La clé du revenu universel  : la citoyenneté

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NE NOUS FÂCHONS PAS ! Chaque semaine, l'Odissée (*) présente une chronique proposant un Discours de la méthode 2 ! Aujourd'hui : La clé du revenu universel, la citoyenneté

Le revenu universel relève d'un principe de solidarité universelle et inconditionnelle. D'aucuns estiment qu'il pose un problème de financement insoluble (750€ par mois, soit 405 milliards d'Euros par an pour 45 millions de bénéficiaires). Mais, au-delà de l'aspect financier, il présente un enjeu d'efficacité sociale.

Le Revenu universel sans contrepartie : un système provisoire

Rendre un service continu gratuit et sans contrepartie à quelqu'un revient à assister la personne sans lui demander de se prendre en charge d'aucune nouvelle façon. Même maigre, si elle est durable, cette aide place le bénéficiaire dans un cocon d'irresponsabilité vis-à-vis de ceux qui l'aident, mais aussi vis-à-vis d'elle-même. Son objectif premier devient l'obtention du bénéfice du prochain acte charitable à son égard afin de maintenir sa condition.

Cette position de dépendance ne suscite pas l'engagement autonome dans le développement et l'épanouissement personnels, l'envie de mieux faire et de plus découvrir. Ce type de soutien relève de la tutelle et atténue le besoin d'exercice de l'esprit critique. Le risque est donc de plonger les acteurs dans l'irresponsabilité intellectuelle. Cela n'est pas acceptable au regard des valeurs républicaines Liberté, égalité, fraternité.

Reproduite à grande échelle, une telle situation de dépendance durable génère une culture de passivité et de résignation dépourvue d'imagination, d'innovation, de volonté, de résilience et de dynamisme. Si toute la population est concernée, c'est le potentiel de transformation et d'épanouissement collectif qui est percuté et, avec lui, le développement culturel, social, économique de la société dans son ensemble. En effet, si certains perçoivent que vivre ensemble revient à échouer ensemble, pourquoi voudraient-ils rester ensemble ? La perception par l'ensemble des parties prenantes d'un meilleur niveau de réussir ensemble s'avère une condition sine qua non du vivre ensemble durable. Sinon, qui serait d'accord pour continuer à aider celui qui se trouve dans la peine alors même que l'aide apportée resterait sans effet durable... ?

Ainsi, le coût du revenu universel est global, pas seulement budgétaire.

 De plus, survient alors un autre type de problème : si la création de richesses nationales est atténuée, les ressources fiscales de l'Etat le sont aussi. Advient alors la nécessité d'augmenter la pression fiscale selon le principe que les plus riches peuvent payer. Or, si ceux qui aident le plus le collectif sentent que leurs personnes ou leurs apports sont mal traités, le risque existe qu'ils s'en détachent

Arrive alors le jour où, sauf à être empêchés, ils partent s'installer sur d'autres territoires qui leur sont plus favorables. L'état se trouve ainsi dans l'impasse : à terme, son manque de réserves le rend incapable de verser l'argent qu'il n'a pas... il ne peut alors plus assurer le Revenu universel. Accorder de telles allocations à tous et sans condition aucune ne peut donc être que provisoire au mieux, destructeur du corps social au pire.

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La condition de la durabilité du revenu universel : l'engagement citoyen

Si les bénéficiaires d'un revenu universel veulent continuer à en bénéficier sur la durée, il leur faut s'assurer de la pérennité du mécanisme de soutien dont ils profitent. Il leur appartient donc de s'assurer, eux aussi, du bon fonctionnement permanent du mécanisme d'aide, donc du bon fonctionnement de l'Etat et de la sauvegarde des équilibres sociaux, économiques et sociétaux. Sans leur vigilance et surtout leur contribution personnelle au système, celui s'affaisse, puis s'arrête ! L'aidé doit donc aider l'aidant à l'aider. Chacun devient alors responsable d'une relation solidaire, et solidaire d'acteurs responsables.

