Pandémie de Coronavirus en Afrique : agir maintenant pour ne pas subir

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(Crédits : santé en entreprise)
IDEE. Se préparer à la gestion des crises sanitaires : le secteur privé s’engage en Afrique. Par Erick Maville, directeur général de l’Association santé en entreprise (SEE), président de la Commission santé du Conseil français des Investisseurs en Afrique (CIAN)

Jusqu'alors relativement épargnée par le coronavirus, l'Afrique voit le nombre de cas et de décès augmenter. L'épidémie avance sur le continent qui se prépare à faire face à une crise sanitaire, dont l'OMS a officiellement déclaré depuis le 11 mars 2020 le passage au stade de pandémie. Si les premières mesures prises, allant de la fermeture des frontières au confinement total ont pour objectif de réduire la propagation du virus et de protéger les populations, tous les acteurs redoutent également l'impact de la pandémie sur les économies.

La Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (CEA) prévoit que la pandémie de coronavirus pourrait durement affecter la croissance économique du continent. Déjà stagnante, celle-ci devrait tomber à 1,8 % au lieu de 3,2 % en 2020, essentiellement à cause de l'interruption des relations commerciales. La récession se traduirait par une perte de revenus estimée à 65 milliards de dollars pour les pays exportateurs de pétrole.

Partenaires publics et privés main dans la main

Plusieurs initiatives internationales ont été récemment lancées dans le secteur de la santé pour tenter de réduire les impacts de la pandémie. C'est le cas du Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en partenariat avec la Fondation pour les Nations Unies, de la Banque Mondiale, ainsi que de mécènes tels que la Fondation Bill & Melinda Gates ou la Fondation Jack Ma, qui débloquent de dizaines de milliards de dollars afin d'aider l'Afrique à préparer la riposte.

Ces fonds d'urgence sont destinés à financer la formation des professionnels de santé, le renforcement des capacités des laboratoires, les actions de sensibilisation, l'achat de kits d'hygiène, de masques, de tests de dépistage qui font aujourd'hui défaut sur le terrain.

Les entreprises en première ligne

Il faut agir vite car les systèmes de santé fragiles, et sous tension, risquent d'être rapidement débordés si le nombre de malades venait à augmenter. Les entreprises, concernées en première ligne compte tenu des conséquences économiques et sociales déjà visibles de cette crise sanitaire, sont des vecteurs de solutions pour sensibiliser et protéger leurs salariés, leurs familles, les sous-traitants, et les populations locales. Dans ce sens, la plateforme d'engagement SEE/B4GH a lancé un appel à l'action et travaille avec un groupe de partenaires (*) à un projet d'innovation qui sera déployé dans quatre pays : Côte d'Ivoire, Cameroun, Guinée-Conakry, Sénégal.

Concrètement, il s'agit d'aider ces pays :
- à utiliser les nouvelles technologies pour sensibiliser la population aux gestes barrières et déceler les symptômes de l'infection à COVID-19.
- à former des équipes locales de professionnels de santé aux bonnes pratiques de dépistage et de prise en charge des maladies.
- à les doter de valises de téléconsultation connectées afin qu'elles soient en mesure de réaliser le dépistage multimaladies incluant le test rapide COVID-19.
- à orienter si besoin les cas suspects vers la confirmation et la prise en charge médicale.
- à effectuer le suivi à distance des patients avec les solutions digitales disponibles.
- à assurer sur le terrain la continuité des programmes de lutte contre le paludisme, la tuberculose et le VIH.

Mutualiser les efforts

Un des objectifs communs doit être de contribuer à renforcer des écosystèmes locaux de santé ainsi qu'à soutenir les chaines d'approvisionnement afin de réduire au maximum les effets délétères des crises sanitaires sur d'autres actions essentielles de lutte contre les endémies telles que le paludisme, la tuberculose, le VIH, les hépatites virales, le diabète et l'hypertension. Comme l'a montré l'épisode d'Ebola entre 2014 et 2016, le nombre de décès dus à l'arrêt des programmes de prise en charge de ces grandes endémies, risquerait finalement d'être beaucoup plus élevé que celui lié au Coronavirus.

Cette initiative est soutenue par le Conseil français des Investisseurs en Afrique, French Healthcare, le MEDEF International et le LEEM. Nous avons collectivement la volonté, l'expertise, les solutions et les réseaux d'acteurs sur le terrain pour aider les pays à riposter contre la pandémie de COVID-19 tout en assurant la continuité d'autres programmes essentiels de santé. En mutualisant nos efforts, en collaborant avec les autorités sanitaires et en co-investissant avec les bailleurs de fonds, chacun peut contribuer efficacement à la hauteur de ses moyens à la mobilisation de ressources pour accélérer le mouvement : il faut le faire ici et maintenant, de manière coordonnée partout où nous pouvons agir.

A moyen terme, il s'agira de relever un autre défi : intégrer de manière plus systématique dans les programmes santé la question de la préparation aux crises sanitaires ainsi que celle de la gestion de leurs impacts économiques et sociaux.

(*) Partenaires associés : AlloDocteurs.africa, CERBA Healthcare, GILEAD, QIAGEN, SD Biosensor, TC4A, ORANGE, SOCIETE GENERALE, SUNU

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Commentaires
a écrit le 26/03/2020 à 0:17 :
boko haram et les organisations similaires sont-elles touchées par le virus ?

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