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De l'interventionnisme au déambulateur

Karl Eychenne (*)

Publié le 23 août 2021 à 04:09 - Mis à jour le 23 août 2021 à 07:08

La bce a debattu d'une reduction des achats en juin, montre un compte rendu

Photo d'illustration

Ralph Orlowski

Le Quotidien Numérique

20 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Nos économies peuvent-elles encore avancer sans interventionnisme ? Le doute est plus que permis. En effet, jamais le planificateur bienveillant n'avait exercé une telle emprise sur la vie économique. (*) Par Karl Eychenne, stratégiste et économiste.

Si l'économie contemporaine était une personne, à quoi ressemblerait - elle ? Certainement pas à un enfant hyperactif qui ne peut pas rester en place. Pas non plus à une personne dans la force de l'âge et en pleine possession de ses moyens. On ne poursuivra pas l'analyse, mais proposons un indice : le mot déambulateur.

Interventionnisme...

Le déambulateur est bien utile, nécessaire pour beaucoup, révolutionnaire donc. Mais pourquoi donc cette sensation que notre économie contemporaine ne peut plus avancer toute seule ? Peut-être parce ce que c'est vrai. En langage économique, l'aide à la marche s'appelle l'interventionnisme : il s'agit de l'intervention de l'autorité afin de soutenir, relancer l'économie. Le plus souvent, une béquille fait l'affaire. Cette béquille prend alors la forme de politique de dépenses ou de baisse des impôts, voire de baisse des taux directeurs de la Banque centrale lorsque politique monétaire et politique budgétaire agissent de concert. Mais depuis 10 ans, il semble que l'on soit passé de la béquille au déambulateur.

Pourtant les textes sacrés semblaient clairs... « L'interventionnisme économique est un oxymore ». Pas de déambulateur, ni même de béquille donc. Il faut laisser - faire, laisser choisir l'homo economicus. Ainsi seront réunies les conditions nécessaires et suffisantes à l'émergence d'un ordre spontané : « la meilleure chose qui puisse nous arriver à tous ». J'exagère. Un peu. En fait, même les plus fidèles croyants du libéralisme débridé n'ont jamais dit les choses en ces termes, à part quelques fanatiques. Pas de léviathan économique agressif donc. En fait, un minimum d'interventionnisme ne ferait pas de mal, voire serait recommandé selon les circonstances. Mais où placer le curseur ?

On peut dire bien des choses sur la dette historiquement élevée de l'État, en fonction de son école de pensée. On peut penser que cette dette est mortifère ou bien salutaire, que c'est une charge ou bien un investissement, qu'elle devra être remboursée un jour ou qu'elle peut être annulée à tout moment. Il y en a même qui pensent que ce n'est pas vraiment une dette puisque la BCE appartient en quelque sorte à l'État. Ce qui n'est pas faux. Et il y en a carrément qui pensent que de toute façon une dette aussi grotesque ne se remboursera jamais. Ce qui n'est pas vrai. Mais il y a une chose sur laquelle il est difficile de ne pas s'entendre, c'est le niveau historiquement élevé que représente la dette par rapport au PIB, consolidée ou pas avec la contribution de la BCE. C'est un fait, je crois.

De la même manière, on dira bien des choses sur les taux d'intérêt historiquement faibles des Banques centrales. On peut penser que la politique monétaire est bien trop accommodante, ou que finalement elle n'est pas si accommodante puisqu'elle ne s'est jamais traduite par de l'hyperinflation. On peut penser que la quantité de monnaie créée par la Banque centrale est exubérante et malsaine, ou bien permet-elle au gouvernement de financer à prix raisonnable ses plans de relance. Il y en a même qui disent que la monnaie ne s'use pas si l'on s'en sert, la preuve il y en a toujours plus. D'autres, dubitatifs, disent que de toute façon cela ne sert à rien, puisque la monnaie ferait preuve d'idempotence : « appliquer toujours la même opération ne change pas le résultat ». Là encore, on peut donc dire bien des choses sur la politique monétaire. Mais il y a une chose sur laquelle il est difficile d'ergoter, c'est la taille monstrueuse atteinte par les bilans des Banques centrales, goinfrés de dette de l'État.

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Il faut alors se rendre à l'évidence. Tant de dette publique, tant de monnaie Banque centrale, pour si peu de PIB. La part de l'interventionnisme dans le gâteau PIB n'a cessé de croitre. Nos économies fonctionnent de plus en plus avec la contribution du planificateur bienveillant, qui aujourd'hui se décline en deux volets : Gouvernement et Banque centrale. Mais pourquoi ? Peut-être tout simplement parce que nos économies ne peuvent pas faire autrement ? Nos économies seraient de moins en moins capables d'avancer toutes seules, elles auraient perdu en autonomie. Comme si nos seuls projets, nos désirs, nos besoins, de consommer, d'investir, d'épargner, ne suffisaient plus à passer à l'action, comme s'il nous fallait ce supplément d'âme, ce chuchotement insistant du planificateur bienveillant pour avancer.

La panspermie économique

Ainsi donc, la vie économique ne serait plus possible qu'avec cette aide venue d'ailleurs, le petit homme vert monnaie-dette. Les « biologistes de la finance » pourraient parler de panspermie économique... La panspermie est un terme qui nous vient des biologistes à la recherche des origines du vivant sur Terre. Parmi toutes les explications plus ou moins exotiques, il y en aurait une qui trouve toujours son public : « la vérité est ailleurs... ».

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Plus sérieusement, les ingrédients nécessaires à la mayonnaise du vivant nous auraient été apportés par des comètes, c'est cela l'idée de panspermie. Si l'on revient au sujet qui nous concerne, la vie économique ne serait alors plus possible que par l'intervention « extérieure » d'un planificateur bienveillant. Tout le monde n'adhère pas à la thèse panspermique chez les économistes, les néo-keynésiens ont tendance à y croire, les néo-classiques non.

Karl Eychenne (*)

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