Par ailleurs et surtout, l'utilité durable du revenu universel suppose qu'elle constitue pour la personne aidée une chance non pas seulement de se maintenir, mais aussi et surtout de s'épanouir. Pour cela, il faut qu'elle se saisisse de son propre projet de développement personnel, ce qui suppose d'appliquer des principes immémoriaux simples, de type :

  • Aide-toi, le ciel t'aidera : avancer par soi-même pour se créer des opportunités ;
  • Mieux vaut enseigner comment pêcher que donner un poisson : plutôt construire l'autonomie que faire la charité ;
  • Un pour tous, tous pour un : chacun est responsable du collectif, le collectif est solidaire chacun.

Un projet de développement personnel passe donc par l'engagement au service de soi, mais aussi au service d'autrui.

Quant à lui, le niveau de développement collectif découle de la quantité, de la qualité et de la conjugaison des services rendus les uns aux autres. Pour optimiser l'activation et la convergence des énergies qui produit les synergies, il convient de s'assurer de la reconnaissance de la valeur des apports de chacun pour tous et surtout par tous. Il faut donc chercher à tendre vers la réciprocité des engagements les uns envers les autres afin que chacun puisse trouver son intérêt durable dans le vivre ensemble.

La clé de tout pacte social durable réside donc dans l'articulation pratique de ses deux valeurs indissociables : la solidarité et la responsabilité.

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Valoriser l'engagement citoyen et organiser le débat public

Le revenu universel n'est donc envisageable que s'il est efficace dans la production d'un grand saut qualitatif vers plus d'autonomie des personnes, plus de cohésion sociale et plus de performance globale de toute la société. Il faudrait donc le conditionner au versement par les bénéficiaires d'un contre don porteur de cette transformation sociale et qui soit perçu comme équitable et productif par tous.

La piste consiste à demander à chacun de présenter son profil citoyen. Cette dimension identitaire nouvelle retracerait le parcours citoyen en deux dimensions : les engagements au service des autres, la participation à des débats publics. Ce Cv citoyen, à mi-chemin entre la carte d'identité et le Cv professionnel, constituerait un document officiel.

Resterait alors à recenser les travaux d'intérêt général pour lesquels l'équation économique demeure impossible et pour lesquels il serait donc alors possible de demander aux bénéficiaires-citoyens d'y consacrer quelques heures à temps partiel. Les projets territoriaux et associatifs ne manquent pas : tous ont besoin de têtes et de jambes complémentaires ; ils devraient quasiment tous parfois faire l'objet de dialogues ouverts à toutes les organisations publiques et privées qu'ils concernent.

 Dans ces conditions, devenu inséparable d'une dynamique de débat public et de mobilisation du citoyen pour la cité, le revenu universel relèverait alors de la fondation d'une société nouvelle, dans laquelle chacun connaitrait et consentirait à assumer son rôle nouveau dans un contrat social de solidarité et de responsabilité renouvelé : chaque français responsable de tous les français.

Si la clé du revenu universel est son lien à la citoyenneté active, ce revenu universel citoyen pourrait donc être la clé de la construction d'un nouvel étage de citoyenneté, de démocratie et de République et d'une nouvelle ère de performances durables !

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NOTES

(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.

L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".

Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.

