En direct de la COP29 avec Bertrand Piccard : « La COP29, un Bakou d'épée dans l'eau ? »
Bertrand Piccard

Photo d'illustration
Solar Impulse Foundation - Peter Sandground
Bertrand Piccard

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Solar Impulse Foundation - Peter Sandground
Les négociateurs n'avaient qu'une chose à l'esprit : trouver un nombre de milliards qui permettent d'éviter à cette COP29 de se termine sur un échec. Le président de la conférence avait prévenu que l'accord serait équitable si chaque délégation quittait Bakou avec le même mécontentement de payer trop ou de recevoir trop peu. Cela semble être le cas, avec 1.300 milliards de dollars mobilisés par les pays les plus riches d'ici 2035, dont 300 milliards par an spécifiquement alloués aux pays en développement. Trop pour les payeurs qui font part de leurs problèmes de budget et de dettes, ridiculement peu pour ceux qui souffrent des effets des changements climatiques sans y avoir contribué.
Pourtant, je pense que le problème se situe à un autre niveau. Je m'étonne d'ailleurs que si peu de gens en parlent. Qui exactement va payer, à qui, et pourquoi ?
Les pays développés, qui ont pollué depuis le plus longtemps, ne sont pas forcément les plus riches aujourd'hui. Avec des budgets déficitaires, criblée de dettes abyssales, l'Europe n'est pas en mesure de manifester beaucoup de générosité. Les Etats-Unis, malgré leur déficit chronique, restent la première puissance mondiale, mais l'arrivée de Trump ne va certainement pas délier les cordons de la bourse climatique. Restent Canada, Australie, Japon et Nouvelle-Zélande : pas de quoi fanfaronner. Alors que beaucoup d'autres pays devraient être associés à cet élan en faveur des plus pauvres.
Le « qui paye » et « qui reçoit » a été scotomisé par la taille de la facture qui a attiré tous les regards. Ils émettent certes des gaz à effet de serre depuis moins longtemps, mais ils comptent aujourd'hui parmi les principaux pollueurs de la planète : Chine, Inde, Brésil et j'en passe. Et les pays producteurs d'énergies fossiles ? Même si c'est aussi le reste du monde qui utilise leurs produits, c'est quand même eux qui les fournissent, et construisent des mégalopoles avec les recettes. Alors pourquoi tous ces pays ne passeraient-ils pas aussi à la caisse? Ils sont devenus les plus riches, même s'ils se cachent derrière un salaire moyen qui leur permet de se classer dans la liste des pays en développement. C'est ainsi que certains d'entre eux, non content de simplement éviter de payer, essayent de se placer dans la liste de ceux qui doivent être indemnisés !
Deuxième question, pour quoi paye-t-on ?
Bien sûr qu'il y a une responsabilité des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre face au reste du monde, et il est clair que les pays qui en souffrent aujourd'hui le plus doivent être aidés. Il faut construire des digues, surélever des iles, réparer les infrastructures détruites par des ouragans, compenser les récoltes annihilées par les sécheresses ou les inondations. Ce n'est pas aux victimes de payer, et les résultats de la COP29 sont là pour le rappeler. Heureusement. Sans le processus des conférences onusiennes tant décrié, on n'en serait même pas là.
Mais quand il s'agit de construire des infrastructures d'énergies renouvelables, beaucoup plus rentables que celles qui fonctionnent au fossile, d'installer des processus plus efficients en utilisant des cleantechs, d'isoler les bâtiments... bref, de passer du monde qui gaspille du fossile à celui qui économise du renouvelable, nous sommes dans une logique différente: celle d'un investissement plutôt que d'une compensation. Ici, les milliards ne peuvent pas venir de la même poche, puisqu'un investissement est par définition lucratif, alors qu'une donation, une réparation ou une indemnisation ne l'est pas directement.
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Cette réflexion s'adresse aussi à la Suisse, où l'adoption récente de la loi climat et de la révision de la loi sur le CO₂ est un pas dans la bonne direction, quoiqu'insuffisant. Sans engagement clair pour orienter les financements vers la transition énergétique, ces lois risquent de rester lettre morte. La baisse de la Suisse dans le classement international des efforts climatiques, révélée durant la COP29, en est une preuve éclatante: légiférer ne suffit pas, il faut aussi dégager les moyens pour agir.
Si tout cela n'est pas mieux défini, nous continuerons à débattre dans une confusion stérile. Et si l'on a Azéri à Bakou, on va se mettre à pleurer l'année prochaine lors de la COP30 de Belém au Brésil.
Bertrand Piccard