L’après Covid : se réinventer ensemble ?
L'Odissée (*)
L'Odissée (*)
La crise sanitaire, économique et sociale due à la Covid en 2020 s'engouffre dans les nombreuses fissures sociales préexistantes. La croissance en berne rendait déjà les inégalités insupportables et la circulation accrue de l'information rendait tout aussi visibles les insuffisances du système public. Face au défi démocratique montant, gare aux apprentis sorciers, dénonciateurs des échecs et orphelins de solutions.
Les freins à la croissance s'accumulaient bien avant 2020 : épuisement des matières premières, affaissement de la biodiversité, élévation des pollutions sols-eaux-air, fonte des glaciers et montée de la mer, réchauffement climatique, déchainement démographique, envol des déficits publics, explosion des bulles financières, bouleversement digital, éclatement médiatique. Tous ces vecteurs de mécontentements constituaient déjà autant de sources de passions immédiates et donnaient prise aux discours de facilité : Brexit en Europe, entorses démocratiques au Brésil, aux Etats-Unis, au Venezuela, gilets jaunes en France...
Deux dictatures nous guettent, celle de l'immédiateté qui donne envie de suivre un sauveur prétendument détenteur de toutes les solutions et celle de la majorité qui donne à croire que même un mécanisme de débat inefficace produirait des décisions collectives efficaces. Sorcier ou majorité, personne ne possède de baguette magique pour éclairer tous les signaux faibles essentiels pour le long terme. Sortir par le haut de ce chaos exige d'embrasser toute cette complexité pour la transcender et inventer un nouveau monde. Cela demande beaucoup de réflexion, d'introspection, de projection.
On ne peut pas décider ensemble sans avoir préalablement réfléchi ensemble. Activer l'imagination de tous suppose de développer l'envie de se réinventer dans tous les domaines. Selon le Syndrome de Christophe Colomb, une telle dynamique génératrice de transformations positives pour tous nécessite, bien sûr, de faire appel à notre intelligence économique pour décrypter le réel ainsi qu'à notre intelligence collective pour concevoir de nouvelles solutions techniques. Aucun acteur, même l'expert le plus éclairé, ne peut tout comprendre et solutionner seul. De plus, toute innovation de rupture déstabilise les équilibres intellectuels et sociaux. Aussi, transformer est plus complexe qu'innover. Préserver et revigorer la démocratie et la République exige donc surtout beaucoup d'intelligence sociale pour augmenter la conscience des enjeux sociétaux et la lucidité quant à nos choix d'habitudes et parcours de vies privées, professionnelles et sociétales. Pour inventer un monde nouveau, il faut d'abord inventer de nouvelles relations entre dirigeants et dirigés. Donner tout son sens à la démocratie suppose d'apprendre à réfléchir ensemble avant de prétendre pouvoir décider ensemble.
Un changement de contrat social repose sur une révolution du regard posé par chacun sur autrui. Si un événement catharsistique collectif est nécessaire, il doit s'inscrire dans une stratégie relationnelle précise en quatre temps :
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Le pilotage de la démarche doit lui-même rester ouvert et garantir la présence d'acteurs reconnus pour leur engagement en faveur de l'intérêt collectif et général. Le collectif des organisateurs doit être composé de personnes issues de toutes les sphères et porteuses de la diversité des statuts, savoirs, expériences et idées. Il convient donc de formaliser des instances aux rôles complémentaires qui regroupent et concilient des personnes aux profils eux-mêmes complémentaires :
Déployer une telle démarche suppose de bénéficier de soutiens opérationnels, sociaux, professionnels et techniques (voir les chroniques Discours de la méthode dans La Tribune et les rapports L'état social publiés à la Documentation française) :
A l'issue d'un processus à la fois transparent et régulé, la tenue d'un grand événement utile devient envisageable. Les personnes ayant contribué à l'un quelconque des événements organisés par un animateur du Grand dialogue sont alors invitées à se réunir par thème et en séance plénière. Les diagnostics et propositions sont soumis à la réflexion de tous afin d'approfondir le partage, valider ensemble l'analyse transversale de tous les travaux et bâtir une vision globale. Un saut qualitatif collectif est ainsi réalisé ensemble. La multitude des transformations personnelles s'en trouve alors confirmée et abondée. La complexité des enjeux est mieux embrassée par chacun.
L'évolution des positions de plusieurs collèges socio-professionnels peut être mesurée, par exemple :

Tant qu'il y a de la vie, l'accomplissement des destins personnels et collectif n'est jamais terminé : après un premier saut qualitatif, il en faut un second, puis d'autres encore et encore !! Cette mécanique d'invention d'un monde nouveau est à construire avec chaque personne dans chaque territoire, chaque collectivité publique, chaque secteur d'activité, chaque entreprise, chaque association.
Il est possible de conduire des débats bien mieux organisés. Si nous ne décidons pas d'y consacrer l'énergie nécessaire, l'impuissance des états conduirait au resserrement des mécanismes de décision dans un plus petit nombre de mains. Cela porte un nom : la dictature ! Bien sûr, le temps du débat rallonge le temps de la décision. Mais une analyse plus approfondie et mieux partagée ouvre des possibles inespérés, sources de cohésion renforcée et de performances nouvelles. Le choix est là : mieux de démocratie ou plus de dictature, plus de réflexion collective ou moins de décisions partagées.
Bien sûr, la tentation serait d'attendre que l'État, l'Union européenne ou encore l'Organisation des Nations Unies entreprennent le processus. Mais, force est de constater qu'ils ne le font pas. Aussi, les nuages s'accumulent au-dessus de nous et nous risquons le déclin progressif. Pourtant, il suffit pour commencer d'un seul acteur désireux d'assumer la responsabilité d'animer une démarche thématique, territoriale ou au sein d'un organisme public ou privé : citoyen responsable, lève-toi et marche !
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NOTES
(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.
L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".
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Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.
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