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Commentaires
a écrit le 25/09/2020 à 13:45 :
Je pense qu'un revenu universel par adulte égal au RSA (environ 500 euros par mois) et moitié moins par enfant se substituant à ce qui existe aujourd'hui (RSA, prime d'activité, quotient familial, allocations familiales...) à l'exception de l'accès à un logement à loyer compatible avec le revenu disponible (un tiers par exemple), le tout assorti à une grande flat tax remplaçant l'IR, la CSG et les cotisations...coûterait beaucoup moins qu'on le dit...notamment déjà parce que comptablement ce revenu serait dans la plupart des cas un crédit d'impôt. Sinon on arrive vite au débat du "droit au travail opposable". Toucher de l'argent en échange d'une activité ça s'appelle un travail et en France le travail est réglementé...c'est aussi un marché. Il ne s'agit pas de refermer tout de suite cette piste mais juste de faire remarquer qu'un travail à 500 euros de salaire ce n'est pas gérable et qu'il faut sans doute préférer que certains ne travaillent pas...de même qu'il n'est pas admissible non plus de donner plus de 500 euros sans que ce soit un travail (ici je lis 750 euros ???).
Réponse de le 26/09/2020 à 6:49 :
Bonne idée mais... Au lieu du travaille opposable, et pour éviter des abus de dumping, je pense qu'il serait plus judicieux de créer un droit au revenu opposable. Cela permettrait en plus de régler en parti le problème du droit au logement opposable, sachant qu'on ne peut financer sa location sans revenu. Ça réglerai deux problèmes à la fois. Mais alors comment développer le marché de la sécurité privé si il n'y a plus de squatters ?
Réponse de le 26/09/2020 à 15:32 :
De nombreux services non marchands sont nécessaires pour qu’une société fonctionne. Beaucoup d’associations, collectivités publiques remplissent des missions pour des bénéficiaires qui ne payent pas et ne peuvent pas payer. Chacun devrait pouvoir et vouloir apporter sa pierre pour les aider.
Le Cv citoyen doit recenser et motiver chacun à s’engager pour ses proches, voisins, confrères, concitoyens.
Réponse de le 26/09/2020 à 19:44 :
Je réponds à Réponse de L'Odis : une organisation s'occupant de services non marchands n'est pas une organisation qui ne recrute pas de salarié. Je pense qu'il est plus clair de dire que lorsqu'on exerce une activité en échange d'une rétribution on a un travail qui suit la réglementation du travail ; ça évite de fausser le marché....quitte bien entendu à ce qu'on préfère activer des allocations en subventionnant le travail plutôt que de laisser simplement les personnes sans activité. Je dis simplement qu'il n'est pas réaliste de croire qu'on pourra faire travailler ainsi tout le monde surtout avec un quota d'heures faible. Demandez aux associations si ça les intéresse d'encadrer pour quelques heures par semaine des personnes en grand nombre venant contraintes et forcées. On devra donc parfois donner de l'argent sans contrepartie car il faut bien que les gens mangent et se protègent du froid. Quand on ne touche que 500 euros on a en général envie de travailler pour gagner plus. L'essentiel est de gagner effectivement plus ce qui suppose de ne pas retirer les 500 euros...d'où un revenu universel défendu plutôt par les libéraux que par la gauche.
Réponse de le 27/09/2020 à 0:55 :
Réponse à Théophile
La gestion des bénévoles est un art déjà pratiqué par de nombreuses associations et partis politiques, à grande échelle.
Par exemple, le Secours catholique anime 67 000 bénévoles qui lui donnent en moyenne un jour par semaine, soit l’équivalent de 13 000 personnes à temps plein !
De nombreuses personnes sont engagées dans des causes de leur choix : même si elle ne cherchent pas toujours de remerciements, reconnaître et valoriser leur travail et leurs compétences aurait valeur d’exemple pour celled qui ne sont pas encore engagées, et permettait de mieux identifier de nombreux talents cachés pour mieux leur donner leur chance de prendre l’ascenseur social ainsi réparé !
a écrit le 25/09/2020 à 11:43 :
Argumentation purement idéologique, sans faits éloquents. Le peut d'essais de revenu universel ont été rapidement interrompus avant terme, alors que les résultats commençaient à révéler l'inverse des commentaires détracteurs. Les GAFA ont été créées par des personnes soutenues financièrement par leurs familles ou leurs amis : sont-ils pour autant des assistés inutiles ? Certains ont même abandonné leurs études, ces fainéants ! Je crois pourtant qu'ils ont largement participé à la richesse mondiale. Quand on a plus de soucis d'argent, on a alors le temps de se consacrer à l'innovation, à se former, à chercher un poste, ce qui est bénéfique pour l'économie. D'autres part, les familles cherchent toujours à améliorer leur qualité de vie, donc leurs revenus, ce qui encourage à travailler. Internet permet de voir toute la créativité de individus pendant leurs périodes de repos, ou pendant le confinement... Il existe aussi des personnes qui ne trouvent pas de travail, mais qui aident leur entourage parce qu'ils ont du temps de libre. Ce n'est pas rémunérateur, mais participe pourtant au mieux vivre de la société. Quand on pond une analyse sur un sujet, le minimum serait de l'argumenter avec des faits concrets.
