La pandémie, l'état social et les trois scénarios français

NE NOUS FÂCHONS PAS ! Chaque semaine, l'Odissée (*) présente une chronique proposant un Discours de la méthode 2 ! Aujourd'hui : quels scénarios pour l'Etat face à la pandémie.

11 mn

Avec le double confinement, le millésime 2020 restera dans l'histoire. La société est touchée et l'Etat pourrait être coulé. Le moment du choix de sa nouvelle forme pourrait bien approcher.

Gestion aléatoire de la pandémie

Contrairement au satisfecit du Chef de l'Etat, en France comme ailleurs, la Covid a été jugulée par l'été, non par l'action du gouvernement. Les Français peuvent avoir plusieurs motifs d'insatisfaction :

  • Sanitaire. Le confinement français a été bien plus drastique dans l'Hexagone qu'ailleurs. Pourtant, la quantité de décès a été plus élevée en France, alors même qu'elle n'a même pas compté tous ses morts de la Covid non hospitalisés du fait de leur âge.
  • Economique. Certes, l'Etat a pris sur lui de soutenir directement l'économie. Mais il faudra un jour rembourser ces aides, de l'ordre de cinquante milliards d'euros (trente pour la première vague, plus au moins vingt pour la seconde). Or, nombre d'entreprises ne seront pas en situation de le faire car elles auront disparu ou seront en grande difficulté. En outre, l'Etat a déjà dépensé le soutien prévu par le plan européen, qui n'est toujours pas approuvé et qu'il faudra de toutes façons rembourser aussi. De plus, la baisse de PIB est plus importante en France que chez nos voisins : à chacune de leurs publications, tous les indicateurs de mesure de l'activité et des prévisions économiques sont bien plus sombres pour la France que pour nos voisins responsables.
  • Finances publiques. Déjà en déficit annuel de 89 milliards d'euros sur un budget de 232 milliards en 2019, l'Etat dépense à tout va tandis que l'effondrement économique fait baisser ses recettes fiscales. Dépenses et recettes ne sont pas sous contrôle, l'évolution des déficits publics non plus. La projection 2020 est de l'ordre de 250 milliards d'euros, soit l'équivalent du budget de l'Etat ... !
  • Système hospitalier. Le dogme de l'Etat omniscient, seul capable de résoudre les problèmes, a orienté la plupart des cas de Covid vers l'hôpital public en excluant une partie du système hospitalier privé. Le système public s'en est trouvé saturé, ce qui a ajouté au mécontentement des fonctionnaires hospitaliers, déjà élevé depuis des décennies.
  • Débat public. Certains remettent en cause l'objectivité des membres du Conseil scientifique (notons que celui des Allemands compte des psychologues, sociologues et économistes). D'autres ont mis en place des traitements qui paraissent avoir eu des résultats positifs. Le paysage politico-médiatique n'atteint pas les niveaux d'inclusion, de transparence et de sérénité nécessaires pour éclairer tous les esprits.
  • Débat parlementaire. Comme sur tous les sujets, les décisions de gestion de la pandémie sont prises par une poignée de personnes. Confinement, soutien aux entreprises, primes aux hospitaliers... : le Parlement est consulté pour valider a posteriori, mais très peu impliqué a priori pour optimiser les diagnostics et les solutions. Nous sommes loin des modèles suisse ou allemand, dans lesquels les décisions sont toujours prises au plus près du terrain. Ce système français centralisé génère des retards de réaction alors que celui de nos voisins les place en anticipation, à l'image du plan de vaccination qu'ils commencent déjà à mettre en place, alors que le vaccin n'est pas encore là ! Ils ont un métro d'avance tandis que nous avons un métro de retard !

Le Chef de l'Etat affirme que le rebond était prévisible. Il prévoit même que les dégâts sanitaires seront aussi importants que pour la première vague, voire supérieurs. Aussi, pourquoi ne sommes-nous pas mieux préparés cette fois-ci ? Le retour d'expérience de la gestion de la première vague parait bien faible. En regard des Vacances apprenantes de l'Education Nationale, il faudrait que le gouvernement s'applique un même principe d'Etat apprenant !

