La base industrielle et technologique de défense (BITD) est un tout hétérogène mêlant des acteurs industriels et des laboratoires de tailles variées, un ensemble de calques qui se superposent et induisent ce faisant des intérêts parfois divergents. Les grands acteurs industriels de rang 1 doivent désormais se penser comme des entreprises élargies à leur cercle de partenaires, fournisseurs et sous-traitants. L'économie de guerre impose d'associer l'ensemble des acteurs intervenants dans la chaine de valeur et nécessite un effort d'extérioration et de pédagogie des grands groupes auprès de leur écosystème [Préconisation n°22]. Il faut pour cela communiquer et s'ouvrir à une société civile exigeante.
En réponse au satisfecit de la ministre des Armées qui saluait notre capacité d'export, le jeune Youtubeur Simon Puech estimait que l'« on a érigé le savoir tuer français en fleuron national », comme il l'exprimait dans une vidéo sur l'industrie de l'armement. Au-delà de l'anecdote, cette position reflète un mouvement plus profond que le simple slogan d'une campagne d'influence. Selon Amnesty International, « 83% des Français penseraient que le commerce des armes français manque de transparence » et « 75% des Français penseraient que le commerce des armes en France devrait faire l'objet d'un débat public ». Détourner le regard face à cette critique, au prétexte que le monde est complexe ou décrédibiliser son détracteur en le cantonnant à un argumentaire idéologique et fallacieux, revient à ne pas faire œuvre de pédagogie concernant le commerce de l'armement et à rendre dès lors caduque toute tentative d'amélioration.
Trop longtemps notre BITD et le ministère de la Défense ont appliqué la stratégie du « vivons heureux, vivons cachés » avec pour conséquence directe ces dernières années des banques qui s'alarment de ce « dirty business » (Alexandre Papaemmanuel et Yann Wendel, « Dépasser les préventions du secteur financier à l'égard d'un « dirty » business ? Le nécessaire soutien à l'industrie de défense », L'Hétairie, 1er mars 2018), contraignant l'État à intervenir afin de leur rappeler leur rôle de soutien à l'économie.