Réponse de le 26/09/2020 à 16:21 :
Attention à ne pas mélanger :
1) ceux des créateurs de Gafa aidés dans leurs débuts par leur famille leur ont concédé des parts de leur entreprise. Par exemple, les parents de Bezos, patron d’Amazon ont grâce à cela une fortune de plus de 40 milliards de dollars en 2018, en croissance !!! De plus, ils se sont engagés sur un projet et une personne précise, pas de façon anonyme ni sur aucun projet défini.
2) pourquoi ne pas reconnaître les personnes qui aident déjà leurs proches, cousins, confrères, concitoyens : elles seraient heureuses d’être félicitées de façon visible, aux yeux de tous ; elles seraient gagnantes à ce que les recruteurs prennent en compte leurs talents extra scolaires et extra professionnels. Cela leur donnerait plus de chances à titre personnel et contribuerait à réactiver l’ascenseur social a l’échelle de la société.
Réponse de le 26/09/2020 à 16:29 :
Attention à ne pas mélanger :
1) ceux des créateurs de Gafa aidés dans leurs débuts par leur famille leur ont concédé des parts de leur entreprise. Par exemple, les parents de Bezos, patron d’Amazon ont grâce à cela une fortune de plus de 40 milliards de dollars en 2018, en croissance !!! De plus, ils se sont engagés sur un projet et une personne précise, pas de façon anonyme ni sur aucun projet défini.
2) pourquoi ne pas reconnaître les personnes qui aident déjà leurs proches, cousins, confrères, concitoyens : elles seraient heureuses d’être félicitées de façon visible, aux yeux de tous ; elles seraient gagnantes à ce que les recruteurs prennent en compte leurs talents extra scolaires et extra professionnels. Cela leur donnerait plus de chances à titre personnel et contribuerait à réactiver l’ascenseur social a l’échelle de la société.
2) Vous pouvez prendre connaissance de la mesure du décalage entre Responsabilité et Solidarité dans la chronique 39 de cette série sur le « Discours de la méthode de réflexion collective ». Vous de ouvrirez que notre société française pêche malheureusement par manque de responsabilité à tous les étages. Le Revenu universel pourrait être un moyen de valoriser ceux qui sont déjà engagés pour l’intérêt général et motiver les autres à apporter leur pierre.
a écrit le 25/09/2020 à 11:41 :
En lisant ce tissu d'inepties, j'ai pense aux Shadocks.
a écrit le 25/09/2020 à 11:11 :
On ne peut que craindre que la notion et/ou définition du mot de "citoyen" risque quelque peu d'être dénaturé pour entrer dans les cases des uns et des autres!
a écrit le 25/09/2020 à 10:40 :
Perso je serais tout a fait favorable a un revenu universel en dessous du rsa actuel, avec comme contre partie la compensation de l'enclosure des communaux. Dans l'ancien temps, il y avait un bien commun accessible a tous. Aujourd'hui, rien que ramasser du bois mort dans une forêt communale on peut te faire des problèmes. Celui qui n'a rien, n'a vraiment rien. Ensuite responsabilité a chacun, sauf handicap, incapacité, de se débrouiller après
Quand à l'oisiveté mère de tous les vices, je préfère le droit a la paresse de Lafargue a la morale judéo-chrètienne. On attends surement pas tous les mêmes choses de la vie.
Réponse de le 28/09/2020 à 15:33 :
Le droit de glanage existe toujours depuis le moyen-age. La révolution française a d'ailleurs commencé lorsque le seigneur de Coueron a décidé de supprimer ce droit ancestral. Des shérifs municipaux outrepasseraient la loi en verbalisant les personnes qui le pratique.
a écrit le 25/09/2020 à 10:16 :
Je ne suis pas favorable au "revenue universel" mais simplement au "découvert universel" gratuit et remis a zéro mensuellement si non utilisé! Il faut éviter la thésaurisation et favoriser la vitesse de circulation de la monnaie!
a écrit le 25/09/2020 à 9:42 :
Déjà que les chômeurs aidés par la collectivité dés qu'il s'agit de les mettre a disposition quelques jours par mois pour aider les associations ou les communes c'est la levé de bouclier général, bon courage ! De plus cette aide est assortie d'une obligation de contrôle social pour éviter les tricheurs et les abus, on arrive à une dictature douce au nom du bonheur des gens.

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