Poursuite de l'affaissement

Autant de facteurs d'accélération de l'affaissement de la France... Et donc de raisons pour que les causes des colères perdurent et se renforcent :

  • Influence de la France. Comment un pays peut-il rester audible lorsqu'il est en situation d'échec économique, financier, culturel, politique ? La force de la voix de la France ne peut qu'encore s'atténuer sur la scène mondiale.
  • Croissance en K des inégalités. Face aux riches encore plus riches (parce que, pour la plupart, leurs ancêtres ont gagné au Monopoly immobilier, financier ou économique), les pauvres encore plus pauvres n'ont accès à aucun ascenseur social. Leur rébellion la plus courante est leur perte de confiance dans la société, traduite dans leur vote aux extrêmes. Les ultras gauche-droite ont de l'avenir !
  • Les gilets jaunes de 2018 sont le produit des fractures sociales sur lesquelles Jacques Chirac a fait campagne en 1995. La montée du chômage ne peut que les faire croitre en quantité. La perception des insuffisances de l'Etat ne peut que les aviver en qualité. Comment ne ressurgiraient-ils pas dès la fin de la pandémie... ?
  • Les islmatistes fanatiques croissent en proportion des musulmans. Ils vont profiter de la situation difficile de la France pour multiplier leurs violences et tenter d'imposer leur vision du monde encore plus vite.

Le système politique actuel s'avère impuissant pour prendre en main l'un quelconque de ces délitements, chacun nourrit à deux reprises par les deux confinements (croissance en W) et chacun nourrissant le risque latent d'explosion sociale.

Les scénarios

Quand un système ne convient plus, il faut en changer. Dans le contexte actuel, trois scénarios sont envisageables pour mieux prendre en mains les crises :

  • Développement d'un despotisme masqué. Les dirigeants et les citoyens perçoivent que les contrepouvoirs perturbent leur capacité de décisions. Aussi, tous s'accordent pour réduire la quantité et la diversité d'acteurs impliqués dans le processus politique. C'est la spirale du resserrement des libertés publiques : non transparence, non débat, perte de légitimité des décideurs, montée des délinquances, des violences et de la sécurité imposée avec plus ou moins de discernement. Dans ce premier scénario, la société s'enfonce peu à peu dans un despotisme masqué, sans le vouloir ni même le savoir.

Méthode 48 1

  • Révolution de palais. Les électeurs attribuent l'inefficacité de l'Etat aux seules personnes qui le dirigent. Solutionner le problème revient alors à sortir les sortants. Mais, en période de transformation profonde, remplacer de bons techniciens de la chose publique par d'autres ne suffit plus : changer de personnes sans changer de méthode reste vain et laisse glisser la France dans l'endormissement. Qu'elle prenne le nom d'une VIe République ou d'un nouveau parti politique, cette seconde option reste superficielle tant qu'elle ne définit pas une méthode minutieuse d'évaluation des enjeux et propositions ouverte aux citoyens en quantité et dans leur diversité.

Méthode 48 2

  • Augmentation de la démocratie. Les citoyens assument leur responsabilité personnelle vis-à-vis de toute la cité. Il devient alors nécessaire d'instaurer le débat sur tous les grands enjeux, à tous les étages de toutes les sphères de la société. Cette révolution des méthodes de gouvernance produit la révolution des esprits pour construire une culture de responsabilité et de solidarité. Traité comme responsable de toute la cité, chaque acteur est doté de la possibilité d'exercer sa vigilance et son imagination au profit de tous. Participant à l'innovation utile et la transformation constructive, chacun développe le respect des personnes, des faits, des idées et des croyances. Cette troisième alternative ne nécessite pas de changement institutionnel, ni même d'élections. Quelles que soient leurs orientations idéologiques, les décideurs peuvent mettre en œuvre cette philosophie démocratique. Il leur suffit de maîtriser la méthode et les outils du dialogue.

Méthode 48 3

N'oublions pas que la crise sanitaire se superpose à plusieurs autres, chacune plus importantes que les autres : réchauffement climatique, affaissement énergétique, épuisement des matières premières, montée de la pauvreté, poussée démographique, migrations incontrôlables, insécurité informatique... Ces changements vont tous percuter nos possibilités, nos certitudes, nos habitudes, nos envies, nos projets. Nos existences au quotidien, mais aussi nos destins vont être bouleversés. Tous, nous allons devoir recomposer notre philosophie de vie, nos organisations, nos habitudes, nos savoirs et compétences.

Qui peut prétendre déjà connaître tout seul tous les impacts de tous ces phénomènes ? Qui peut prétendre détenir seul toutes les solutions et savoir les faire accepter par tous ? Qui peut croire celui ou celle qui le prétend ? Le temps des promesses électorales et des petites phrases est révolu ! Il faut sortir de l'ère du discours pour tous et entrer dans celle du dialogue avec tous.

