L'Europe est malade de l'Allemagne

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(Crédits : DR)
Mon intention n'est certes pas de sombrer dans la caricature, ni dans l'outrance, mais l'Allemagne d'aujourd'hui est gérée un peu comme l'était la Roumanie de Ceausescu. Juste avant d'être renversé, celui-ci avait en effet réussi à réaliser un excédent de l'ordre de 9 milliards de dollars à la balance des paiements de son pays, à l'image de ce que Olaf Scholz, le nouveau Ministre des Finances allemand envisage pour le sien. Par Michel Santi, économiste (*).

Réduction du niveau des investissements publics, coupe substantielle dans les dépenses militaires, gel des fonds pour l'aide au développement et rétrécissement de la contribution allemande au budget européen sont les pistes défendues par Olaf Scholz qui permettra au budget allemand d'afficher un excédent de 1% par rapport au P.I.B., et dont l'ambition est d'éradiquer toute dette publique allemande. La quête obsessionnelle de l'utopie ordo libérale allemande ne cessera donc jamais de nous surprendre car, de fait, du haut de sa quête de budget excédentaire, Scholz va encore plus loin en tente de faire encore mieux que son inflexible et borné prédécesseur Wolfgang Schäuble. N'oublions pas, à cet égard, que le parti du nouveau Ministre des Finances allemand - le SPD - fut un fervent partisan des sinistres mesures d'austérité du Chancelier Brüning au début des années 1930...

La solution aux infrastructures allemandes déficientes, les remèdes pour rétablir par exemple leur aviation militaire qui - de l'aveu même du Spiegel - est devenue dysfonctionnelle du fait d'un sous-investissement chronique, seraient de maintenir un déficit budgétaire à juste 2% du P.I.B., et de réduire l'excédent contre-nature de leur balance des paiements qui se monte à 8% depuis quelques années. Un si petit effort serait pourtant de nature à nettement améliorer la donne européenne, tandis que l'extrémisme de leur politique économique aura des effets pervers qui dépasseront largement le niveau des électeurs allemands ayant mis ce Gouvernement aux manettes.

Qu'à cela ne tienne car les allemands s'avèrent royalement indifférents à l'exacerbation des déséquilibres européens, comme ils se montrent insensibles au besoin vital de flexibilité budgétaire d'une nation à la dérive comme l'Italie désespérément en mal d'investissements publics. Ce nouveau budget allemand s'avère donc aussi anti-européen que ne l'étaient les déficits grecs massifs.

Questions.

En éliminant ainsi leur propre dette publique, les allemands tentent-ils indirectement de couper court à toute tentative qui viserait à mutualiser la dette au sein de l'Union ?

Autrefois - à la fin des années 1990 - homme malade de l'Europe, l'Allemagne aurait-elle contraint des pays comme l'Italie à intégrer l'euro afin de les inonder avec ses exportations, quitte à massacrer au passage leur économie ?

La quête du Graal allemand - qui se résume simplement à engranger les surplus comptables - est sur le point de rendre irrémédiablement malade l'ensemble de l'Union européenne. Je me demande comment Carl Jung analyserait aujourd'hui ce fétichisme allemand des excédents, lui qui estimait que « Hitler est le miroir de l'inconscient de tous les Allemands » ?

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : "Pour un capitalisme entre adultes consentants", préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 04/06/2018 à 11:32 :
Raccourcis, omissions, et en primeun point godwin à la fin de l'article...Le niveau zéro de l'argumentation...
a écrit le 03/06/2018 à 15:21 :
L'UE qui était censé apporter la paix s'est construite sur un modèle de compétition économique qui ne peut qu'aboutir à la barbarie.
a écrit le 31/05/2018 à 20:09 :
Heureusement que Michel Santi nous prévient qu'il ne souhaite pas faire une caricature. On aurait crut l'inverse. ..
Deux remarques, ce n'est sûrement pas l'Allemagne qui a imposé l'Italie dans l'euro. Tout allusion au nazisme pour un sujet d'économie contemporaine decredibilise le propos. ...
a écrit le 30/05/2018 à 15:50 :
Avec les récents propos du commissaire Günther Oettinger ("les marchés vont apprendre aux Italiens comment voter") les choses ne vont pas s'arranger !
En italien le mépris se dit "disprezzo", et en allemand "verachtung" : c'est sur cette valeur que l'Europe est censée se bâtir ...
a écrit le 30/05/2018 à 15:08 :
Complément d'information: comparaison des commerces extérieurs français et italiens en 2017.

