'entraîner.

Aussi, plus que jamais, ne doit-on pas tenir compte de tout cela, et éviter que sur des considérations de bas calculs politiciens, soit détruit, sans ambages, l'héritage de nos pères ?

Le choix libre de la naturalisation

Mon parcours personnel, commun à bien d'autres Français issus de terres étrangères, témoigne de l'existence  d'une troisième voie : celle de l'amour de la France, qui vient de loin. Oui ! Parmi ces migrants, les plus nombreux  sont ceux qui aiment notre pays et lui apportent leur énergie, leurs compétences, leur force de travail.

Cette troisième voie est celle des migrants qui choisissent librement notre patrie en se naturalisant. Chaque année, après un vrai « parcours du combattant », ils sont près de 150.000 à se voir accorder ce privilège, parfois jusqu'à renoncer à leur citoyenneté d'origine.

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Ces hommes et ces femmes naturalisés, ces enfants issus de mariages mixtes sont les oubliés des débats. Pourtant, un président de la République sort de leurs rangs, des ministres, d'éminents scientifiques, de grands sportifs, des intellectuels de renom et des entrepreneurs de génie font grandir la France et participent ainsi à sa renommée internationale.

Aujourd'hui, c'est un fait incontournable : nous avons impérativement besoin de la main-d'œuvre étrangère, tant est loin le temps de l'entre-soi apte à faire remplir toutes les tâches par ses natifs, même les plus rébarbatives et les plus pénibles. Que serait, en France, le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration, les EHPAD ou l'industrie, sans le concours des migrants ?

C'est pourquoi nous devons être fiers de ce que nos aînés ont fait pour le renom et l'image internationale de la  France en étant à l'avant-garde pour accueillir Arméniens, Républicains espagnols, Chiliens ou encore Vietnamiens. Fiers d'avoir ouvert la porte, sans calculs, aux rapatriés d'Algérie ou d'Afrique subsaharienne.

Tenir la promesse républicaine

Il est temps de réparer une injustice faite à leur endroit, celle de 1981, qui promettait à leurs pères la possibilité, sous conditions, d'une participation aux élections locales. C'était un engagement inscrit dans le Programme commun de la gauche, qui vit François Mitterrand être élu à la présidence de la République. Cette promesse fut suivie d'un vote de confirmation à l'Assemblée nationale en 2000, puis au Sénat en 2011. Tous les présidents qui  succédèrent à Mitterrand furent pour cette participation... restée, à ce jour, caduque.

Connaissant la rigueur constitutionnelle sur ce sujet, je crois, sans qu'il soit nécessaire de s'en écarter, de donner suite à cette promesse, en rendant ainsi à la parole de l'État sa crédibilité et son autorité, et au Parlement l'accomplissement de sa décision. Notre pays compte, depuis un demi-siècle, près de 10% de sa population issue des naturalisations. Ces citoyens français occupent des postes au sein de toutes nos institutions : armée, hôpital, école, sécurité civile, administration, etc. Ils le font avec abnégation, au service de nos concitoyens. Alors peu importe que ces personnes se prénomment Aya, Rodrigues, Nadia, Mamadou ou bien encore Karim... Nous leur devons reconnaissance et respect.

Je propose donc, dans un premier temps, que cette promesse de participation aux élections locales soit accordée à tous ceux qui entreprendront des démarches de naturalisation avec un dossier complet. Ce ne sera qu'un prélude à l'exercice futur de leurs devoirs et droits de citoyens à part entière. Cela contribuera à restaurer la volonté de l'État, à honorer les décisions du Parlement, à respecter la parole donnée et à vivifier l'image de la France à l'étranger, notamment auprès des pays qui ont cru à cette promesse.

Il s'agit là, me semble-t-il, d'un équilibre salutaire dans le traitement de la question des migrants qui devrait ne pas être sur-politisée en nous détournant des enjeux réels de la coexistence de l'ensemble des hommes et femmes qui vivent sur notre sol. La question des personnes privées de papiers est, à mes yeux, du ressort de la Justice, uniquement de la Justice. Et elle doit le rester.

Huguette Tiegna

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