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Joe Biden et l’espace : les plans américains d’exploration spatiale pourraient-ils changer ?

Ian Whittaker et Gareth Dorrian (*)

Publié le 22 janvier 2021 à 12:51 - Mis à jour le 05 mars 2026 à 13:07

nasa

Concept d’artiste d’Artemis-1.

Nasa

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OPINION. Un nouveau président va arriver à la Maison Blanche et un nouvel administrateur à la NASA. Quels changements peut-on anticiper dans la politique spatiale américaine ? Par Ian Whittaker, Nottingham Trent University et Gareth Dorrian, University of Birmingham (*)

Donald Trump a fixé des objectifs audacieux en matière d'exploration spatiale pendant son mandat - des missions habitées vers la Lune et vers Mars, ainsi qu'une « Space Force ». En revanche, son successeur Joe Biden a été relativement discret sur la politique spatiale. Comment l'exploration spatiale est-elle susceptible de changer à l'avenir ?

Il est clair qu'il y aura des changements. Le chef actuel de la NASA, Jim Bridenstine, a déjà annoncé son départ. Et nous savons que la politique américaine en matière de vols spatiaux habités survit rarement à un changement à la présidence.

Cela dit, l'incroyable succès de la mission de démonstration de SpaceX vers la Station spatiale internationale (ou « ISS ») signifie que le programme d'équipages commerciaux va probablement se poursuivre, soulageant ainsi la NASA de ce fardeau. De fait, le premier vol opérationnel du « Crew Dragon » de la société commerciale SpaceX est parti le 16 novembre à destination de l'ISS, avec quatre astronautes à bord.

Des hommes à nouveau sur la Lune

Pendant l'administration Trump, la NASA s'est également engagée à ce que des astronautes retournent sur la Lune en 2024 dans le cadre du « programme Artemis ». Le premier lancement d'essai - sans équipage - est prévu dès l'année prochaine, avec Artemis-1. Le programme Artemis s'appuie sur le « programme Constellation », d'abord mis en œuvre par le président républicain George W. Bush en 2005, puis annulé par le président démocrate Barack Obama en raison de son coût élevé et de sa difficulté.

Le seul indice substantiel sur l'orientation de la présidence Biden en ce qui concerne les vols d'astronautes vers la Lune se trouve dans un document du Parti démocrate intitulé « Construire une économie plus forte et plus juste ». Dans un paragraphe, les démocrates déclarent qu'ils « soutiennent le travail de la NASA pour ramener les Américains sur la Lune et aller au-delà, sur Mars, une nouvelle étape dans l'exploration de notre système solaire ».

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Il n'y a pas de détails sûrs quand cela pourrait arriver. Mais étant donné que la coopération internationale est désormais une caractéristique majeure du programme Artemis, il serait difficile pour une jeune administration Biden de se retirer unilatéralement du projet. Par exemple, le Canada, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Japon sont tous des partenaires officiels dans la construction du Lunar Gateway - une station en orbite autour de la Lune (comme l'ISS l'est autour de la Terre), conçue comme un avant-poste de multiples expéditions sur le sol lunaire.

Le programme fait également avancer les recherches rapidement, notamment en ce qui concerne les matériaux de construction, l'alimentation électrique et la production alimentaire. Cette semaine, l'Agence spatiale européenne a attribué un contrat à la société britannique Metalysis pour développer des techniques permettant d'extraire simultanément de l'oxygène et des métaux du sol lunaire.

La longue route vers Mars

L'administration Trump a également fait pression pour une première mission vers Mars avec équipage dans les années 2030, une expédition bien plus délicate en raison des distances à parcourir. En effet, un tel voyage exposerait encore davantage les astronautes aux radiations et à des difficultés psychologiques. D'autres défis importants sont les restrictions de poids et les temps de communication limités.

Dans un rapport indépendant de 2019, le Science and Technology Policy Institute a déclaré qu'une mission habitée vers Mars dans les années 2030 est actuellement impossible. Il est peu probable que Biden réitère cette proposition d'échéance dans un avenir proche.

La « Space Force », sixième branche des forces armées américaines... dans l'espace

L'administration Trump a créé la « Space Force » au sein de l'Air Force, l'armée de l'air américaine. Cette initiative souligne le fait que les États-Unis considèrent l'espace comme une zone de guerre potentielle plutôt que comme une zone d'exploration purement scientifique. Mais nombre de citoyens américains ne sont pas convaincus. Le programme bénéficie d'un taux d'approbation du public de 31 % seulement et son logo comme ses uniformes sont l'objet de moqueries.

La Space Force survivra-t-elle ? Le démantèlement d'une branche des forces armées n'a jamais été effectué aux États-Unis auparavant et la réintégration de cette branche dans l'armée de l'air américaine pose sans aucun doute de nombreuses difficultés. Il est donc probable qu'elle restera, peut-être avec une attention réduite.

Un nouveau départ pour la NASA ?

Peut-on s'attendre à quelque chose de nouveau ? Biden s'est déjà engagé à signer des décrets qui annuleront la plupart des travaux de l'administration Trump - de la même manière que Trump a annulé la plupart des initiatives d'Obama.

Le plus grand signe de changement est le départ de Bridenstine. Lorsqu'il a été nommé en 2018, ce fut une surprise pour la communauté scientifique - il n'a pas de qualification scientifique, et avait déjà indiqué qu'il avait des doutes sur le changement climatique (ce sur quoi il a changé d'avis, en acceptant le poste). Pourtant, il a prouvé qu'il était un leader compétent de la NASA.

Lorsqu'il a quitté ses fonctions, il a déclaré qu'il voulait laisser la place à quelqu'un ayant une « relation étroite avec le président ». La question de savoir qui cela pourrait être est toujours d'actualité et dépendra en grande partie du nouveau président lui-même. La plupart des dirigeants de la NASA ont au moins un diplôme en ingénierie ou en physique et, dans le passé, ont dirigé un centre spatial. Dans les candidats potentiels, nous comptons Jody Singer, directrice du Marshall Space Flight Center, Mark Geyer, directeur du Johnson Space Center, ou Dennis Andrucyk, directeur du Goddard Space Flight Center, et l'actuel administrateur adjoint de la NASA, James Morhard - mais le champ des possibles reste grand ouvert.

Joe Biden a clairement dit que l'urgence climatique est une priorité. Il est probable que la lutte se concentre sur la limitation de la pollution industrielle et le développement de sources d'énergie renouvelables, mais cela suggère peut - être aussi une politique spatiale davantage axée sur les missions d'observation de la Terre, comme le programme de satellites géostationnaires pour l'environnement « GOES ». D'autres satellites pour surveiller les marées noires, la déforestation ou encore les émissions de carbone sont envisageables.

Toutes ces possibilités sont bien sûr éclipsées par la crise financière provoquée par la Covid-19. Les projets à long terme comme le programme Artemis ont besoin d'un financement régulier et stable - il faudra probablement juger une fois les engagements pris.

Quels que soient les changements, il semble probable que le financement des missions spatiales sera moins important. Malgré cela, de nombreux scientifiques pousseront un soupir de soulagement de ne plus avoir à lutter contre les tweets anti-science de Trump, sur des sujets allant de la Covid-19 aux vaccins en passant par le changement climatique.

The Conversation _______

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(*) Par Ian Whittaker, Senior Lecturer in Physics, Nottingham Trent University et Gareth Dorrian, Post Doctoral Research Fellow in Space Science, University of Birmingham.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Ian Whittaker et Gareth Dorrian (*)

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