Solde du commerce extérieur de la France: déficit de 38 milliards d'euros
Solde du commerce extérieur de l'Italie: excédent de 47 milliards d'euros.

Qu'on ne vienne plus nous raconter que l'Italie n'est pas compétitive à cause de l'Euro.
L'Italie est en excédent commercial depuis des années, ses problèmes sont purement dus à sa gabegie intérieure.
a écrit le 30/05/2018 à 8:07 :
Encore du "German bashing".
Allemagne: budget excédentaire, dette en % du PIB qui se réduit et approche 60 %, excédent commercial 8% du PIB (certes, en dehors de la règle de l'UE).
J'aimerais que la France puisse produire de tels indicateurs économiques.
Qu'on ne me rétorque pas la statistique de la pauvreté qui est 2-3% supérieure en Allemagne qu'en France. Il serait intéressant de connaître le chiffre de la pauvreté dans le périmètre de l'ancienne RFA car il a bien fallu intégrer les 17 mln d'Allemands de l'Est
à partir de 1990.
Le problème de l'Allemagne est la démographie.
Cordialement
a écrit le 29/05/2018 à 18:47 :
Ce n'est pas l'Allemagne qui a endetté d'Italie comme l'aurait fait une république bananière, ce sont les Italiens tous seuls. Leurs gouvernements, démocratiquement élus, n'étaient forcés ni par l'Allemagne, ni par Bruxelles de dépenser sans compter l'argent qu'ils n'avaient pas et de creuser un gouffre financier. Ils se sont comportés comme des irresponsables et le résultat est catastrophique.
Aujourd'hui, l'Europe est malade de l'Italie. Et les hurluberlus qu'ils ont élus aggravent la maladie. Inutile de chercher des coupables ailleurs.
a écrit le 29/05/2018 à 16:28 :
Allemagne : "Le Peuple des Poètes et des Penseurs" ("Das Volk des Dichter und Denker") ? Aujourd'hui ce serait plutôt une grande Suisse industrielle. C'est une simple vérité, car qui aime bien châtie bien !
a écrit le 29/05/2018 à 14:31 :
L'Allemagne ne remplit pas son rôle au sein de l'Europe.
Notamment elle sur le plan d'une défense européenne, seule la France est capable de mener des interventions militaires ciblées.
Si elle ne veut pas intervenir avec ses militaires, qu'elle compense en finançant les états européens qui agissent pour l'Europe, notamment la France, dans des opérations qu'elle déclare soutenir, c'est la moindre des choses.
L'Allemagne est un pays fort économiquement mais qui se sert de l'Europe, elle doit contribuer davantage à la construction européenne.
Réponse de le 30/05/2018 à 18:45 :
Justement, elle aide militairement d'un point de vue humanitaire ! Elle ne veut pas agir comme combattant et faut comprendre le pourquoi aussi. La France est bien plus un larbin copiant les USA et UK en intervenant dans des guerres qui n'auraient jamais dû avoir lieu. Les allemands ont compris la leçon des erreurs passées.
a écrit le 29/05/2018 à 14:06 :
Je ne vois pas comment le discours de l'article peut cadrer avec le fait statistique que la consommation par habitant en Allemagne est très supérieure (+10%) à celle en France. La dépense publique en France semble bien se faire au détriment de la consommation des ménages et de la prospérité des entreprises.
a écrit le 29/05/2018 à 13:31 :
l’Europe c’est comme un gâteau.
dans une fratrie , lors du partage , on donne à tous une «  part égale » il n’y a pas de comparaison et de compétition.

dans la cohérence sur le terrain , vous avez une entreprise A qui fait la mëme chose qu’une entreprise B , mais c’est juste la stratégie qui change : le A arrive a baisser le prix au max ( casser le prix) et prend tout le marché et le B ne peut pas baisser les prix sinon il , licencie , et coule.( disparition à petit feu)

l’Europe , qui est une Union( ?) devrait mettre en place des «  quotas de vente » par secteurs pour permettre à tous d’evoluer (?)