Les processus d'introspection et d'interaction individuels et collectifs doivent être réinventés. Débattre n'est pas une option. C'est la seule méthode pour que les décisions dépassent les intérêts particuliers et embrassent l'intérêt général, pour qu'elles soient à la fois plus éclairées et mieux acceptées. Pour augmenter le respect mutuel avec ses proches, ses voisins, ses collègues, il nous faut apprendre à réfléchir ensemble. Mieux : il nous faut savoir faire réfléchir ensemble. S'il faut ajouter un devoir, c'est celui de participer au débat pluriel... et même de l'organiser dans ses sphères personnelle, professionnelle et sociétale !

Attendre qu'un nouveau messie ou une nouvelle République surgisse avant ou après une prochaine catastrophe sanitaire, économique, sociale, politique, climatique ou énergétique n'est pas raisonnable : il sera alors à la fois trop tard car plus difficile de se relever et trop tôt car l'histoire montre que les crises produisent rarement le meilleur.

 Le rebond positif ne peut venir que des citoyens : citoyens, à vous d'organiser de vrais dialogues, lors de chacune de vos interactions avec vos interlocuteurs d'aujourd'hui !

_____

NOTES

(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.

L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".

Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.

11 mn

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Commentaires 13
à écrit le 02/11/2020 à 13:09
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J'ai des vu des chiffres différents des vôtres (nombre de morts par millions d'habitants, décompte de morts détesté a posteriori plutôt juste en France). De plus je ne trouve aucune source. Vous listez vos vérités sans qu'on en puisse les vérifier. J...

le 20/11/2020 à 10:42
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Organiser la réflexion collective est bien ardu. Vous devriez trouver quelques premiers éléments de méthode dans les autres opus de cette chronique. De nombreux autres sont publiés dans les rapports L'état social de la France, de l'Europe, du Monde,...

à écrit le 02/11/2020 à 8:35
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m macron doit reagir tres vite car la fronde des petits commercants c'est les gilets jaune en bien plus puissants et la inutile de se voiler la face la majorité sont ses electeurs et malgrée toute les gesticulations il est complice des gafa car p...

le 16/02/2021 à 11:19
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La "fronte des petits commerçants" n'aura pas lieu tant qu'ils sont anesthésiés par les aides à court terme. Le réveil ne se fera peut être qu'après la Covid, qui peut durer 220 (deux cents vingt) ans, à l'image de la peste de Justinien. Plus cert...

à écrit le 02/11/2020 à 7:13
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Article malheureusement hors sujet. Macron a largement montré son mépris de la démocratie : confiscation du débat démocratique grâce à ses séides godillots, qui bloquent notamment toute commission d'enquête sérieuse et indépendante, corps intermédiai...

le 20/11/2020 à 10:44
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D'où la nécessité de méthode et d'outils d'organisation du débat à tous les étages et dans toutes les sphères, sociétales, professionnelles et personnelles.

le 20/11/2020 à 10:44
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D'où la nécessité de méthode et d'outils d'organisation du débat à tous les étages et dans toutes les sphères, sociétales, professionnelles et personnelles.

à écrit le 01/11/2020 à 21:19
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Un peu partout en Europe, la rébellion monte contre les mesures anti-Covid. Après l'opposition à l'obligation de port du masque, c'est la contestation des couvre-feux imposés dans plusieurs pays européens qui s'invite dans les rues de plusieurs grand...

à écrit le 01/11/2020 à 20:39
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citoyens eco responsables, a vous de vous organiser en trouvant des idiots qui vont nettoyer les ecuries euh, oui, ca tombe bien y en n'a plus; et la culpabilisation ca ne marche plus la quatrieme solution sera la guerre civile qui remettra tt le...

le 20/11/2020 à 10:49
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La France est pays de "penseurs" qui inventent des concepts. L'enjeu de notre civilisation consiste à mettre au point les outils d'une démocratie participative génératrice de responsabilité intellectuelle, de respect de la diversité des personnes, d...

à écrit le 01/11/2020 à 16:53
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Il vaut mieux une oligarchie éclairée qu'une autogestion mais comme ça commence à faire longtemps que nous n'avons pas vu l'oligarchie émettre la moindre lumière, il vaut mieux une autogestion qu'une oligarchie éteinte.

à écrit le 01/11/2020 à 16:44
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Il n'y aura qu'un seul scénario celui d'un pouvoir qui enfoncera le peuple, pour une union, au nom d'une oligarchie et une unité dans une rébellion générale!

à écrit le 01/11/2020 à 13:03
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Notre système centralisé a montré ses limites. Nous sommes loin des modèles suisse ou allemand, dans lesquels les décisions sont toujours prises au plus près du terrain. Ce système français centralisé génère des retards de réaction alors que celui ...

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