LA TRIBUNE DIMANCHE - Les agriculteurs et la PAC ont été, parmi d'autres sujets, au cœur de la campagne des européennes. Pourquoi une philosophe et un chef cuisinier s'en réjouissent-ils ensemble ?
GABRIELLE HALPERN - La crise agricole a agi comme un révélateur. Elle a mis en lumière l'éloignement - presque le divorce -, ancien mais tabou, entre l'agriculture et la société. Depuis longtemps, le consommateur se désintéresse de ce qu'il mange. Ceux qui cultivent, élèvent ou fabriquent ont donc sonné l'alarme ! Un écrivain japonais, Genzaburô Yoshino, écrivait déjà en 1937 : « Il est tout de même bizarre que ces hommes qui se sont donné du mal pour fabriquer la nourriture que tu manges, les vêtements que tu portes ou la maison que tu habites, toutes ces choses essentielles pour ta vie, soient tous de parfaits inconnus. » En 2024, ne sommes-nous pas tous devenus de parfaits inconnus les uns pour les autres ? L'agriculture ne peut pas être un sujet dont on parle une fois par an au moment de son Salon !
GUILLAUME GOMEZ- On utilise depuis quelques années le terme de souveraineté pour définir un objectif de politique agricole, comme de politique industrielle d'ailleurs. Mais à quel moment l'avait-on oublié ? Si la gastronomie française rayonne dans le monde, c'est grâce à ceux qui en fournissent les ingrédients. La nourriture nous unit et elle fait société. Les Journées nationales de l'agriculture qui ont lieu ce week-end permettent de mettre l'accent sur l'éducation, pour apprendre au plus grand nombre à mieux se nourrir, à privilégier la qualité, le local, le bio, en tenant compte du bienêtre animal, donc à mieux faire société.
Par Gabrielle Halpern, Philosophe, Et Guillaume Gomez, Chef Cuisinier*