c’est exactement le même «  principe » des «  quotas de pêche » en mer.
a écrit le 29/05/2018 à 13:08 :
Encore et toujours l'auteur flatte le laxisme et le menfoutisme. C'est a cause de ces deux maux que l'Italie est justement a la derive.
Il n'est pas venu à l'esprit de l'auteur que s'endetter toujours plus ne pouvait mener que dans le mur. La seule solution etant soit de rembourser lentement - ce que font les Allemands - soit de faire defaut (refuser de rembourser), entrainer le pays et le continent dans 20 ans de dépression.
Une fois de plus, l'Allemagne est le trop bon éleve qui se fait denigrer par de mediocres qui s'inventent des termes savants pour justifier leur lacheté.
a écrit le 29/05/2018 à 11:38 :
Le vrai problème de l'Allemagne, c'est qu'elle n'a pas de vision pour l'Europe. C'est dû en partie à Merkel qui agit en gestionnaire comptable et pas en entrepreneur depuis le début.
Réponse de le 30/05/2018 à 18:49 :
Merkel, elle est chancelière mais elle décide en aucun cas de toutes ces directrices ! Tout est voté par un Bundestag comparé à une France qui abuse des lois sans se poser l'avis des citoyens français par exemple.
a écrit le 29/05/2018 à 11:17 :
Le vrai problème de l'Allemagne, c'est qu'elle n'a pas de vision pour l'Europe. C'est dû en partie à Merkel qui agit en gestionnaire et pas en entrepreneur depuis le début. Même si elle n'a pas tjrs eu la marge de manoeuvre necessaire.
a écrit le 29/05/2018 à 10:42 :
D'où M. Santi tient-il qu'équilibrer ses budgets serait un péché mortel et que le salut viendrait du déficit? Hors certaine école française très bobo, tout le monde s'accorde que le déficit devient rapidement incontrôlable - cf nos lamentables "années Hollande" - et que les retours de manivelle sont très douloureux quand on cherche à s'en extirper. Les Allemands ont toujours été très égoistes, on le sait depuis bien avant la monnaie unique. Mais ce n'est pas une raison pour suggérer qu'ils se mettent à la mode française de la grève ou de la gabegie en matière de prestations sociales, histoire de faire baisser leur PIB de quelques points.
a écrit le 29/05/2018 à 9:52 :
C'est la faute des allemands d'être plus sérieux, plus productif et plus économe que nous. D'ailleurs la frontiére elle est entre les pays du nord germaniques et scandinaves qui ont fait des réformes et qui gèrent sérieusement, et les pays de sud , latins qui ont laissés leurs économies s'enfoncer dans la crise. Comme quoi tout est, comme partout dans le monde, une question de mentalité et de culture !
a écrit le 29/05/2018 à 9:26 :
J'imagine que cet article est de la "provoc" pour faire le "buzz". Qui s'imagine l'Europe aller mieux avec une 2eme Grèce de l'autre côté du Rhin? Le niveau de vie en Allemagne est satisfaisant. En terme d'infrastructures elle a sur la table plan plan de transition énergétique à plus de 1000 milliards... Oui contrairement a beaucoup de pays les finances publiques n'y sont pas à la dérive. Créer un effet de levier par l'endettement pourquoi pas, mais si ça marche. Or il semble actuellement qu'il faille dépenser 2 à 3 euros pour péniblement créer 1 euro de croissance. Qui peux croire que cette situation est pérenne? Cette "gestion" calamiteuse ressemble furieusement aux supprimes en mode étatique et avec 8 "0" en plus au bilan. Attention a l'implosion en vol : Un lundi on va se réveiller avec personne pour acheter les obligs d'Etat que l'on fourbe à des gogos.
a écrit le 29/05/2018 à 9:17 :
"La quête du Graal allemand - qui se résume simplement à engranger les surplus comptables - est sur le point de rendre irrémédiablement malade l'ensemble de l'Union européenne. Je me demande comment Carl Jung analyserait aujourd'hui ce fétichisme allemand des excédents, lui qui estimait que « Hitler est le miroir de l'inconscient de tous les Allemands » ?"

C 'est déjà fait mais l' exercice qui consiste à faire perdurer l' UE dans cet état de décomposition cohabitant avec l' euro flingueur est d' ores et déjà largement compromis, même en Allemagne ..
Voilàr donc la situation décryptée qui affole les économistes allemands.
https://www.upr.fr/actualite/france/des-economistes-de-renom-doutent-de-leuro-un-article-paru-dans-die-welt-traduit-par-vincent-brousseau-confirme-les-analyses-de-lup

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