Des solutions africaines pour le confinement africain

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L'Afrique a besoin de solutions africaines pour aider concrètement les populations à se confiner
L'Afrique a besoin de solutions africaines pour aider concrètement les populations à se confiner (Crédits : © Siegfried Modola / Reuters)
TRIBUNE. Comme l'Afrique a ses propres caractéristiques, les auteurs de cette tribune proposent proposer des mesures très terre-à-terre à même de réussir l'organisation du confinement. Ils préconisent des solutions simples et rapide à mettre en oeuvre. Par Hakima el Haite, ancienne ministre déléguée à l'Environnement du Maroc, Joël Ruet, économiste CNRS au Centre d'Economie de Paris-Nord, Université Sorbonne-Paris Nord et Iman Zbib, PDG d'une entreprise présente sur huit pays en Afrique de l'Ouest.

L'Afrique reste à ce jour le continent le moins touché par le Covid-19. Toutefois beaucoup craignent que le continent devienne le prochain épicentre de l'épidémie. Si cela venait à se confirmer, les conséquences ne seraient pas seulement désastreuses pour l'Afrique mais également pour le reste du monde. A cet effet, les appels à la solidarité se multiplient. Le G20 dans son plan de relance de 5.000 milliards de dollars compte ne pas l'oublier. De manière tangible, l'Union Européenne vient de lui allouer un fonds de 15 milliards d'euros.

Fort bien. À l'autre bout de la chaîne, la réalité de l'épidémie est aussi claire que partout ailleurs dans le monde : les populations doivent se confiner. Mais l'Afrique a ses propres caractéristiques : économie informelle vivant au jour le jour, difficultés d'accès à l'eau qui compliquent les gestes barrières, déficits de systèmes de santé qui renforcent l'utilité du confinement mais densités de population en milieu urbain pauvre qui nécessite un confinement très suivi, absence de filets de sécurité sociaux qui rendent extrêmement difficile ce dernier.

L'Afrique a besoin de solutions africaines

Si diverses tribunes justifient ainsi les appels à la générosité financière, encore faut-il que ces promesses internationales soient assorties de courroies de transmission adaptées. L'Afrique a besoin de solutions africaines pour aider concrètement les populations à s'auto-confiner. Sinon les milliards resteront des lignes budgétaires dans les livres de la finance publique dans les capitales, face à des populations qui risquent la contamination au quotidien

La communauté économique africaine de l'ONU, dans sa demande au G20, expose les enjeux concrets ci-dessus, mais propose pour solutions : des "corridors commerciaux", des "programmes de prévention, des campagnes de santé publique et d'accès à l'information" ; de la "connectivité internet", des "lignes de liquidité" ; de la "prédictabilité, transparence, et responsabilité des flux financiers" ; des "mesures de soutien aux importations et exportations agricoles, au secteur pharmaceutique et au secteur bancaire" ; des "lignes de liquidité pour le secteur privé opérant en Afrique pour garantir que les achats essentiels puissent continuer et que toutes les PME dépendantes du commerce puissent continuer à fonctionner".

Des mesures terre à terre

Ce vade Mecum qui reprend les grands points de l'Agenda 2063 de la modernisation africaine, est sans doute utile. Toutefois, aidera-t-il concrètement à l'enjeu de confinement immédiat, pour six à huit semaines au moins, d'une population œuvrant dans l'informel et placée au "bord du chômage déguisé" (comme nous le confiait un dirigeant africain) ? Qu'il nous soit permis d'en douter, ou du moins de proposer des mesures plus terre à terre à même de réussir l'organisation de l'auto-confinement :

- un auto-confinement piloté par les chefs de quartier, les autorités traditionnelles, des comités démocratiques multi-partis ou formés à dessein,
- un déstockage immédiat et massif des denrées présentes dans les stocks prévus pour la soudure, de l'ordre de 10 fois les déstockages moyens annuels pour que les familles se préparent au confinement,
- des distributions monétaires journalières aux familles par téléphonie mobile, très présente sur le continent, avec un ciblage renforcé des femmes, forces vives de l'auto-entrepreneuriat en Afrique,
- la désignation d'une personne par famille élargie pour se rendre aux facilités de chaque quartier,
- la mise en place par quartier de citernes d'eau et de systèmes de distribution,
- le déploiement de dispositifs de santé locaux mobiles sans attendre la vague épidémique,
- la coupure des routes par les forces de l'ordre pour créer un isolement par régions, districts, quartiers.

Il s'agit de mettre en place en amont de la crise, donc sereinement, et sur un habitat pérenne, ce que les organisations urgentistes savent déployer lors de catastrophes.

Des solutions simples et rapide à mettre en oeuvre

Des expériences récentes suggèrent que 2.000 personnes peuvent être prises en charge mensuellement pour l'alimentation et l'eau avec 5 millions de Francs CFA - soit 7.500 euros seulement. Le tissu industriel local est également redéployable. Les machines outils des PME de conditionnement alimentaire (condiments tels que ketchup, moutarde, etc.) par exemple, peuvent être simplement modifiées - les têtes peuvent être changées par des mécaniciens - pour produire du gel hydro-alcoolique. Des tutoriels peuvent être faits et diffusés pour que l'intrant - l'alcool - soit produit par chacun à partir de fruits.

Des petites unités de confection peuvent être transformées en unités de fabrication de masques etc. Le Maroc a déjà lancé ses initiatives de masques par les ateliers de couture. L'enjeu est surtout la capacité de mettre en place une organisation différente et inventive. Des expériences viennent d'être mises en oeuvre pour produire des respirateurs frustes mais robustes, artisanaux mais industrialisables par des PME modulaires et réparties sur le territoire au Maroc et au Mali. Des start-up africaines de banque en ligne réfléchissent à la manière de se mobiliser ; il faut généraliser et accompagner ces initiatives. Le Sénégal va déstocker massivement ses denrées.

C'est ce type de mesures qu'il faut généraliser et vers ce type de programmes qu'une partie des aides doit aller.

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Commentaires
a écrit le 11/04/2020 à 0:47 :
Perso je ne m’inquiète pas totalement pour l'Afrique meme s'il faut rester vigilant! La population y est jeune (voir tres jeune 44% a moins de 15 ans au tchad par exemple), les facteurs de risque sont aussi peu présent comme diabète, obésité...
a écrit le 10/04/2020 à 18:07 :
Le confinement n'a fait l'objet d'aucune évaluation sanltaire ex-post. It est très probablement inefficace tant le covid-19 est contagieux, bien plus que la peste ou le cholera, mais bien moins mortel. Seule la Chine laisse entendre que la population est largement guérie : il n'y a plus de morts ni cas sérieux des suites du Covid-19. Les africains sont en bonne santé, alors que le Covid-19 sévit déjà depuis 4 mois dans le monde. Ils auraient tort de se lancer à imiter la politique de confinement ruineuse et qui se révèle inadaptée, mise en place par les occidentaux qui aiment avoir la maîtrise des choses de la nature. Ils sont les mieux placés pour trouver par eux-mêmes les justes mesures qui conviennent à leur organisation sociale très atomisée et à leurs coutumes.
a écrit le 10/04/2020 à 10:11 :
...et pas d'aides pour l'Afrique ! : c'est vexant et ça fait trés "colonialisme" qui ne veut pas dire son nom !
....en plus comme il n'y en a deja pas mal chez nous , on donne déja !

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